(Agence Ecofin) - Il y a quelques jours, le ministre zimbabwéen des Mines, Winston Chitando, a réaffirmé l’intention de son pays de générer 12 milliards $ de revenus miniers annuels d’ici 2023. Les belles avancées évoquées par le gouvernement semblent démentir le scepticisme suscité fin 2019, quand cet objectif ambitieux est annoncé. S’agit-il simplement d’un effet d’annonce (à nouveau) ou un changement de fond s’opère-t-il réellement dans le secteur minier zimbabwéen, tant décrié pour son cadre réglementaire ? Dissection.
Arrivé à la tête de l’État en 2017, le président Emmerson Mnangagwa a hérité d’un pays en proie à de graves difficultés économiques et financières. Pour tenter d’enrayer cette spirale négative, il a réalisé un examen des fondamentaux de l’économie et c’est tout naturellement les mines qui apparaissent comme un levier essentiel. Elles pèsent 12 % du PIB selon l’Agence fédérale américaine pour le commerce international, et environ 70 % des recettes d’exportation. Cela justifie l’élaboration au troisième trimestre 2019 d’un plan de développement du secteur minier intitulé « Strategic Road to the Achievement of US$12 Billion By 2023 ».

Emmerson Mnangagwa veut atteindre 12 milliards $ de revenus miniers annuels dès 2023.
Comme son nom l’indique, le document doit permettre de générer 12 milliards $ de revenus miniers annuels dès 2023, au plus tard. Par exemple, le secteur aurifère fournirait 4 milliards $ de revenus d’exportation, contre 3 milliards pour le platine. Les diamants, le minerai de fer, le chrome, l’acier et le charbon devraient générer 1 milliard, alors que le lithium rapporterait à lui seul 500 millions $.
Par exemple, le secteur aurifère fournirait 4 milliards $ de revenus d’exportation, contre 3 milliards pour le platine. Les diamants, le minerai de fer, le chrome, l’acier et le charbon devraient générer 1 milliard, alors que le lithium rapporterait à lui seul 500 millions $.
Si ces différents objectifs sont atteints, la manne financière récoltée constituerait le quadruple des revenus engrangés en 2019 et qui s’élevaient, selon les données de la Banque centrale, à 2,907 milliards $. Cela boostera les réserves de devises étrangères et apportera les liquidités dont le gouvernement a désespérément besoin pour relancer une économie nationale moribonde.
Des investissements de plusieurs milliards de dollars en vue
Quadrupler les revenus miniers en quatre ans ? Voilà une tâche bien ardue. Depuis l’annonce du gouvernement, les investissements enregistrés dans le secteur tendent pourtant à crédibiliser les ambitions du président Mnangagwa. Si certains observateurs présentent le Zimbabwe comme la peste pour les investissements miniers, plusieurs compagnies minières semblent faire fi de ces mises en garde.

Le milliardaire nigérian Benedict Peters parie 1 milliard $ sur le platine du Zimbabwe.
Impala Platinum, l’un des principaux producteurs sud-africains de métaux du groupe de platine (PGM) a ainsi annoncé le mois dernier un investissement d’environ 4,3 milliards de rands (290 millions $) au Zimbabwe. La société veut augmenter la production de Zimplats, sa filiale locale, en finançant notamment le développement de deux nouvelles mines : Bimha et Mupani. Ces dernières apporteront 180 000 onces supplémentaires de platine à la production nationale du Zimbabwe, mais l’entrée en production n’est pas prévue avant trois ans au moins. Toujours dans le secteur du platine, un consortium d’investisseurs russes et zimbabwéens s’est regroupé au sein de la coentreprise Great Dyke Investments et a lancé en 2020 la construction de la plus grande mine de platine du pays.
Toujours dans le secteur du platine, un consortium d’investisseurs russes et zimbabwéens s’est regroupé au sein de la coentreprise Great Dyke Investments et a lancé en 2020 la construction de la plus grande mine de platine du pays.
L’investissement total s’élève à 2 milliards $ selon la compagnie pour une entrée en service prévue d’ici 2023. À pleine capacité, la production annuelle de 860 000 onces de PGM placera l’actif dans le top 5 mondial des plus grandes mines de platine avec, il faut le noter, une durée de vie estimée à 40 ans.
Par ailleurs, le milliardaire nigérian Benedict Peters va dépenser 1 milliard $ au Zimbabwe dans les prochains mois, via sa société Bravura Holdings. Cette dernière est présente sur une concession minière de 3000 hectares à 80 km au sud de la capitale Harare, et souhaite lancer rapidement la production. « Nous allons passer à la définition puis à la modélisation des ressources, avant de lancer le développement et la construction de la mine […]. Toutes ces choses devraient se produire dans les 18 prochains mois », expliquait en novembre dernier Lionel Mhlanga, le patron local de Bravura.
Il faut souligner que l’engouement pour le platine se justifie par le potentiel du Zimbabwe qui héberge les troisièmes plus grandes réserves de platine au monde (après l’Afrique du Sud et la Russie), mais aussi par l’environnement actuel très favorable à ces produits avec notamment une demande et des prix en hausse.
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Néanmoins, ce n’est pas le seul secteur qui attire les regards, car les Russes, à nouveau, ont décidé d’investir dans les diamants. Le géant diamantifère russe Alrosa, contrôlé par Moscou, a en effet obtenu une vingtaine de concessions au Zimbabwe pour l’exploration et, selon le ministre Chitando, commencera bientôt l’exploitation.
Le géant diamantifère russe Alrosa, contrôlé par Moscou, a en effet obtenu une vingtaine de concessions au Zimbabwe pour l’exploration et, selon le ministre Chitando, commencera bientôt l’exploitation.
En attendant, la production de la Zimbabwe Consolidated Diamond Company (ZCDC) devrait atteindre 3 millions de carats cette année, contre 2,1 millions en 2019.

Le géant diamantifère russe Alrosa entre dans la danse.
De plus, le boom des véhicules électriques et son effet sur la demande mondiale de lithium peuvent inciter davantage de compagnies à s’intéresser au Zimbabwe qui est encore pour l’instant le seul producteur africain. Il ne faut pas négliger les investissements dans d’autres secteurs moins importants, à l’image du milliard de dollars que s’apprête à investir le groupe chinois Tsingshan dans une mine de fer et une aciérie, dès mai prochain.
Le cadre réglementaire, ce talon d’Achille éternel
Même si elles semblent ignorer les critiques, les autorités zimbabwéennes ont bien conscience des limites de la législation minière locale. C’est pourquoi, en parallèle au plan destiné à quadrupler les revenus miniers, la révision de certaines règles de fonctionnement du secteur minier a été annoncée. Dans un document de stratégie prébudgétaire élaboré en septembre 2019 par le Trésor, les experts ont identifié à cet effet certains axes stratégiques. Il s’agit notamment de la révision du code minier en vigueur depuis… 1961, de l’intégration du pays à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (Itie) et de la réduction de la corruption dans le secteur minier. L’informatisation du cadastre minier a aussi été préconisée afin d’éviter les attributions multiples de permis, à l’origine de conflits.
« Nous avons déjà commencé le travail de migration du cadastre manuel vers un système informatisé. Cela fait partie de la volonté du gouvernement de valoriser et d’enrichir davantage le secteur minier afin de soutenir la stratégie du secteur qui vise à devenir une économie de 12 milliards de dollars d’ici 2023 », expliquait récemment le ministre des Mines.
En dehors de cette mesure, il est difficile de retrouver les autres avancées faites par le gouvernement zimbabwéen au cours des 18 derniers mois. L’Institut Fraser a d’ailleurs confirmé à nouveau ce manque de compétitivité du secteur minier zimbabwéen dans son dernier classement annuel.

Winston Chitando : « Nous avons déjà commencé le travail de migration du cadastre manuel vers un système informatisé.»
Le Zimbabwe, qui n’était déjà pas bien perçu de plusieurs acteurs du paysage minier local et mondial, a même régressé l’année dernière en termes d’attractivité globale. Sur 13 juridictions africaines évaluées, le pays s’est classé avant-dernier juste derrière la Tanzanie, alors qu’il occupait le milieu du classement en 2019 (6e sur 10). Le pays figure en outre dans le top 10 des pires juridictions minières pour l’investissement.
Améliorer la gestion du secteur aurifère
Le vieux code minier est toujours en vigueur et les investisseurs actifs dans l’or sont de plus en plus critiques. Alors que ce secteur est censé générer bientôt 4 milliards $, Harare ne fait pratiquement rien pour s’attirer les faveurs des compagnies aurifères, bien au contraire. L’obligation de vendre leur production à la Banque centrale, l’augmentation de la part de leurs bénéfices versés en monnaie locale ou encore les incursions répétées de gangs armés dans les mines d’or, sont autant de faits bien réels et toujours d’actualité, qui menacent à terme la viabilité du secteur aurifère local.
L’obligation de vendre leur production à la Banque centrale, l’augmentation de la part de leurs bénéfices versés en monnaie locale ou encore les incursions répétées de gangs armés dans les mines d’or, sont autant de faits bien réels et toujours d’actualité
Si l’État continue à faire la sourde oreille aux demandes incessantes des compagnies aurifères souhaitant investir dans le pays, il risque bien de ne pas atteindre ses objectifs, car l’entrée en production de nouvelles mines d’or est indispensable pour accroitre les recettes d’exportation.
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Par ailleurs, une importante partie de la production d’or, celle provenant principalement des orpailleurs, continue d’être vendue clandestinement hors du pays. Selon le gouvernement c’est environ 1,2 milliard $, soit plus du quart des recettes annuelles espérées, qui échappe chaque année aux caisses publiques à cause de ces tonnes d’or qui évitent les circuits officiels. L’année dernière par exemple, les ventes d’or des mineurs à petite échelle ont atteint, malgré la crise sanitaire, 9,35 tonnes contre 17,48 tonnes en 2019. Aux prix actuels de l’or en bourse, le manque à gagner que cela représente 500 millions $... soit 12,5 % des quatre milliards $ visés.
Si le contrôle des exportations est un véritable défi pour plusieurs pays africains, il représente donc clairement une des conditions sine qua non à remplir par le gouvernement zimbabwéen pour réussir son pari, que certains qualifient toujours d’irréaliste.
Emiliano Tossou

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