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Patrimoine africain : pourquoi la vente d’un manuscrit éthiopien fait scandale

Patrimoine africain : pourquoi la vente d’un manuscrit éthiopien fait scandale
  • Date de création: 17 septembre 2026 11:49

(Agence Ecofin) - Depuis quelques années, l’actualité culturelle internationale est marquée par une vague de restitutions du patrimoine africain conservé dans les galeries, les musées et les collections d’Europe et d’Amérique. Ce retour tant espéré sur la terre d’origine fait souvent l’objet de longues démarches et de nombreuses revendications.

Dans une récente tribune d’Agence Ecofin intitulée « En 2026, l’Afrique crie toujours : "Rendez-nous l’art nègre !" », l’auteur s’indigne du manque cruel de patrimoines ancestraux sur le continent, pourtant essentiels pour servir de repères historiques aux jeunes générations.

Aujourd’hui, la blessure semble plus vive que jamais. Le Livre des évangiles de Tewodros II, un manuscrit éthiopien ayant appartenu à l’empereur du même nom, est mis aux enchères lors du Salon international du livre d’Abou Dhabi, prévu du 13 au 18 septembre.

D’après le média panafricain Afrik.com, ce précieux ouvrage est proposé à la vente par le libraire autrichien Inlibris au prix indicatif de 250 000 euros, soit environ 47 millions de birrs éthiopiens et 288 500 dollars.

1 Livre    

De quoi s’agit-il ?

Le Livre des évangiles de Tewodros est un important manuscrit éthiopien rédigé en guèze, ancienne langue liturgique sémitique. Il aurait été réalisé vers 1730-1740 et contient les évangiles attribués à Luc et Jean. Sa reliure en cuir pourpre renferme 218 feuillets ornés d’or et de velours ainsi que 235 illustrations.

L’œuvre constitue un véritable trésor de l’enluminure éthiopienne de la seconde époque gondarienne, du nom de l’ancienne capitale impériale Gondar. Elle faisait partie de la bibliothèque de l’empereur Tewodros II (1818-1868), qui réunissait près d’un millier de manuscrits et constituait l’un des principaux ensembles du patrimoine écrit du pays.

Le document aurait été saisi par les troupes britanniques du général Lord Napier en 1868, avec de nombreux autres objets, lors de l’expédition de Magdala. Il a par la suite été la propriété de plusieurs collectionneurs privés et institutionnelles à l’instar de Pitt Rivers Museum ou encore Schoyen.

La mise en vente de ce manuscrit n’est pas un cas isolé.

108 manuscrits déjà vendus

Le 6 septembre dernier, Inlibris a annoncé la vente de la collection Zemen, selon la plateforme Restitution Matters. Celle-ci porte le nom du professeur autrichien Herbert Zeman, universitaire et spécialiste de littérature à l’Université de Vienne.

Cette collection comprend 108 manuscrits constitués de feuilles de parchemin pliées en cahiers, parfois richement enluminés, provenant d’Éthiopie et d’Égypte. Elle est présentée comme la plus importante collection de ce type encore détenue par des particuliers.

Bien que le montant de la transaction n’ait pas été divulgué, la mise en vente d’un seul manuscrit à 250 000 euros permet d’en mesurer l’ampleur financière.

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Ce manuscrit n’est pas à vendre !

Bien loin des considérations économiques et de la valeur marchande, ces artefacts ont une portée symbolique, morale et historique. Du coup, les vendre aux enchères est un crime silencieux contre un peuple, une nation, une culture et des siècles de tradition. C’est tout simplement inacceptable. 

Selon le plus ancien journal privé anglophone d’Éthiopie, Capital, l’historien britanno-éthiopien Alula Pankhurst dénonce la vente d’un objet culturel éthiopien, estimant qu’un tel patrimoine ne doit pas être considéré comme une simple marchandise. Il demande qu’il soit restitué au Musée national d’Éthiopie, d’où il provient.

La même source précise que l’Autorité du patrimoine éthiopien a entamé des discussions de haut niveau afin de bloquer la vente du manuscrit encore connu sous le nom d’« Évangile de Gondar ».

Rétropédalage d’Inlibris et rejet de l’Éthiopie

Face à la pression croissante des institutions éthiopiennes et aux désaccords affichés de la société civile, Inlibris a changé d’avis : revendre le manuscrit à son pays de provenance à un « prix préférentiel » comme un « geste de bonne volonté ». L’entreprise a néanmoins maintenu sa position, estimant que l’acquisition devait s’effectuer dans un cadre strictement commercial, sans reconnaître une quelconque irrégularité de titre ni valider une revendication de restitution.

Cependant, le directeur général de l’Autorité du patrimoine éthiopien, le professeur Abebaw Ayalew a opposé un refus catégorique à cette proposition et à la procédure de vente.

84 trésors déjà restitués à l’Éthiopie

Cette affaire survient dans un contexte marqué par les efforts croissants de l’Éthiopie pour récupérer son héritage culturel dispersé. Les autorités ont récemment obtenu la restitution de 17 précieux manuscrits spirituels sur parchemin, revenus dans le pays après avoir circulé à l’étranger pendant des années. Pour Abebaw, cette réussite n’est qu’une étape d’un processus plus vaste visant à récupérer d’autres biens patrimoniaux encore détenus hors des frontières nationales. L’Autorité du patrimoine indique ainsi que plus de 67 artefacts exportés illégalement ont déjà été rapatriés depuis le début de cette campagne, il y a sept ans.

Les manuscrits incarnent la continuité de l’identité culturelle et religieuse de l’Éthiopie, l’une des plus anciennes nations chrétiennes du monde. Ils établissent un lien précieux entre les générations passées et présentes. Leurs riches enluminures et leur caractère sacré témoignent également de la profondeur de la foi et de la spiritualité du peuple éthiopien.

Ubrick F. Quenum

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