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Nigeria : les engrais bousculent la hiérarchie des exportations non pétrolières en 2026

Nigeria : les engrais bousculent la hiérarchie des exportations non pétrolières en 2026
  • Date de création: 15 juillet 2026 10:31

(Agence Ecofin) - Le Nigeria est le principal producteur ouest‑africain d’engrais primaire capitalisant sur ses réserves de gaz naturel. Portée par l’expansion de ses capacités industrielles et un contexte mondial favorable aux producteurs alternatifs, la filière renforce son poids dans les exportations du pays.

Au Nigeria, les engrais s’imposent désormais comme le nouveau moteur des exportations non pétrolières en 2026. C’est ce qu’a révélé Abubakar Sadiq Kassim, président de l’Association des producteurs et fournisseurs d’engrais (FEPSAN) lors d’un entretien accordé au média local Daily Trust le mardi 14 juillet.

« Les chiffres définitifs ne sont pas encore disponibles, mais les données déjà enregistrées, que la Banque centrale du Nigeria (CBN) pourra confirmer, montrent que les engrais sont désormais la première source de recettes d’exportation hors pétrole du pays. Je pense que cette tendance va se poursuivre », a‑t‑il déclaré.

Cette prévision, si elle se confirme, marquerait un changement dans la structure des exportations nigérianes hors pétrole, qui étaient jusqu’en 2025 encore largement dominées par les produits agricoles, notamment le cacao. D’après le Nigerian Export Promotion Council (NEPC), le cacao avait généré 1,99 milliard $ de recettes d’exportations en 2025, contre 1,29 milliard $ pour l’urée, principal engrais exporté.

Une fenêtre d’opportunité créée par les tensions mondiales

Pour le président de la FEPSAN, cette évolution s’explique d’abord par le contexte international. Les perturbations provoquées par les tensions géopolitiques au Moyen‑Orient impliquant les États‑Unis, l’Iran et Israël depuis février 2026, ont affecté les chaînes mondiales d’approvisionnement en produits énergétiques et en fertilisants.

Cette situation a créé une opportunité pour les fabricants nigérians d’engrais d’étendre leurs exportations vers des marchés qu’ils n’avaient pas encore atteints. « Nous avons même reçu des demandes de pays aussi éloignés que le Brésil souhaitant acheter des engrais NPK », explique Kassim.

En outre, les prix des fertilisants flambent sur le marché international. Dans son dernier rapport Commodity Markets Outlook publié le 28 avril dernier, la Banque mondiale avertit que les prix mondiaux des engrais pourraient grimper de plus de 30 % en 2026 sous l’effet du conflit au Moyen‑Orient et des perturbations du transport maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du commerce maritime mondial de fertilisants, soit environ 16 millions de tonnes par an. L’urée, principal engrais azoté utilisé dans le monde et exporté par le Nigeria, est particulièrement exposée à ces tensions. D’après l’institution financière, son prix pourrait atteindre en moyenne 675 USD la tonne cette année, soit près de 60 % de plus qu’en 2025.

Une base de production solide

Cette nouvelle position des engrais dans les exportations non pétrolières confirme aussi la montée en puissance des capacités industrielles qui permettent une production locale conséquente pour alimenter le commerce extérieur.

Selon la FEPSAN, les capacités combinées de production d’urée atteignent environ 7 millions de tonnes par an, alors que la consommation intérieure reste comprise entre 750 000 tonnes et 1 million de tonnes. Même avec un doublement de la demande nationale à 2 millions de tonnes, le pays disposerait encore d’importants volumes pour les marchés extérieurs.

Cela est essentiellement le fait des investissements consentis par trois grandes entreprises opérant dans le secteur. Il s’agit notamment de Dangote Fertilizer, établi dans l’État de Lagos, d’Indorama Eleme Petrochemicals Limited (IEPL), filiale locale du groupe singapourien Indorama Global Corporation et de Notore Chemical Industries, tous deux basés dans l’État de Port Harcourt.

Le potentiel est également important pour les engrais composés NPK, avec une capacité de mélange installée supérieure à 10 millions de tonnes, contre une consommation locale estimée à seulement 1,5 million de tonnes.

La montée en puissance des engrais illustre une transformation progressive de l’économie exportatrice nigériane. Après avoir longtemps reposé sur les matières premières agricoles comme le cacao, le pays pourrait voir émerger une nouvelle source majeure de recettes en devises issue d’une industrie basée sur ses ressources gazières.

Stéphanas Assocle

Édité par Wilfried ASSOGBA

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