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Botswana : le piège d’une rente bien gérée

Botswana : le piège d’une rente bien gérée
  • Date de création: 28 septembre 2026 03:10

(Agence Ecofin) - Longtemps cité comme modèle de gestion prudente des ressources naturelles, le Botswana découvre les limites d’une économie restée très dépendante du diamant. La discipline budgétaire permet d’amortir le choc. Elle ne peut toutefois se substituer aux moteurs de croissance que la rente aurait dû aider à construire.

Trois jours ont suffi pour résumer le problème botswanais. Mardi 22 septembre, Gaborone annonçait un déficit budgétaire ramené à 3,1 % du PIB, contre 8,9 % anticipés quelques mois plus tôt. Vendredi 25 septembre, Moody’s abaissait pourtant la note souveraine du pays de Baa1 à Baa2, pour la deuxième fois en moins d’un an.

Il n’y a là aucune contradiction. Le Botswana peut continuer à bien gérer ses finances et voir simultanément son modèle économique se fragiliser. C’est même toute la leçon de l’épisode actuel.

Pendant des décennies, le pays a fait figure d’exception parmi les économies africaines de rente. Il caracolait à la tête des classements de bonne gouvernance. Le diamant a été mieux administré qu’ailleurs, la dette est restée contenue, les institutions ont conservé une crédibilité rare. Mais cette réussite a aussi fini par masquer une faiblesse plus fondamentale. Gérer efficacement une rente ne signifie pas avoir préparé l’économie à s’en passer.

Aujourd’hui, les conséquences sont brutales. Les recettes diamantifères s’affaiblissent, les stocks s’accumulent et la concurrence des pierres de synthèse réduit la visibilité sur un marché dont dépendent encore fortement les finances publiques et les réserves en devises. L’amélioration budgétaire annoncée cette année repose d’ailleurs largement sur des mesures exceptionnelles et sur la compression des dépenses, non sur l’apparition de nouveaux moteurs de recettes.

La bonne gouvernance montre ici son utilité, mais aussi sa limite. Elle donne au Botswana des amortisseurs. Elle lui permet d’éviter, pour l’instant, les crises de dette connues ailleurs sur le continent. Elle maintient sa signature en catégorie d’investissement et lui achète du temps.

Mais le temps n’est pas une stratégie de diversification.

Et le chiffre qui devrait le plus inquiéter n’est d’ailleurs pas celui de Moody’s. Début 2024, avant même que le choc actuel ne prenne toute son ampleur, le chômage atteignait déjà 27,6 % de la population active et 38,2 % chez les jeunes. Autrement dit, même lorsque le diamant rapportait davantage, le modèle produisait insuffisamment d’emplois hors de la rente.

C’est là que se situe la vraie faute stratégique. La diversification a été trop lente pendant les années où elle pouvait encore être financée sans douleur. Et le Botswana découvre qu’il est possible de bien gérer une rente sans avoir suffisamment préparé l’économie à vivre sans elle.

La leçon vaut bien au-delà du Botswana. Pour les pays africains qui misent aujourd’hui sur le pétrole, le gaz, le lithium ou d’autres minerais, la question décisive n’est pas seulement de savoir comment mieux administrer la manne. Elle est de savoir ce qui restera lorsque cette manne pèsera moins. Une rente bien gérée peut protéger un pays. Elle ne construit pas automatiquement l’économie d’après.

Fiacre E. Kakpo

Edité par M.F. Vahid Codjia

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