(Agence Ecofin) - Dans un contexte de turbulences mondiales, Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison occupe une position centrale dans la résilience économique de Madagascar. Nommée ministre de l'Économie et des Finances en août 2021, elle a hérité d'un environnement marqué par l'impact de la COVID-19 et les conséquences toujours palpables du conflit russo-ukrainien, en particulier sur les nations africaines.
Mme Rabarinirinarison n'est pas novice en matière de gestion de crises. Avec douze années passées au sein du même ministère, dont un mandat en tant que secrétaire générale, elle connaît les rouages de l'administration. Sa spécialisation en marchés publics et en relations internationales renforce cette compétence.
En marge des Assemblées annuelles de la BAD à Sharm El Sheikh, en Égypte, elle a accordé une interview exclusive à l'Agence Ecofin. Au cours de cet échange, la cheffe de l’échiquier malgache expose la situation économique de Madagascar, soulignant les enjeux environnementaux auxquels le pays fait face, et les mesures prises pour maintenir une croissance soutenue. Elle revient également sur des problématiques telles que la lutte contre la corruption et le détournement de fonds.
Agence Ecofin : Dans un contexte global marqué par une succession de crises sans précédent, Madagascar n'échappe pas à ces turbulences économiques. Comment se porte l’économie malgache dans cette phase de crises mondiales récurrentes depuis 2020 ?
Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison : Il est essentiel de souligner que notre pays, comme tous les autres, est influencé par les dynamiques mondiales. La conjoncture économique internationale a eu une répercussion considérable sur notre nation, avec des bouleversements tels que l'augmentation du coût du pétrole, liée à la crise ukrainienne, et l'inflation à l'échelle mondiale. Notre économie, fortement tributaire des importations, se trouve ainsi exposée à ces perturbations.
Outre ces défis mondiaux, nous devons également faire face à des enjeux internes freinant notre croissance économique. Les conséquences du dérèglement climatique, notamment les cyclones récurrents et les sécheresses intenses dans le sud de l'île, ont exacerbé la situation économique.
« Les conséquences du dérèglement climatique, notamment les cyclones récurrents et les sécheresses intenses dans le sud de l'île, ont exacerbé la situation économique.»
Cependant, notre économie a démontré une certaine capacité de résilience. Après la récession de 2020, en grande partie provoquée par la pandémie de Covid-19, nous avons affiché une croissance positive de 5,7%, suivie d'une stabilisation en 2022. Le FMI prévoit un taux de croissance de 4%, supérieur à celui de nos voisins d'Afrique subsaharienne. En 2023, notre objectif est de maintenir ce rythme de croissance.
Cette résilience économique est principalement le fruit de notre structure économique, largement tournée vers l'exportation de matières premières essentielles comme le nickel, le cobalt et l'ilménite. Ces exportations ont été un pilier pour notre économie et ont contribué à sa résistance.
De plus, nous disposons d'un plan stratégique, le Plan Émergence de Madagascar [pour la période 2020-2023], qui a dynamisé notre économie via des investissements publics. On constate des projets d'infrastructure en cours de réalisation à travers tout le pays, y compris dans les domaines sociaux. Ces initiatives stimulent la demande intérieure et soutiennent l'économie.
AE : Selon la Banque mondiale, une croissance de 4 à 5% pourrait s'avérer insuffisante pour aider Madagascar à relever ses défis. Face à ce constat, quelles sont les stratégies adoptées par le gouvernement malgache pour répondre efficacement aux problématiques auxquelles le pays est confronté ?
RHR : Pour surmonter ces obstacles, le gouvernement de Madagascar a déployé diverses stratégies. Nous avons décidé d'accorder une importance accrue à notre marché intérieur afin de diminuer notre dépendance à l'égard de l'extérieur.
Une politique industrielle vigoureuse a été mise en œuvre. L'initiative "One District One Factory" (ODOF), où chaque district se consacre à l'édification d'une industrie locale pour répondre aux besoins fondamentaux de la population, a été lancée. En 2021, nous avons réussi à établir 37 nouvelles industries, produisant des biens essentiels tels que le sucre et la farine, des produits que nous importions.
« En 2021, nous avons réussi à établir 37 nouvelles industries, produisant des biens essentiels tels que le sucre et la farine, des produits que nous importions.»
Notre stratégie est principalement orientée vers l'industrialisation locale afin de réduire notre dépendance aux importations. Toutefois, nous sommes également aux prises avec des défis climatiques de taille. Malgré les efforts considérables déployés par Madagascar pour contrer les effets du changement climatique, nous sommes confrontés à des contraintes naturelles qui rendent ces efforts moins évidents et dont l'impact n'est pas toujours immédiatement perceptible.
AE : Quel est l'impact des changements climatiques sur l'économie de Madagascar, surtout en termes de PIB perdu à cause des catastrophes naturelles ?
RHR : La localisation géographique de Madagascar le rend particulièrement sensible aux défis liés au changement climatique. Cette croissante vulnérabilité entraîne des répercussions dévastatrices, venant éclipser nos avancées en matière de développement.
Au cours des trois dernières décennies, Madagascar a été frappé par plus de soixante-dix (70) désastres climatiques majeurs, dont soixante-quatre (64) perturbations cycloniques et six (06) sécheresses sévères dans le sud de l'île. Rien qu’en 2022, nous avons subi l'assaut de cinq cyclones consécutifs, provoquant la mort de 200 personnes et affectant plus de 960 000 individus.
Le coût des dommages causés par ces catastrophes climatiques est estimé à environ 4,8% de notre PIB, tandis que l'ensemble des catastrophes climatiques nous coûte approximativement 1% de notre PIB chaque année. Ce chiffre de 4,8% provient d'une étude de la Banque mondiale spécifiquement destinée à notre pays. Cette estimation illustre l'impact économique significatif du changement climatique dans notre pays.
AE : Comment le gouvernement fait-il face à cette situation ?
RHR : Le gouvernement de Madagascar place la question environnementale au sommet de ses priorités. Notre détermination à lutter contre les changements climatiques est inébranlable, comme le démontre l'adoption de notre plan national d'adaptation et de notre plan national de lutte contre le changement climatique.

Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison, ministre de l’économie et des finances de Madagascar et Fiacre Kakpo, rédacteur en chef adjoint de l’Agence Ecofin.
Nos Contributions Déterminées au niveau National (CDN) représentent un engagement financier de 21,8 milliards de dollars. C'est la somme nécessaire pour concrétiser nos ambitions environnementales. Cependant, notre financement actuel se situe aux alentours de 300 millions de dollars par an, une somme qui inclut tous les donateurs, y compris ceux du fonds international et de notre propre budget annuel.
Il est manifeste qu'il existe un écart significatif entre les ressources dont nous disposons actuellement et celles nécessaires à la mise en œuvre de nos politiques environnementales nationales. Cette situation souligne l'urgence d'intensifier nos efforts et de mobiliser davantage de ressources pour affronter les défis climatiques.
AE : En termes pratiques, comment est financé ce déficit ?
RHR : Nous recourons principalement à trois stratégies pour financer ce déficit.
Premièrement, nous avons instauré des mesures fiscales encourageant la réalisation des initiatives contenues dans nos plans et stratégies environnementales. Nous avons par exemple introduit des incitations fiscales, telles que l'exonération de la taxe sur la valeur ajoutée pour l'importation de matériaux essentiels à la production d'énergies renouvelables. Par ailleurs, ceux investissant dans l'énergie renouvelable peuvent prétendre à une exonération d'impôt sur le revenu. Ces mesures contribuent à alléger la charge financière associée à la réalisation de nos objectifs environnementaux.
Deuxièmement, nous nous efforçons d'attirer des investissements privés. Nous sommes conscients que le budget de l'État ne pourra couvrir l'intégralité de nos ambitions environnementales et que nous devrons par conséquent collaborer avec le secteur privé pour pallier ce déficit. Plus précisément, nous avons commencé à autoriser les entreprises privées à investir dans les énergies renouvelables, par exemple en érigeant des centrales solaires dans certaines villes de Madagascar.
Enfin, troisièmement, nous sollicitons le soutien de nos partenaires internationaux. Nous sommes convaincus que grâce à ces efforts combinés, nous pourrons faire face aux défis climatiques auxquels notre pays est confronté.
AE : Pouvez-vous nous éclairer davantage sur les réalisations concrètes des projets d'investissement privé et de partenariats public-privé en cours d'exploitation ? Comment ces initiatives ont-elles contribué jusqu'à présent à la réalisation des objectifs énergétiques de Madagascar ?
RHR : Nous avons récemment inauguré des projets significatifs en partenariat avec le secteur privé. En décembre dernier, une entreprise privée a mis en place une nouvelle centrale hydroélectrique, augmentant de ce fait la capacité d'accès à l'électricité dans la capitale. De plus, nous avons acheté une centrale thermique de 105 mégawatts (MW).
Actuellement, nous louons des générateurs et des centrales thermiques, ce qui représente une charge financière conséquente. Cette nouvelle centrale thermique de 105 MW permettra de substituer ces locations, réduisant ainsi nos coûts.
De plus, nous collaborons également avec des entreprises privées établies de longue date à Madagascar, qui ont étendu leurs activités pour gérer des centrales hydroélectriques. Ces partenariats se développent progressivement.
En outre, nous sommes en train d'établir des projets d'envergure, valant plus de 200 à 250 millions de dollars. Parmi ces projets figure un important projet hydroélectrique qui sera prochainement signé avec une entreprise privée. Un autre projet est actuellement en cours de négociation, basé sur un contrat de concession et de partenariat.
Ces initiatives témoignent de notre engagement à favoriser l'investissement privé dans le secteur de l'énergie renouvelable et à diminuer notre dépendance à l'égard des importations d'énergie.
AE : Globalement et pour résumer, en quoi consiste le financement climatique actuel de Madagascar ?
RHR : Le financement climatique actuel de Madagascar se concentre principalement sur des initiatives visant à atténuer les impacts du changement climatique. Ce financement, obtenu en partie grâce à des partenaires internationaux tels que le Fonds pour les Aires Protégées de Madagascar (FAPBM) et l'Allemagne, est investi dans des programmes de conservation de la biodiversité et de reforestation à grande échelle. L'un de ces projets ambitieux vise à reboiser jusqu'à deux millions d'hectares d'ici 2030.
« L'un de ces projets ambitieux vise à reboiser jusqu'à deux millions d'hectares d'ici 2030.»
Dans le cadre du renforcement des puits de carbone, tel que stipulé dans le CDN 2 (Contributions Déterminées au niveau National, ndlr) de Madagascar, nous cherchons activement à exploiter les opportunités offertes par le marché du carbone. Nous avons d'ailleurs conclu un contrat avec la Banque Mondiale en ce sens. Actuellement, environ 50 millions de dollars sont déjà consacrés à ce marché du carbone par le biais d'un projet nommé REDD+ (Réduction des Émissions issues de la Déforestation et de la Dégradation des forêts, ndlr).
Le mécanisme international REDD+ incite les pays en développement à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à favoriser la conservation, la gestion durable des forêts et l'augmentation des stocks de carbone forestier.
Ainsi, les financements que nous recevons sont stratégiquement utilisés pour atténuer les effets du changement climatique, préserver notre riche biodiversité et participer à la lutte mondiale contre le réchauffement climatique. Le financement de 50 millions de dollars de la Banque mondiale destiné au projet REDD+ constitue une avancée significative dans les efforts de Madagascar pour faire face aux impacts du changement climatique. Nous travaillons actuellement sur la création d'un compte d'affectation spéciale pour la réception de ces fonds.
AE : À partir de ces 50 millions de dollars, quel montant approximatif espérez-vous mobiliser ?
RHR : Effectivement, les 50 millions de dollars investis par la Banque mondiale devraient agir comme un catalyseur et un levier potentiel pour attirer d'autres financements, manifestant ainsi la viabilité du marché du carbone à Madagascar. Ces fonds initiaux permettront la mise en place des infrastructures nécessaires, l'élaboration des régulations adéquates et la création des incitations requises pour attirer davantage d'investissements. Nous envisageons une mobilisation de financements supplémentaires estimée à 500 millions de dollars, soulignant ainsi le potentiel d'expansion de ce marché.
AE : Vous comptez également sur le Guichet d’Action Climatique, créé en décembre 2022 au sein de la Banque africaine de développement. De quoi s’agit-il et en quoi pourrait-il aider Madagascar à faire face aux dommages causés par les catastrophes naturelles ?
RHR : Il s'agit d'une fenêtre de financement déployée par la Banque africaine de développement. Ce mécanisme est destiné essentiellement aux pays à revenus faibles, comme Madagascar. Son but est de soutenir l'exécution de plans solides visant la conservation de l'environnement et la lutte contre les changements climatiques dans chaque pays bénéficiaire.
Comme j'ai eu l'occasion de le mentionner précédemment, Madagascar a déjà mis en place son Plan National d'Adaptation, son Plan National de Lutte contre le Changement Climatique ainsi que sa Stratégie et Action pour la Croissance et le Développement Durable (SACDN). Par conséquent, cette source de financement est en mesure de soutenir adéquatement la réalisation de ces divers plans.
AE : Dans le contexte africain, où l'efficacité de l'utilisation des fonds est souvent remise en question, comment Madagascar assure-t-il que les financements obtenus soient employés de manière optimale et atteignent les communautés les plus vulnérables ? En tant que Ministre de l'Économie et des Finances, quelles mesures avez-vous mises en place pour garantir que ces fonds ne soient pas détournés de leur objectif initial ?
RHR : Dans le but de répondre à des préoccupations légitimes sur l'utilisation des fonds dédiés aux projets environnementaux, nous avons adopté l'approche consistant à créer des comptes d'affectation spéciale. Ces comptes, alimentés par des sources de financement spécifiques, notamment le marché du carbone, sont strictement réglementés pour garantir que les fonds sont utilisés comme prévu. La législation encadrant ces comptes précise clairement les dépenses autorisées, fournissant ainsi un garde-fou solide contre toute utilisation indue des ressources.
Je dois insister que la gouvernance joue un rôle clé dans notre programme de réformes à Madagascar, un aspect qui a gagné la confiance du FMI. Ce dernier suit de près nos pratiques en matière de gestion des finances publiques et soutient activement notre programme. Cette collaboration avec le FMI constitue également une garantie pour nos partenaires financiers, qui conditionnent leur soutien à nos projets par l'existence d'un tel programme.
« Je dois insister que la gouvernance joue un rôle clé dans notre programme de réformes à Madagascar, un aspect qui a gagné la confiance du FMI.»
Dans le cadre de notre engagement en faveur d'une gouvernance renforcée, nous avons mis en place diverses structures pour superviser l'utilisation des fonds publics. Par exemple, nous avons créé une agence dédiée à la récupération des avoirs illicites, l'année dernière. Cette agence, en tant que mécanisme de contrôle supplémentaire, veille à la bonne utilisation des fonds publics et permet de récupérer d'éventuels fonds détournés.
AE : Quels sont vos rapports aujourd’hui avec le FMI ?
RHR : Avec le FMI, nous sommes actuellement sous le programme de Facilité Elargie de Crédit (FEC), un programme d'une durée de 40 mois. Nous avons récemment achevé la quatrième revue de ce programme. Si vous consultez le site du FMI daté de vendredi dernier [19 mai 2023], vous verrez qu'ils ont publié l'accord que nous avons obtenu entre leurs services et les nôtres concernant cette quatrième revue, qui s'est déroulée sans problème. Un décaissement est prévu dans le cadre de cette quatrième revue.
La solidité de notre lien avec le FMI s'est récemment manifestée par la visite inédite à Madagascar du directeur du département Afrique basé à Washington. L'objectif de cette visite était de prendre la mesure des réalités malgaches sur le terrain. Deux semaines plus tard, un accord a été conclu, témoignant ainsi de la confiance mutuelle entre nous et le FMI.
AE : Dans le contexte africain, on observe la prolifération d'organisations anti-corruption sans résultats probants. En ce qui concerne Madagascar, existe-t-il des actions concrètes de répression visant à dissuader les personnes impliquées dans des actes de détournement ou de corruption ?
RHR : Dans le contexte d'une jeune agence créée il y a à peine six à sept mois, il est remarquable de constater qu'elle a déjà réalisé des prouesses. La confiscation d'actifs, le gel des avoirs et l'implication d'individus dans des affaires de détournement de fonds publics sont parmi ses faits d'armes. En outre, un large éventail de biens, allant des véhicules aux maisons et aux cimenteries, ont été saisis.
Ces biens confisqués sont destinés à être vendus aux enchères publiques, une stratégie qui transmet un message fort à la société : l'impunité pour le détournement de fonds n'est plus de mise. Les biens des responsables sont maintenant mis sur le marché, prouvant ainsi l'engagement indéfectible du gouvernement à prendre cette question au sérieux.
AE : Les conditions d’accès aux marchés financiers internationaux restent défavorables depuis début 2022. Comment la grande île vit-elle cette conjoncture économique et financière et quels sont les moyens déployés pour y faire face ?
RHR : Pour l'heure, Madagascar n’est pas encore allé sur les marchés financiers internationaux. Nous prévoyons d’y accéder à l’avenir. Mais, pour le moment, l’essentiel de notre financement extérieur repose sur les ressources concessionnelles que nous accordent ses partenaires.
La marge d'endettement dont dispose Madagascar offre une latitude pour négocier des financements concessionnels auprès de partenaires multilatéraux. Nous sommes actuellement en discussion avec plusieurs d'entre eux, notamment la Banque mondiale et la BAD.
Dans le cadre de notre engagement envers la protection de l'environnement et la lutte contre les effets du changement climatique, nous avons déjà présenté une demande au FMI pour accéder au Fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité. Madagascar fait partie des cinq premiers pays à avoir finalisé l'évaluation macroéconomique environnementale requise pour ce fonds.
Par ailleurs, la Banque mondiale envisage de créer un nouveau fonds fiduciaire pour l'environnement. Même si ce fonds n’a pas encore vu le jour, nous suivons attentivement son évolution.
AE : Ces ressources concessionnelles suffisent-elles à combler le gap en financements ?
RHR : À Madagascar, nous disposons de marchés locaux d'obligations qui nous permettent d'émettre divers titres du Trésor, tels que les bons du Trésor par adjudication. Parallèlement, nous travaillons en étroite collaboration avec la Société Financière Internationale (SFI) pour mettre en place un marché de capitaux.
AE : Nous sommes bien dans une conjoncture marquée par une forte inflation qui pousse les banques centrales à soutenir l’économie pour contenir la hausse des prix et leurs monnaies. Quid de Madagascar ?
RHR : Concernant les taux, nous avons la chance de ne pas subir une inflation significative pour le moment, et espérons que cette situation perdurera. Certes, une certaine inflation est à noter, mais elle reste modérée à environ 10,2% à 10,7% par rapport à certains pays qui subissent des taux jusqu'à 76%. Cela se situe dans la cible d'inflation de la Banque Centrale, qui est définie entre 8 et 11%.
S'agissant du soutien à notre monnaie, nous avons observé une hausse remarquable de nos exportations. Pour certains produits, tels que ceux liés à la transition énergétique - et je citerai à titre d'exemple un composant essentiel à la production de batteries pour le secteur solaire - nous avons constaté une croissance des exportations de plus de 250% en seulement un an. Cette dynamique a engendré un rapatriement de devises en hausse de 256% correspondant à ces exportations. L'impact positif de cette croissance substantielle dans l'exportation de produits essentiels à la transition énergétique se fait ressentir sur notre économie, contribuant ainsi à renforcer notre devise.
« S'agissant du soutien à notre monnaie, nous avons observé une hausse remarquable de nos exportations.»
Le rapatriement des devises de ces exportations représente environ 70% de nos flux de devises, contribuant à soutenir notre monnaie et à garantir une certaine stabilité.
Quant à nos réserves, elles ont légèrement diminué par rapport à l'année précédente, passant de six mois à environ quatre mois d'importations, soit précisément 4,2 mois d'importations actuellement.
AE : Comment le gouvernement gère-t-il l'équilibre entre la nécessité d'investir dans l'adaptation au changement climatique et les autres priorités économiques et sociales du pays ?
RHR : Les défis économiques actuels, accentués par le changement climatique, ainsi que les priorités sociales pressantes, mettent en lumière une question critique : quels sont les compromis nécessaires pour implémenter efficacement les programmes d'adaptation et d'atténuation climatique et poursuivre nos plans de développement normaux ?
Tout en naviguant dans ces eaux, Madagascar est en pleine phase d'émergence, requérant des investissements pour stimuler la croissance nationale. Il s'agit donc de déterminer précisément ce que nous sommes prêts à sacrifier pour répondre à ces programmes d'adaptation et d'atténuation.
Comme précisé précédemment, en ce qui concerne l'enjeu environnemental, nous n'envisageons pas de sacrifier nos infrastructures au nom des plans nationaux d'adaptation et de résilience. Cela dit, nous explorons actuellement des voies pour mobiliser le secteur privé et établir des partenariats public-privé. Nous n'en sommes pas encore à une phase où l'emploi de fonds publics serait exclusivement dédié à ces plans.
Interview réalisée par Fiacre E. Kakpo, envoyé spécial à Sharm El Sheikh

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