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Anglo American, une mariée trop belle pour BHP

  • Date de création: 19 juin 2024 06:21

(Agence Ecofin) - Fin mai 2024. Après le rejet de sa troisième offre d’un montant de 49 milliards $, l’australien BHP décide de renoncer au rachat du groupe britannique Anglo American et de son riche portefeuille composé entre autres d’actifs de cuivre, platine, diamant, fer. On aurait pourtant pu croire à une issue différente pour cette tentative de prise de contrôle amorcée au mois d’avril, au vu de l’énergie déployée par BHP et des dynamiques du marché du cuivre, le principal centre d’intérêt de la société australienne. Agence Ecofin vous propose quelques clés pour comprendre les raisons de ce mariage avorté entre le 1er et le 7e du classement des compagnies minières les mieux capitalisées au monde.

Le cuivre et ses perspectives, au centre du deal

Le nom d’Anglo American est connu dans le secteur minier africain. 7e plus grande compagnie minière au monde selon un rapport de PwC paru en juin 2023, le britannique est la maison-mère de plusieurs grandes sociétés opérant sur le sol africain.

Ses filiales africaines comprennent notamment Anglo American Platinum (Amplats) un des leaders mondiaux de la production de platine, Kumba Iron Ore, active sur le minerai de fer, ou encore De Beers, premier producteur de diamants par la valeur. Les filiales possèdent plusieurs actifs en Afrique du Sud, au Botswana, en Namibie ou encore au Zimbabwe.

Cependant, les atouts africains du groupe britannique ne sont pas la principale raison de l’intérêt à lui porté par BHP. La première compagnie minière au monde selon le rapport de PwC susmentionné a été davantage séduite par les actifs de cuivre d’Anglo American en Amérique latine. Au Pérou et au Chili, la convoitée détient trois mines de cuivre sur lesquelles une production de 790 000 tonnes est attendue en 2024 (voir tableau). Les offres de rachat de BHP étaient d’ailleurs accompagnées de l’exigence qu’Anglo American se sépare de ses filiales sud-africaines actives sur le fer et les métaux du groupe de platine (PGM).

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L’intérêt de BHP pour le cuivre d’Anglo American n’est pas surprenant, étant donné le contexte actuel où le « métal rouge » suit depuis plusieurs mois une tendance haussière. Son prix a grimpé pour atteindre 9000 dollars la tonne en mars, puis établi un nouveau pic historique à plus de 11 000 dollars dans le mois de mai. Et les perspectives du marché sont reluisantes, en ce sens que plusieurs analystes dont Citibank ou Macquarie prédisent un prix de 15 000 dollars d’ici 2025. 

Pour l’AIE, les projets annoncés sont suffisants pour satisfaire seulement 70 % des besoins en cuivre en 2035, dans un scénario où les pays du monde entier atteignent leurs objectifs nationaux en matière de climat. 

De plus, les analystes sont unanimes sur un potentiel de croissance à long terme encore plus grand pour le cuivre, en raison de son importance pour la transition énergétique. D’après Fastmarkets, « la demande apparente de cuivre raffiné augmentera à un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 2,7 % entre 2022 et 2033, pour atteindre 34,6 millions de tonnes […]». Selon la firme d’analyse, la consommation des secteurs de la transition énergétique augmentera à un TCAC de 13% sur la même période, contre 1,3% pour celle des secteurs traditionnels. Pour l’AIE, les projets annoncés sont suffisants pour satisfaire seulement 70 % des besoins en cuivre en 2035, dans un scénario où les pays du monde entier atteignent leurs objectifs nationaux en matière de climat.

Lire aussi : 14/03/2024 - Les perspectives pour les prix du cuivre à court et moyen terme (Rapport) 

Ces perspectives justifient le positionnement stratégique envisagé par BHP. En fusionnant avec Anglo American, le groupe australien produirait 10% de l’offre mondiale de cuivre, selon les chiffres de plusieurs sources concordantes.

Pourquoi Anglo American a-t-elle rejeté toutes les offres ?

Dans le communiqué publié pour rejeter la première offre de 39 milliards de dollars de BHP, Anglo American a indiqué que la proposition était « opportuniste » et qu’elle sous-évaluait considérablement son portefeuille et ses perspectives. L’entreprise a également relevé que la structure de la transaction était peu attrayante pour ses actionnaires du fait de l'incertitude et de la complexité inhérentes, ainsi que des risques importants liés à son exécution.

Anglo American fait entre autres référence à la clause de scission de ses filiales sud-africaines Amplats et Kumba Iron Ore incluse dans l’offre. Les deux offres suivantes (43 milliards de dollars et 49 milliards de dollars) seront rejetées pour plus ou moins les mêmes raisons.

Pour échapper à cette offensive, la compagnie britannique propose comme alternative à ses actionnaires un plan de restructuration censé leur permettre de générer une plus grande valeur. Dans le détail, ledit plan consiste notamment à retirer Amplats et le producteur de diamants De Beers du portefeuille, afin de concentrer l’entreprise sur ses actifs de minerai de fer et de cuivre. Les deux filiales dont la compagnie veut se débarrasser traversent des périodes difficiles, Amplats faisant face à des problèmes structurels en Afrique du Sud et à la baisse des prix des PGM, alors que De Beers doit gérer la baisse des prix et de la demande de diamants. 

Dans le détail, ledit plan consiste notamment à retirer Amplats et le producteur de diamants De Beers du portefeuille, afin de concentrer l’entreprise sur ses actifs de minerai de fer et de cuivre. 

Si le plan de restructuration a déjà été validé par certains actionnaires, sa mise en œuvre ne devrait pas se faire sans embûches. Anglo American devra surmonter les différents obstacles, si elle veut être à l’abri d’une nouvelle offensive de BHP (qui ne devrait pas survenir avant 6 mois, selon la réglementation britannique en matière de prise de contrôle des compagnies cotées en bourse) ou d’un autre rival (voir tableau). 

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Comment les pays africains concernés réagissent-ils ?

Dès l’annonce de la première offre de BHP, le ministre sud-africain des Ressources minérales, Gwede Mantashe, a clairement montré son opposition à cette transaction, en indiquant qu’il ne la soutiendrait pas. À travers le gestionnaire du fonds de pension de l’État, le gouvernement sud-africain est un des principaux actionnaires d’Anglo American. Si le mariage n’a finalement pas eu lieu, les autorités sud-africaines n’ont pas encore officiellement réagi au plan de restructuration proposé par Anglo American.

Il faut dire que pour l’Afrique du Sud, les enjeux et inquiétudes liés à cette actualité sont de plusieurs ordres. Une des questions majeures qui se posent est celle des emplois dans un contexte de taux de chômage élevé et de ralentissement de la croissance économique. Les filiales sud-africaines d’Anglo American emploient environ 45 000 personnes dans le pays et ont déjà annoncé cette année la suppression de plus de 4000 postes, dans le cadre d’une restructuration d’activités face aux défis rencontrés.

Les filiales sud-africaines d’Anglo American emploient environ 45 000 personnes dans le pays et ont déjà annoncé cette année la suppression de plus de 4000 postes. 

De son côté, le Botswana, qui détient 15 % de participation dans De Beers et contribue pour 70 % à la production de diamants bruts de l’entreprise, a réagi à l’annonce du plan de restructuration en martelant qu’il fera tout son possible pour défendre ses intérêts. « Il est hors de question que nous nous permettions de nous rendre volontairement inutiles ou insignifiants. Le Botswana réagira donc de manière à protéger ses intérêts », avait déclaré le président Mokgweetsi Masisi.

Plus récemment, le gouvernement botswanais a indiqué qu’il envisage d’augmenter « si cela est attractif » sa participation dans De Beers. L’Etat a aussi déclaré le 10 juin dernier vouloir jouer un rôle central dans le choix de l’investisseur potentiel qui succèdera à Anglo American au capital du groupe De Beers qui n’a dégagé en 2023 qu’un bénéfice de 72 millions $ contre 500 millions à 1,5 milliard de dollars habituellement. 

Louis-Nino Kansoun

Lire aussi :

23/05/2024 - De Beers reste optimiste sur une amélioration de la demande de diamants

16/04/2024 - Utilisation du platine et du palladium pour de meilleures batteries au lithium : des prototypes commercialisés en 2024 ?


Louis-Nino KANSOUN
 
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