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Mangue au Sénégal : une campagne 2026 mieux maîtrisée, mais des risques encore présents

Mangue au Sénégal : une campagne 2026 mieux maîtrisée, mais des risques encore présents
  • Date de création: 04 septembre 2026 17:06

(Agence Ecofin) - Au Sénégal, la mangue est le principal fruit exporté. La filière qui a connu d’importantes perturbations sur le marché européen il y a quelques années se remet progressivement de ces années difficiles. 

Un satisfécit, mais quelques nuages qui continuent de pointer à l’horizon. C’est le sentiment global qui règne dans le rang des exportateurs sénégalais de mangue à l’issue de la campagne 2026.

Plus d’un mois après l’achèvement de cet exercice commercial en juillet dernier, aucun chiffre officiel n’a encore été donné par la Direction de la protection végétale (DPV), organisme public rattaché au ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage. Mais en coulisses, les estimations vont déjà bon train.

« Les exportations vers l’Europe ont dépassé 19 000 tonnes, contre 14 000 tonnes la saison dernière », indiquait en août dernier, à FreshPlaza, Amadou Ndiaye Seck, directeur d’A.N.S Inter-Export et membre du conseil d’administration de l’interprofession mangue sénégalaise.

Pendant ce temps, d’autres acteurs préfèrent jouer la prudence

« Il est très tôt de faire un bilan exact pour 2026. Le bureau exécutif de la DPV n’a pas encore fait une rencontre avec l’ensemble des acteurs de la filière mangue pour voir le résultat. Chaque exportateur peut uniquement estimer ses propres volumes. Pour notre part, nous avons augmenté nos volumes par rapport à l’année dernière », confie à l’Agence Ecofin, Aminata Diouf, directrice générale du Domaine agricole de Nema situé dans la région de Fatick, l’un des principaux pôles de production avec la Casamance (Sud) et la zone des Niayes (Ouest).

Quoi qu’il en soit les acteurs s’accordent pour dire que la filière a marqué durant la campagne écoulée des points dans la bataille qui l’oppose depuis plusieurs années à sa principale bête noire : la mouche des fruits.

Si ce ravageur de la famille des Tephritidae, reconnaissable aux taches jaunes qui marquent son thorax, constitue une menace pour l’ensemble des filières fruitières d’Afrique de l’Ouest, la deuxième économie de l’UEMOA en a particulièrement subi les conséquences. Les déboires enregistrés en 2022, restent ainsi toujours dans les mémoires.

Durant ladite année, 32 cargaisons ont été interceptées sur les marchés internationaux en raison d’infestations de mouches des fruits, contre un niveau cinq fois inférieur un an auparavant.

À l’arrivée, le volume des exportations a fondu de près de 54 % à 17 903 tonnes. Après une quasi-stagnation en 2023, ce stock a encore glissé à 12 000 tonnes en 2024 avec la recrudescence des attaques, mais aussi une saison écourtée à 6 semaines contre une moyenne habituelle de 12 à 16 semaines, en raison d’un démarrage tardif et de problèmes de floraison.

Depuis lors, la filière a amélioré sa situation, avec le renforcement des investissements publics et les efforts accrus de l’autorité phytosanitaire. « Les acteurs de la filière ont pu gérer la problématique de la mouche des fruits par l’installation des pièges distribués par la DPV et ses agents ont été présents sur le terrain pour visiter les centres de conditionnement ainsi que les vergers pour vérifier la qualité des mangues », explique Mme Diouf.

 « Le Sénégal a su relever le défi de la mouche des fruits, et ce malgré une surveillance accrue des expéditions », se réjouit de son côté M. Seck. Il faut dire qu’en juillet 2025, l’Union européenne (UE) a adressé aux autorités sénégalaises une lettre les appelant à renforcer les mesures de lutte contre la mouche des fruits et à améliorer la conformité phytosanitaire des mangues destinées au marché européen.

« Quand il y a eu des interceptions, la DPV a décidé de stopper la campagne d’exportation de la mangue vers l’UE au mois de juillet contre une poursuite habituelle jusqu’en septembre », rappelle M. Diouf. Pour le pays dont près de la moitié des ventes est réalisée vers le bloc communautaire principalement aux Pays-Bas, en France et en Espagne, l’enjeu était d’éviter un durcissement des restrictions commerciales, voire une suspension des exportations, à l’image des difficultés rencontrées par d’autres pays producteurs de la sous-région comme le Mali. 

« Il faut plus de formation »

Si pour cette saison, la filière s’en est bien sortie sur le terrain, tout n’est pas cependant rose. « Nous avons rencontré des difficultés sur le marché international liées au calibre et à certains problèmes de qualité. Des défauts naturels étaient présents sur les fruits, et plusieurs importateurs ont signalé de l’anthracnose », reconnaît M. Seck.

« Des lots ont été interceptés aux frontières de l’UE pour plusieurs raisons, dont le déficit d’agents phytosanitaires et l’étendue importante d’un verger sauvage qui n’est pas traité et reste sujet à plusieurs maladies comme l’anthracnose et surtout la bactériose de la mangue », détaille M. Diouf qui plaide pour un renforcement des ressources humaines au niveau de la DPV.

« La collaboration n’a pas été difficile en 2026. Mais il faut plus de formation pour les équipes afin de leur apprendre à identifier les mangues présentant des signes d’attaque par la mouche des fruits afin de les retirer de la chaîne avant l’emballage et l’expédition. La filière est le seul segment horticole qui embauche le plus de travailleurs journaliers. Il serait aussi bien que la DPV commence à former des auxiliaires phytosanitaires pour venir en aide aux agents ».

Espoir Olodo

Édité par Wilfried ASSOGBA

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