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Près de 50% des vêtements usagés importés par le Ghana finissent dans l’océan et les décharges sauvages (rapport)

  • Date de création: 23 septembre 2024 07:39

(Agence Ecofin) - Le secteur de la friperie crée des dizaines de milliers d’emplois et génère des recettes fiscales pour le gouvernement ghanéen. Mais cela se fait au prix d’une catastrophe environnementale, liée à la détérioration de la qualité des vêtements usagés importés et au manque cruel d’infrastructures de recyclage.

Trop abîmés pour être vendus, près de 50% des vêtements de seconde main importés par le Ghana échouent dans des décharges sauvages à ciel ouvert ou dans l'océan, avec des conséquences néfastes sur les écosystèmes, la santé humaine et les moyens de subsistance des populations, selon un rapport publié le 11 septembre par l’ONG environnementale internationale Greenpeace.

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Intitulé « Fast Fashion, Slow Poison : The Toxic Textile Crisis in Ghana », le rapport précise que le Ghana est le deuxième importateur de vêtements usagés à l’échelle internationale après le Pakistan, avec une part de 5,1 % du marché mondial. En 2022, ce pays d’Afrique de l’Ouest a reçu 121 934 tonnes de vêtements d’occasion connus localement sous le nom d'Obroni Wawu (vêtements d'hommes blancs morts). Ces sacs, robes, T-shirts, pantalons, chaussures et autres articles de prêt-à-porter usés proviennent notamment du Royaume-Uni, de la Chine, de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

Sur les quelque 15 millions d'articles de seconde main qui arrivent chaque semaine par conteneurs au Ghana, juste un peu plus de la moitié sont revendus localement, alors que la demande en vêtements d'occasion et bon marché reste forte.

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Le reliquat n’est pas exploitable, en raison de sa mauvaise qualité. La part des déchets textiles non-réutilisables n’a pas cessé d’augmenter au cours des dernières années dans un contexte marqué par l’essor de la « fast fashion » (mode rapide), une mouvance de marques qui produisent des vêtements très vite, très souvent, et pour pas cher.

Pour établir les itinéraires de ces vêtements invendables et évaluer leurs impacts sur l'environnement et les communautés, des chercheurs de Greenpeace ont mené en octobre 2023 une enquête à Kantamanto, un marché situé plein cœur d'Accra, où 30 000 petits commerçants proposent des vêtements usagés issus des filières de collecte et de « recyclage » mises en place par les pays les plus riches du globe.  

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Après l’ouverture des ballots arrivés sur ce marché qui s’étend sur une superficie de 20 hectares, les nombreux articles inexploitables sont jetés sans discernement dans la nature, au regard des capacités de recyclage anecdotiques du pays. Ces vêtements de piètre qualité finissent dans des espaces ouverts et des décharges informelles situées à la périphérie de la ville, et plus loin dans les campagnes.

Substances chimiques cancérigènes

Les piles de déchets vestimentaires empiètent ainsi de plus en plus sur des écosystèmes naturels fragiles, étouffent les habitats des animaux et remplissent l'air de fumées noires provenant des incendies qui se déclarent souvent dans les dépotoirs anarchiques.

Ces décharges rejettent également des lixiviats toxiques qui contaminent les terres agricoles et s'écoulent dans les lagunes et des zones humides. Lors de la saison des pluies, les eaux charrient les vieux vêtements et les déversent dans les cours d'eau et, in fine, dans l’océan Atlantique, où ils mettent en danger les milieux aquatiques et abîment les filets des pêcheurs.

Les fortes marées favorisent également l’échouage des déchets sur les plages d’Accra, dont certaines parties se retrouvent recouvertes de textiles usagés de plusieurs mètres de haut.

Les fortes marées favorisent également l’échouage des déchets sur les plages d’Accra, dont certaines parties se retrouvent recouvertes de textiles usagés de plusieurs mètres de haut.

Des tests in situ effectués par les chercheurs de Greenpeace ont montré que 89% des vêtements inexploitables sont fabriqués à partir de fibres synthétiques telles que le polyester, le nylon et l'acrylique. Ces fibres non-biodégradables finissent par se décomposer en microplastiques qui contaminent le sol, l’eau, l’air et la chaîne alimentaire.

Le rapport révèle d’autre part que d'importants volumes de déchets textiles sont également collectés au marché de Kantamanto via des filières informelles de déchets pour être brûlés comme combustible dans plusieurs lavoirs publics situés dans les environs.

Des échantillons d'air prélevés par Greenpeace montrent que l'air ambiant de trois lavoirs publics était contaminé par de nombreuses substances chimiques dangereuses, dont beaucoup dépassaient de très loin les normes de sécurité européennes. Il s'agit notamment de composés cancérigènes tels que le benzène et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), qui exposent les travailleurs et les clients des lavoirs ainsi que les personnes vivant à proximité à un grand danger.

Pour atténuer la crise environnementale et sociale découlant du débarquement massif de textiles usagés en provenance des pays occidentaux et d’Asie, le rapport recommande notamment aux autorités ghanéennes d’interdire formellement l’importation des vêtements de deuxième main invendables et de peser de tout leur poids pour favoriser l’adoption du principe du pollueur-payeur dans le marché mondial du prêt-à-porter, afin d’obliger les enseignes d’être responsables de la gestion des déchets tout au long du cycle de vie des vêtements qu'elles produisent.

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