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Pourquoi le tour de vis européen sur les pesticides inquiète les pays africains

Pourquoi le tour de vis européen sur les pesticides inquiète les pays africains
  • Date de création: 22 septembre 2026 07:30

(Agence Ecofin) - L’Égypte et l’Afrique du Sud ont adressé, le 18 septembre dernier, avec 17 autres pays, dont les États-Unis, le Brésil, l’Inde et le Japon, une lettre pour demander à l’Union européenne (UE) de renoncer à son projet de durcissement des règles sur les résidus de pesticides dans les produits importés.

Présentée par la Commission européenne (CE) en décembre dans le cadre de son paquet de simplification de la législation sur la sécurité alimentaire et les aliments pour animaux, la proposition doit consacrer un principe simple selon lequel les pesticides les plus dangereux, interdits dans l’UE pour des raisons sanitaires et environnementales, ne devraient pas réintégrer le marché européen par l’intermédiaire des produits importés. Cette disposition, qui devrait profiter aux producteurs européens, suscite inquiétudes et craintes de perturbation du commerce avec plusieurs partenaires, notamment en Afrique.

De quoi s’agit-il ?

Le texte permettrait d’abaisser au seuil de quantification — dans la pratique, au niveau le plus bas détectable par les laboratoires — les limites maximales de résidus (LMR) applicables aux pesticides non autorisés dans l’UE. Les importations présentant des traces de ces substances pourraient alors être refusées, même lorsque leur emploi demeure légal dans les pays producteurs.

Le projet ne réduit pas, à lui seul et immédiatement, l’ensemble des seuils de résidus visés. Il modifie d’abord le cadre juridique afin de permettre à la Commission de retirer une tolérance à l’importation et de ramener une LMR au seuil de quantification après une évaluation d’impact établissant qu’elle est justifiée.

Pour alimenter cette analyse, le Centre commun de recherche de la Commission européenne (JRC) a publié, en août dernier, une étude consacrée aux effets potentiels d’un abaissement des limites maximales de résidus dans les importations. Celle-ci ne couvre pas l’ensemble des pesticides interdits dans l’Union européenne. Elle se concentre sur 18 substances actives jugées parmi les plus dangereuses, encore détectées dans des produits importés ou autorisées dans certains pays exportateurs, et dont les seuils de tolérance pourraient être ramenés à un niveau proche de zéro.

Selon le rapport, cette liste de substances peut concerner jusqu’à 304 catégories de produits pour lesquelles une LMR supérieure au seuil de quantification existe encore. Parmi eux figurent des cultures importantes pour l’Afrique : agrumes, tomates, raisins, avocats, bananes, haricots, petits fruits, mangues, café, thé, épices, pommes de terre, céréales, légumineuses, noix et produits horticoles.

Que disent les opposants au texte ?

Plusieurs pays africains, rejoints par des partenaires d’Amérique latine, d’Asie et d’Amérique du Nord, demandent à Bruxelles d’ouvrir des « consultations substantielles » avant de modifier les règles applicables aux résidus de pesticides dans les produits importés.

Leur principale revendication est que les limites maximales de résidus (LMR) continuent d’être établies sur une évaluation scientifique du risque pour le consommateur, conformément aux standards internationaux du Codex Alimentarius, plutôt que sur la seule interdiction d’une substance dans l’Union européenne pour des motifs environnementaux.

Ils exhortent également Bruxelles à respecter les règles internationales régissant la fixation des niveaux de résidus de pesticides autorisés dans les produits agricoles importés. La plupart des signataires ont aussi fait part de leurs préoccupations dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le Kenya a notamment indiqué, en juin dernier, que les décisions de l’UE visant à réduire ou supprimer certaines LMR semblaient étendre les politiques environnementales européennes au-delà de ses frontières. Pour Nairobi, cette approche risque d’imposer aux producteurs étrangers des règles conçues pour les conditions de production européennes, sans suffisamment tenir compte des réalités agronomiques des pays exportateurs.

Quelles implications pour les fournisseurs africains ?

Pour de nombreux pays africains, le marché européen constitue un débouché déterminant pour les productions à haute valeur ajoutée. Les exportations horticoles du Kenya, de l’Éthiopie, du Maroc, de l’Égypte, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Ghana ou encore de l’Afrique du Sud dépendent fortement de la capacité des producteurs à respecter les exigences sanitaires européennes.

Une réduction généralisée des LMR au seuil de détection compliquerait cette conformité. Des substances encore utilisées légalement dans les pays producteurs pourraient devenir incompatibles avec l’accès au marché européen, même lorsque leur emploi répond à des contraintes agronomiques locales. Pour les exploitants concernés, l’alternative ne se limite pas à changer de produit. Elle implique parfois de revoir les calendriers de traitement, les pratiques culturales, la lutte contre les ravageurs, les variétés cultivées ou les chaînes de stockage et de transport.

Le risque le plus direct est celui du rejet de cargaisons à la frontière, avec des pertes immédiates pour l’exportateur. Mais le coût le plus important pourrait se situer en amont. Pour éviter les non-conformités, les entreprises devront renforcer les analyses de résidus, documenter leurs pratiques, former les producteurs, séparer les lots destinés à l’Europe et améliorer la traçabilité jusqu’à l’exploitation. Ces dépenses sont particulièrement lourdes pour les petites exploitations, qui disposent de peu de marge financière et travaillent souvent par l’intermédiaire de coopératives ou d’exportateurs.

La pression sur les prix pourrait également se répercuter sur les producteurs. Les acheteurs européens peuvent exiger des garanties supplémentaires sans nécessairement accepter de payer davantage les produits conformes. Dans cette configuration, les exportateurs, puis les agriculteurs, risquent d’absorber une grande partie des coûts de mise aux normes. Pour certaines filières, la conséquence pourrait être une réduction des volumes expédiés vers l’Union européenne ou un redéploiement vers des marchés moins exigeants, mais souvent moins rémunérateurs.

Quels sont les pays africains en première ligne ?

Sur le continent, les pays ne sont donc pas uniformément exposés. L’Afrique du Sud figure parmi les nations où le nombre de substances concernées autorisées est le plus élevé : plus de onze des 18 molécules examinées y sont enregistrées pour au moins un usage. Cette exposition est sensible pour une économie qui exporte vers l’Europe une gamme diversifiée de fruits frais — agrumes, raisins, raisins de table, pommes, poires, avocats, fruits à noyau et baies — et de vins.

Le rapport identifie également l’Égypte, le Kenya et l’Ouganda parmi les pays africains qui rejoignent le groupe des origines présentant, selon les substances et les produits, à la fois des données d’autorisation et des détections de résidus.

Pour l’Égypte, les risques concernent notamment les exportations de fruits et légumes vers l’Europe. Pour le Kenya, la question est stratégique dans l’horticulture, les haricots verts, les pois, les fleurs coupées, le thé et le café. L’Ouganda est, de son côté, présent sur les marchés européens du café, du thé, des fruits, des fleurs et de certaines productions horticoles.

Le Maroc se trouve lui aussi dans une position délicate. Le JRC utilise notamment le cas des tomates marocaines dans ses simulations, preuve de l’importance de cette filière dans les échanges agricoles avec l’Union. Dans les produits qui pourraient être concernés par un abaissement des LMR figurent également les agrumes, les fraises, les melons, les pastèques, les haricots, les poivrons, les courgettes et d’autres cultures maraîchères pour lesquelles le royaume est un fournisseur majeur de l’Europe, surtout pendant l’hiver.

Où en est le texte ?

La phase de consultation publique est désormais achevée. Ouverte du 18 décembre 2025 au 10 avril 2026, elle a permis aux entreprises, organisations agricoles, associations de consommateurs, autorités étrangères et autres parties prenantes de transmettre leurs observations à la Commission européenne. Les membres de l’Organisation mondiale du commerce pouvaient, de leur côté, commenter la notification européenne jusqu’au 30 mars. Ces contributions doivent désormais nourrir l’examen du texte par les institutions européennes.

Le projet est à présent discuté parallèlement par le Parlement européen et le Conseil de l’UE. Les États membres doivent examiner, ce mercredi 23 septembre, un compromis préparé par l’Irlande, qui assure la présidence tournante du Conseil. Ce texte cherche à rapprocher les positions sur la possibilité d’abaisser, au cas par cas, les limites maximales de résidus de pesticides interdits dans l’UE jusqu’au seuil de quantification pour les produits importés.

Si le bloc des 27 pays arrête une position commune, le Conseil aura franchi un obstacle politique majeur. Le Parlement devra toutefois adopter sa propre position, éventuellement amendée, avant l’ouverture de négociations interinstitutionnelles — les trilogues — avec le Conseil et la Commission. En cas d’échec mercredi, la présidence irlandaise devra poursuivre les consultations et ajuster son compromis, ce qui prolongerait l’examen du projet.

Espoir Olodo

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