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Finance verte : pour les Trésors publics, lever des fonds ne suffit plus, il faut en tracer l’usage

Finance verte : pour les Trésors publics, lever des fonds ne suffit plus, il faut en tracer l’usage
  • Date de création: 25 septembre 2026 12:01

(Agence Ecofin) - Réunis à Cotonou par l'Association internationale des services du Trésor, les argentiers d'une trentaine de pays ont reconnu que le plus dur reste à faire : démontrer que l'argent fléché vers le climat y est réellement dépensé.

L'argent, on sait désormais le lever. Le prouver, beaucoup moins. C'est, en substance, le constat qui a traversé le 17e colloque de l'Association internationale des services du Trésor (AIST), réuni les 15 et 16 septembre à Cotonou autour du thème : « Les finances publiques au service de l'impératif environnemental ».

Créée en 2006 à Antananarivo, l’association compte aujourd’hui 29 pays membres et dispose d’un secrétariat général installé à Paris. Le rendez-vous béninois, qui coïncidait avec son vingtième anniversaire, réunissait des responsables des administrations du Trésor, des experts ainsi que des représentants d’institutions internationales.

Pour Oumara Karimou Assouma, directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique du Bénin et président en exercice de l’AIST, cette évolution impose aux administrations financières de dépasser leur rôle traditionnel. « Face au défi climatique mondial, il ne s’agit plus seulement de mobiliser, de gérer ou de comptabiliser avec rigueur ; il s’agit en plus de garantir la pérennité du monde après nous », a-t-il déclaré à l’ouverture des travaux.

ko7e colloque de lassociation internationale des services du tresor aist

Oumara Karimou Assouma

Le Bénin, pays hôte, avait justement un exemple à faire valoir. En juillet 2021, il plaçait sur les marchés un eurobond de 500 millions d'euros adossé aux objectifs de développement durable, à échéance 2035. Un instrument à usage mixte, social et environnemental, qui n'est pas une obligation verte au sens strict, mais que l'AIST présente volontiers en modèle. L'opération « a démontré qu'il est possible d'associer innovations financières, crédibilité budgétaire et ambitions de développement », estime sa secrétaire générale, Catherine Lemesle.

Mais à Cotonou, c’est un fonctionnaire béninois qui a résumé le mieux la limite de l’exercice. « Au Bénin, la volonté politique y est. La part du crédit budgétaire qui est allouée aux dépenses climatiques est très importante. Ce qui reste maintenant, c’est le suivi, le reporting, afin de faire de ce choix politique un cycle vertueux », a déclaré Cyr Dansou, chef du service Performance à la direction générale du budget. Autrement dit : identifier les crédits ne suffit plus ; encore faut-il pouvoir en suivre l’exécution et rendre compte de leur utilisation.

Le problème ne concerne pas que le Bénin. Le « marquage climatique » des dépenses consiste à identifier, mesurer et suivre les crédits considérés comme favorables au climat. Mais les définitions, les périmètres et les méthodes de classification varient encore sensiblement d’un pays à l’autre, relève la Banque mondiale, ce qui complique les comparaisons. Derrière une question apparemment technique se cache donc un enjeu plus important : qu’est-ce qu’une dépense réellement climatique, et selon quels critères doit-elle être comptabilisée ? Faute de normes communes et de contrôle indépendant, le risque est connu : habiller en vert des budgets qui ne changent guère.

C'est pour y répondre que les participants ont planché sur l’idée d’un futur observatoire AIST des finances publiques vertes, chargé de faciliter le partage des expériences et des ressources entre pays membres. Et si l'ambition est réelle, ses moyens et son calendrier restent à préciser.

En creux, c'est le métier même des Trésors qui se redessine. Longtemps cantonnés à la tenue des comptes et à la gestion des liquidités, ils se voient désormais assigner le rôle de garants de la sincérité climatique des États. Un rôle que leur réclament aussi, de plus en plus, les investisseurs.

À l'issue de l'assemblée générale, Oumara Karimou Assouma, directeur général du Trésor béninois, a transmis la présidence de l'AIST à son homologue de la République démocratique du Congo. Le pays abrite l'une des plus vastes forêts tropicales de la planète, et se revendique volontiers « pays solution » face au dérèglement climatique.

Fiacre E. Kakpo

Edité par M.F. Vahid Codjia

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