(Agence Ecofin) - La coopération entre le Kenya et la Corée du Sud s'est notamment construite autour de l'aide au développement et des programmes de formation. Nairobi souhaite désormais faire évoluer cette relation vers un partenariat davantage axé sur la technologie, l'innovation et l'investissement.
Le Premier ministre kényan, Musalia Mudavadi (photo, à gauche), a appelé à placer la technologie, l'innovation, l'investissement et le partage des connaissances au centre de la coopération entre les deux pays. S'exprimant vendredi 4 septembre lors du Kenya-Korea Cultural and Networking Forum 2026 à Nairobi, il a estimé que leur partenariat devait progressivement dépasser le cadre d'une relation principalement fondée sur l'aide.
« Nous devons faire passer notre relation au-delà de l'aide au développement traditionnelle vers un partenariat d'égal à égal fondé sur l'investissement, les connaissances, la technologie et l'innovation », a indiqué le ministre.
Ancien pays bénéficiaire de l'aide internationale, la Corée du Sud a construit en quelques décennies une économie industrialisée, soutenue par des investissements dans l'éducation, les compétences et les capacités technologiques. « L’expérience de développement de la Corée offre également des leçons précieuses alors que nous mobilisons les Kényans dans le cadre de la Conversation nationale sur l’avenir du Kenya au-delà de la Vision 2030, afin de définir notre propre trajectoire vers une plus grande transformation économique », a ajouté Musalia Mudavadi.
Cette orientation s'appuie déjà sur plusieurs projets développés avec l'appui sud-coréen. À Konza Technopolis, une technopole en développement conçue comme une ville intelligente, le Kenya construit notamment le Kenya Advanced Institute of Science and Technology (Kenya-AIST), un établissement inspiré du Korea Advanced Institute of Science and Technology (KAIST). L'institut, spécialisé dans les formations de troisième cycle et la recherche en sciences, technologies et ingénierie, a obtenu sa charte en mai 2026. Sa création répond notamment au besoin de former davantage d'ingénieurs hautement qualifiés pour soutenir l'industrialisation du pays.
Konza doit également accueillir une Digital Media City et plusieurs infrastructures numériques. En août, une délégation du Korea Development Institute et de l'Université de Séoul s'est rendue sur le site pour étudier de nouvelles possibilités de coopération dans le développement de la technopole comme ville intelligente. Le gouvernement kényan estime que Konza pourrait, à terme, contribuer à hauteur de 2 % au PIB national.
Nairobi mise sur l'expérience industrielle sud-coréenne
Le Kenya s'inscrit dans la dynamique de rapprochement technologique entre la Corée du Sud et le continent africain. Lors du premier sommet Corée-Afrique de 2024, les deux parties avaient placé les infrastructures intelligentes, les sciences et les technologies numériques parmi les axes de leur coopération économique. En juin 2026, elles ont réaffirmé leur volonté de développer les capacités numériques africaines à travers le transfert de technologies et le renforcement des compétences locales.
D'autres pays africains poursuivent des objectifs similaires. Le Rwanda coopère depuis plusieurs années avec la Corée du Sud sur le développement des institutions numériques rwandaises et la formation dans les TIC, tandis que l'Égypte cherche à tirer de son partenariat avec Séoul des investissements industriels et des transferts de technologies.
L'enjeu pour Nairobi est toutefois de transformer cette coopération en capacités durables. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) souligne que l'intégration des économies africaines dans les chaînes de valeur technologiques suppose de renforcer les compétences et les capacités scientifiques et technologiques, tout en développant les liens entre entreprises étrangères et fournisseurs locaux. La réussite de l'ambition kenyane dépendra donc, à terme, de sa capacité à convertir l'aide et les investissements étrangers en un écosystème technologique local et à faire de son partenariat avec Séoul un véritable levier d'industrialisation.
Adoni Conrad Quenum
Edité par M.F. Vahid Codjia
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