(Agence Ecofin) - Pour accueillir le premier événement olympique organisé en Afrique, le Sénégal ne prépare pas seulement des sites et des compétitions. Dakar 2026 veut aussi laisser derrière lui une génération de professionnels capables de faire vivre, bien après les Jeux de la jeunesse, les prochains grands rendez-vous sportifs du continent.
Il y a encore un an, Mouhamed Dia élevait des poulets. Cet automne, lorsque les Jeux olympiques de la jeunesse s’ouvriront à Dakar, il sera de l’autre côté du décor, parmi ceux chargés de faire fonctionner la mécanique d’un événement olympique. Passé par la première promotion de la Dakar 2026 Learning Academy, il est aujourd’hui coordinateur de projets et des opérations au sein du département chargé de la livraison des Jeux. « Ce programme a complètement changé ma vie », raconte-t-il.
Le parcours de Mouhamed Dia résume l’ambition de cette académie créée par le comité d’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) à Dakar : profiter de cet évènement inédit sur le continent pour former sur place ceux qui sauront demain organiser de grands événements sportifs. Lancé avec l’objectif de former plus de 400 jeunes professionnels sur neuf cohortes, le dispositif est devenu l’un des piliers de la préparation de Dakar 2026. Le recrutement de sa septième cohorte a été lancé en juillet, notamment pour des fonctions liées aux opérations sur les sites, à la technologie, aux services aux spectateurs, ou encore à la coordination des arrivées et départs.
Apprendre les Jeux en les faisant
La méthode mêle cours et immersion. Dix jours de formation dispensée avec le CIO doivent familiariser les participants avec la planification des Jeux et les opérations sportives et événementielles. Cinq autres jours sont consacrés aux compétences relationnelles. Les jeunes recrutés rejoignent ensuite directement les équipes du comité d’organisation, où l’apprentissage se poursuit au contact du réel.
La sélection est exigeante. La première promotion comptait 41 jeunes choisis parmi environ 1 800 candidatures. Mais la Learning Academy cherche moins des CV déjà façonnés par l’industrie olympique que des profils capables d’y trouver leur place. « Nous, on cherche de futurs leaders », résume Ibrahima Wade, coordonnateur général du COJOJ.

Sokhna Dia en est une autre illustration. Diplômée en qualité, hygiène, sécurité et environnement, elle travaillait pour une société de nettoyage et entretenait les bureaux du comité d’organisation lorsqu’elle a découvert l’appel à candidatures. Elle tourne sa vidéo avec son téléphone, dans les locaux qu’elle nettoie, puis est retenue. Quelques mois plus tard, elle participe elle aussi à l’organisation des Jeux. Le CIO a depuis mis son parcours en avant comme l’un des symboles de l’héritage humain recherché par Dakar 2026.
Des compétences à réutiliser après Dakar
C’est là que se jouera la réussite à plus long terme de l’expérience. Un stade rénové reste visible. Une compétence acquise l’est moins. Pourtant, les organisateurs veulent que les connaissances accumulées en logistique, accréditation, gestion des sites ou coordination des compétitions puissent circuler après le 13 novembre. Les débouchés potentiels ne manquent pas.
Dès 2027, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda organiseront ensemble la Coupe d’Afrique des nations. Trois ans plus tard, le Maroc accueillera avec l’Espagne et le Portugal la Coupe du monde de football 2030. Pour les anciens de Dakar, ces rendez-vous dessinent autant de possibilités de transformer une expérience sénégalaise en savoir-faire exportable sur le continent.
Mouhamed Dia regarde déjà plus loin. Après Dakar, il veut continuer à se former, et, lorsqu’il évoque la suite, une destination revient : Los Angeles, où se tiendront les Jeux olympiques de 2028. « Pour moi, ce sera toujours plus haut », promet-il, en clin d’œil à la devise olympique Si quelques-uns de ces jeunes passent demain d’un comité d’organisation africain à un autre, Dakar 2026 aura laissé un héritage qui ne se mesurera pas seulement en médailles remportées ou infrastructures bâties.
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