(Agence Ecofin) - Le voyage en Europe ne se passe pas toujours comme on le souhaite. Le destin peut devenir cruel entre la désillusion et un retour au bercail. Une réflexion sur la précarité des conditions de la jeunesse africaine.
Par l’exploration des liens entre les héritages médicinaux, les industries textiles et l’identité de la diaspora, l’écrivaine camerounaise offre une fresque où se mêlent douleur, dignité et mémoire.
Avec son nouveau roman, Osvalde Lewat signe un récit puissant au carrefour des contradictions contemporaines d’une Afrique en quête de repères. Un tableau d’un réalisme cru, sans ambages.
Le lancement officiel de l’œuvre romanesque a eu lieu, jeudi 3 septembre, à la librairie Les Cahiers de Colette à Paris, deux semaines jour pour jour après sa parution aux éditions Philippe Reys.
Entre les 333 pages d’« Un corps indocile », Lewat suit les traces de Deffo, un couturier qualifié qui vit entre la création de modèles et une folle passion amoureuse pour Merveille. Mais un jour, une douleur inguinale va déclencher une lente descente aux enfers.

Un retour aux sources africaines
La souffrance devenait atroce à l’aine. Aucun remède pharmaceutique – de l’Occident – n’arrivait à le soulager. Alors, Deffo prit une décision : rentrer dans son pays d’origine, une destination fictive nommée Zambuena. Là-bas, il existerait des remèdes ancestraux pour l’aider à recouvrer la pleine santé. Le corps endolori de Deffo, devient une quête identitaire.
Ici, la romancière souligne une thématique majeure qui anime les débats. La médecine traditionnelle africaine offre-t-elle une alternative crédible à la médecine moderne ?
Le roman oppose deux systèmes de soins : l’un scientifique et globalisé, l’autre ancestral et communautaire. Cette tension révèle la marginalisation historique des pratiques africaines par les modèles occidentaux. Osvalde Lewat interroge leur légitimité et leur résilience, montrant qu’au‑delà du folklore, elles portent une véritable capacité de sens et de guérison.
Cependant, le protagoniste du roman n’est pas au bout de ses tribulations.

Deffo face à l’exploitation industrielle chinoise
Pour payer ses soins, il accepte un emploi dans une usine textile contrôlée par des intérêts chinois. Deffo va découvrir la réalité d’un travail industriel où le corps devient un outil soumis à la cadence et à l’abrutissement. À bout, obsédé par sa quête de guérison, il bascule et tue un homme.
La France, les États‑Unis ou encore la Belgique, longtemps présents en Afrique et aujourd’hui contestés, notamment dans le Sahel, cèdent progressivement la place à d’autres puissances comme la Russie et la Chine. Osvalde Lewat soulève alors une interrogation essentielle : ces nouveaux prétendants offrent‑ils une alternative réelle ou ne reproduisent‑ils que d’autres formes de domination ?
Le parallélisme entre les meurtres de Deffo et de Meursault
Une question existentielle émane des actes irréparables : ôter la vie humaine sous une forte pression. Dans L’Étranger d’Albert Camus, Meursault tue un Arabe sur une plage d’Alger. Le meurtre survient sous un soleil accablant. L’astre, décrit comme une force oppressante et quasi transcendante, écrase Meursault : « les cymbales du soleil sur mon front », « la lumière a giclé ».
Deffo, assommé par la douleur et voulant guérir à tout prix, commet aussi un meurtre. Les limites de La Condition humaine révèlent la fragilité même de l’existence.

Identité et diaspora
Deffo illustre les parcours de la diaspora africaine, partagée entre réussite en Europe et attachement au continent. Le rejet des deux côtés. Au pays, les membres de la diaspora sont, à tort, pourtant perçus comme des déconnectés qui doivent leur salut à la réussite sociale, au mépris des difficultés qui entravent le chemin.
Le roman interroge la place de la diaspora africaine dans la mondialisation : acteurs de la création et du travail, mais aussi porteurs d’une mémoire et d’un lien indéfectible au continent.
Le personnage principal illustre la posture Peau noire, masques blancs. Le « masque blanc » symbolise l’aliénation du Noir qui, pour être accepté dans la société coloniale, adopte les codes, la langue et les comportements du colonisateur. La « peau noire » rappelle l’identité originelle, niée ou dévalorisée par le système colonial.
Qui est Osvalde Lewat?
Osvalde Lewat, née en 1976 à Garoua, est une romancière, documentariste et photographe franco‑camerounaise. Diplômée de Sciences Po Paris et de l’ESSTIC de Yaoundé, elle s’est d’abord illustrée par des films engagés sur les violences politiques et sociales en Afrique, primés à l’international. Elle expose aussi ses séries photographiques en Europe, en Amérique et en Afrique. En littérature, elle signe Les Aquatiques (2021), son premier roman, et Un corps indocile (2026).
Ubrick F. Quenum
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