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Le cinéma soudanais en quête d'une grandeur perdue il y a près de 4 décennies

Le cinéma soudanais en quête d'une grandeur perdue il y a près de 4 décennies
  • Date de création: 13 septembre 2026 16:57

(Agence Ecofin) - Etouffée pendant 3 décennies par un régime autoritaire, puis dévastée par la guerre, la création cinématographique soudanaise survit aujourd’hui depuis l’exil. Des cinéastes continuent de produire, avec les moyens du bord, pour un public qui les découvre le plus souvent hors de leurs frontières.

À Paris, du 2 au 6 septembre, le festival ARKAWIT a consacré sa deuxième édition au cinéma soudanais, avec 25 films et une attention particulière à la création en exil. Le choix de cette programmation révèle à lui seul l’état d’une industrie. Pour voir du cinéma soudanais, il faut désormais aller le chercher hors du Soudan. Ce n’est pas un accident : c’est le résultat d’une longue agonie commencée il y a quarante ans.

el-Béchir et la fin d’un âge d’or

À l’indépendance en 1956, le Soudan alignait une soixantaine de salles et s’imposait comme l’un des pionniers du cinéma africain. Dans la capitale, on dénombrait une vingtaine de salles avec une capacité d’accueil avoisinant 40 000 places. Le coup d’État d’Omar el-Béchir en 1989 est venu balayer cet âge d’or.

Le nouveau régime islamiste impose un couvre-feu nocturne qui vide les salles en plein air, dissout la National Corporation of Cinema et ferme ou reconvertit en 1996 la quasi-totalité des 60 établissements du pays. L’ancienne salle Coliseum de Khartoum devient le siège de la police anti-émeute, symbole d’une culture mise au pas. Les cinéastes quittent le pays et les sanctions internationales, en bloquant les importations de films et d’équipements, achèvent d’isoler ce qui reste de l’industrie.

La scène se réinvente pourtant dans les marges. À partir des années 2000, les outils numériques permettent à une nouvelle génération de produire sans passer par les circuits officiels effondrés. La Sudan Film Factory, créée en 2009 avec le soutien du Goethe-Institut, forme plus de 300 jeunes cinéastes et recrée un réseau professionnel là où il n’en existait plus.

Cette renaissance bute cependant sur une contradiction persistante. Les films soudanais primés à l’étranger restent quasi invisibles dans leur propre pays, faute de salles et de distributeurs. « Talking About Trees », qui raconte justement la tentative désespérée de rouvrir une salle à Khartoum, en est le symbole le plus cruel. « You Will Die at Twenty », révélé lors de la révolution de 2019, confirme le talent d’une génération sans lui ouvrir de marché domestique.

Des capitaux extérieurs aux tournages en exil

Avant même la guerre, le cinéma soudanais avait appris à vivre de l’extérieur. « Goodbye Julia », premier long métrage soudanais en Sélection officielle à Cannes en 2023, était une coproduction internationale. Les capitaux, les partenaires, les circuits de diffusion venaient de l’étranger. La guerre déclenchée en avril 2023 ne crée pas cette dépendance, mais elle la prolonge et lui ajoute une dimension inédite. Désormais, ce sont les lieux de production eux-mêmes qui basculent hors du pays.

Le documentaire Khartoum, commencé en 2022 dans la capitale, est réorganisé et partiellement tourné à Nairobi après que réalisateurs et protagonistes sont devenus réfugiés. « Au début, on avait tous perdu espoir », témoigne la réalisatrice Rawia Alhag. « Tout le monde était éparpillé, et la vie était très dure. Mais quand on s’est retrouvés au Kenya, ça nous a donné une mission : finir le film, et raconter ce qui s’est passé au Soudan », poursuit-elle.

Le conflit a depuis déplacé plus de 12 millions de personnes selon l’Organisation des Nations unies, désorganisé les espaces culturels et dispersé les professionnels que la Sudan Film Factory avait mis quinze ans à former. Le cinéma soudanais se retrouve ainsi à reconstruire hors de son territoire ce qu’il avait déjà perdu à l’intérieur. La question n’est plus seulement de survie artistique, c’est de savoir si une géographie aussi éclatée peut encore engendrer une industrie, ou si elle condamne durablement le cinéma soudanais à une économie de diaspora.

Félicien Houindo Lokossou

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