(Agence Ecofin) - Le haut débit est indissociable de la transformation numérique en cours sur le continent. Mais la fracture numérique reste importante, avec des écarts marqués dans l’accès aux réseaux entre les pays et les territoires.
Le régulateur télécoms ivoirien (ARTCI) et l’Union internationale des télécommunications (UIT) ont organisé du 21 au 25 septembre à Abidjan une formation sur les systèmes d’information géographique (SIG) et la gestion des données pour des régulateurs télécoms ouest-africains. La session s’inscrit dans le cadre d’Africa-BB-Maps, un projet qui vise à renforcer la cartographie des infrastructures haut débit en Afrique.
Elle a réuni des experts et des délégués de la Côte d’Ivoire, du Bénin et du Burundi, ainsi que des représentants de l’Association des régulateurs des télécommunications de l’Afrique de l’Ouest (ARTAO). La formation d’Abidjan fait suite à un premier module organisé en juin dernier à Cotonou, au Bénin. Les deux sessions visent à renforcer les capacités des participants à collecter, traiter et exploiter les données nécessaires à la cartographie des réseaux haut débit. Le projet Africa-BB-Maps a été officiellement lancé en mars 2025.
Mieux cartographier pour mieux cibler les investissements
L’intérêt de la cartographie est d’abord de donner aux autorités une vision plus précise de la situation sur le terrain. Les statistiques nationales de couverture peuvent en effet masquer d’importantes disparités entre les territoires, en particulier entre les zones urbaines et rurales. Pour l’UIT, disposer de données géographiques détaillées permet de rendre visibles les zones insuffisamment desservies et d’estimer les populations concernées.
Emmanuel Manasseh, directeur régional de l’UIT pour l’Afrique, avait expliqué lors du lancement du projet en mars 2025 que la cartographie permet de passer d’une approche générale à une planification plus ciblée des infrastructures. Elle fournit aux pouvoirs publics une base pour définir leurs priorités, coordonner les interventions et mieux allouer les ressources disponibles.
Le projet Africa-BB-Maps prévoit de croiser plusieurs catégories de données, portant à la fois sur les infrastructures physiques, la disponibilité des services et certains indicateurs de qualité comme les débits ou la latence. Cette approche doit permettre aux régulateurs de disposer d’une vision plus complète des besoins de connectivité et de mieux appuyer leurs décisions de planification.
Pour rappel, l’accès au haut débit progresse en Afrique de l’Ouest comme partout sur le continent, mais reste marqué par de fortes disparités entre les pays et les territoires. En 2024, l’utilisation d’Internet atteignait environ 60 % de la population au Sénégal, contre 41 % en Côte d’Ivoire et au Nigeria, 34 % au Bénin et 28 % au Burkina Faso, selon les données de l’UIT.
Quelques initiatives nationales existent déjà
Le projet Africa-BB-Maps ne couvre pour le moment que trois pays d’Afrique de l’Ouest sur ses onze bénéficiaires : le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Nigeria. D’autres pays de la région ont toutefois engagé des démarches similaires pour disposer d’une connaissance plus précise de leurs infrastructures numériques.
Par exemple, au Burkina Faso, l’Observatoire de l’aménagement numérique (OAN) s’appuie depuis 2025 sur une plateforme WebSIG destinée à recenser et géoréférencer les infrastructures numériques du pays. Le dispositif doit notamment faciliter la planification des réseaux, la mutualisation des infrastructures et la coordination des investissements.
Au Sénégal, l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) a de son côté développé SUNU CARTO, présenté comme une plateforme de cartographie nationale des infrastructures numériques. Elle vise à collecter, analyser et mettre à disposition des données géographiques sur les infrastructures et la couverture des réseaux.
À une échelle plus large, la CEDEAO dispose également d’ECODOB, son observatoire numérique régional, qui propose une cartographie des infrastructures haut débit de ses États membres, notamment les réseaux de fibre optique, les câbles sous-marins et leurs points d’atterrissement.
Isaac K. Kassouwi
Edité par Sèna D. B. de Sodji
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