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Au Mozambique, la crise postélectorale frappe l’industrie minière de plein fouet

  • Date de création: 13 décembre 2024 04:16

(Agence Ecofin) - Le Mozambique est secoué par des manifestations meurtrières depuis octobre 2024, après la victoire du parti au pouvoir lors de l’élection présidentielle. Cette crise postélectorale force les compagnies à suspendre leurs opérations en raison de risques sécuritaires et de contraintes logistiques.

L’australien Syrah Resources a déclaré jeudi 12 décembre la « force majeure » sur sa mine de graphite Balama au Mozambique. La compagnie rejoint ainsi sa compatriote South32 qui a aussi retiré plus tôt cette semaine ses prévisions de production pour sa fonderie d’aluminium, dans un contexte de crise postélectorale qui s’accompagne de contraintes logistiques.

Les deux compagnies font état de difficultés dans l’accès à leurs sites miniers, aussi bien pour les matières premières que pour le personnel, ainsi que d’autres problèmes opérationnels. Il s’agit notamment de pannes d’électricité et blocages routiers consécutifs aux manifestations en cours depuis octobre dans le pays, après la victoire contestée du parti au pouvoir depuis 1975 à l’élection présidentielle.

À cela s’ajoutent les manifestations spécifiques à la mine de Balama, liées à des griefs historiques de membres de la communauté locale contre la compagnie.

« La société reconnaît que la résolution de la protestation à Balama prendra du temps en raison de troubles et de perturbations plus larges dans tout le Mozambique et du fait que le nouveau gouvernement mozambicain ne sera pas formé avant janvier 2025 », a déclaré Syrah.

La force majeure à Balama bloque la campagne de production de décembre, prévue par Syrah pour reconstituer les stocks de la mine. Dans un contexte de baisse des prix et de faiblesse de la demande de graphite, la compagnie australienne avait en effet adopté depuis des mois une stratégie de production par intermittence. Dans le cas de South32 et de sa fonderie, les prévisions de production de 350 000 tonnes d’aluminium pour l’exercice financier qui s’achève en juin 2025, sont aussi compromises.

Les difficultés actuelles de ces deux compagnies ne vont certainement pas améliorer la perception du risque politique par les investisseurs miniers au Mozambique, pays touché depuis quelques années par une crise sécuritaire dans la province de Cabo Delgado. Plusieurs sites miniers ont déjà fait l’objet d’attaques terroristes, notamment le projet de graphite Ancuabe et une mine de rubis appartenant à Gemrock durant l’année 2022.

Selon les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le secteur extractif mozambicain est porté par l’exploitation du charbon, du graphite, de l’or et d’autres métaux, ainsi que des hydrocarbures. Il a représenté 6 % du PIB en 2021 et 8 % des revenus du pays. En 2023, les statistiques officielles indiquent que la contribution du secteur extractif a atteint 32,5 % du PIB.

Emiliano Tossou

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