(Agence Ecofin) - Bien que le secteur soit en forte croissance, il reste sous-développé et confronté à des obstacles tels que l'attraction de capitaux et le manque de main-d'œuvre qualifiée, notamment en Afrique.
La simplification des procédures d’accès des investisseurs d’impact aux capitaux publics, le développement de la contribution des grandes fondations locales et internationales et l’amélioration des conditions de sortie d’investissement constituent les principales pistes à explorer pour accroître la part l'investissement d'impact dans le financement des entreprises africaines, selon un rapport publié le 18 juillet par la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI).

Intitulé « Faire de l’investissement d’impact une solution de financement pour les entreprises africaines », le rapport rappelle que les investisseurs d’impact contribuent à une mission d’intérêt général, volontaire, prédéfinie et aux résultats mesurables, à travers l’investissement dans des entreprises privées, financièrement soutenables. Ils font une différence entre la rentabilité économique et sociale de leurs investissements, et la rentabilité financière qui peut, pour certains, être inférieure à des attentes de marché. Les impacts recherchés peuvent être économiques (création d’emplois, par exemple), sociaux (amélioration des niveaux d’éducation ou de santé), environnementaux (pollution réduite ou effets positifs sur le changement climatique) ou encore de gouvernance (formalisation des entreprises, réduction de la corruption).
Les investisseurs d’impact se distinguent des investisseurs traditionnels par leur intention de générer un impact, et en subordonnant la rentabilité financière à l’atteinte des objectifs qu’ils ont choisi comme leur mission.
Les investisseurs d’impact doivent également prouver leur « additionnalité », un principe défini comme « la réalisation d’un investissement qui n’aurait pas eu lieu en l’absence de l’intervention de l’investisseur d’impact ». Ils sont ainsi obligés de soutenir des projets qui sont délaissés par les autres financiers, sinon ils n’auraient aucune légitimité à se différencier, par exemple, des investisseurs privés classiques responsables. Cela explique pourquoi on voit les investisseurs d’impact opérer essentiellement dans les zones désavantagées et au bénéfice des populations pauvres, dans les pays riches ou en développement.
Compte tenu de ses spécificités, l’investissement d’impact représente une solution de financement pour les PME africaines, qui peinent à accéder à des financements en dette et en fonds propres en raison d’une balance rendement-risque jugée défavorable, mais aussi de la pénurie d’épargne domestique.
Une dynamique de croissance insuffisante
Le rapport note cependant que le niveau de développement de cette industrie demeure insuffisant sur le continent. Bien que le secteur soit en forte croissance en Afrique (14 % par an selon les données du Global Impact Investing Network), ce chiffre doit être relativisé, en raison de la forte croissance de l’investissement d’impact dans le monde (18 %), notamment dans les marchés matures (plus de 30 % aux États-Unis et en Europe). D’un point de vue géographique, quelques marchés attirent une majorité d’investissements. Ainsi, parmi les entreprises financées en Afrique, la plupart sont localisées dans trois pays anglophones : Afrique du Sud, Kenya et Nigeria.
Les fonds d’impact localisés en Afrique sont aussi des acteurs mineurs du marché. Ils représentent 40 % du total des structures, mais gèrent à peine plus de 15 % des actifs. En outre, les fonds originaires du continent sont surtout présents dans une poignée de pays. Ainsi, cinq pays (Afrique du Sud, Ghana, Kenya, Maurice et Nigeria) hébergent les trois quarts des fonds africains et 95 % des actifs sous gestion de ces véhicules.
Par ailleurs, un ralentissement est constaté dans la naissance de nouveaux fonds d’impact dédiés au continent depuis 2020 malgré une très forte demande.
Plusieurs obstacles entravent le développement du secteur. Il s’agit, en premier lieu, des difficultés à attirer des capitaux, que ces ressources soient privées ou publiques. Ce problème est particulièrement crucial pour les nouvelles structures qui peinent à boucler leur tour de table, en raison de leur manque de capacités à remplir les exigences demandées par les bailleurs de fonds qui sont devenus très majoritairement publics, à la notable exception de la fondation Mastercard.
La fondation Mastercard a montré le chemin à suivre en Afrique.
Alors que les investisseurs financiers institutionnels internationaux, peu présents initialement en Afrique, ont disparu, il existe peu d’investisseurs locaux. Les fonds de pension, les banques régionales de développement et les fonds souverains africains commencent à s’intéresser au secteur, comme c’est le cas pour le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques du Sénégal (FONSIS) ou la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) dans l’UEMOA, mais le mouvement est encore d’ampleur réduite.
La contribution limitée des investisseurs africains à l’alimentation des fonds d’impact induit aussi un problème d’inadéquation des devises. Les investisseurs internationaux ont des capitaux en monnaie forte (dollar, euro) alors que les entreprises locales ont besoin de fonds en devises nationales. Cela engendre des risques de change avec des monnaies locales parfois très volatiles comme le cedi ghanéen ou le naira nigérian.
D’autre part, la difficulté de sortir du tour du table des entreprises ciblées par les fonds d’impact à des conditions favorables fragilise les rendements des investisseurs. Face au manque d’investisseurs internationaux ou nationaux qui acceptent de racheter les parts des entreprises au prix attendu, les fonds sont souvent contraints de céder leur participation à un prix inférieur à celui espéré ou de repousser leur sortie pour tenter d’améliorer les conditions de celles-ci.
Favoriser la création des fonds de fonds
Sur un autre plan, les gestionnaires sont pénalisés par une difficulté d’accéder à une main d’œuvre qualifiée. L’investissement d’impact implique non seulement de trouver de bons financiers, mais également des personnes à la pointe sur la mesure de l’impact. Ces deux types de ressources humaines sont rares sur le continent, étant donné que les fonds d’impact font face à la concurrence d’autres structures offrant de meilleures perspectives salariales et professionnelles comme les fonds internationaux ou les grandes institutions de développement.
Le rapport souligne dans ce cadre que plusieurs leviers peuvent être actionnés pour faire du secteur de l’investissement d’impact un outil plus important de financement des entreprises africaines.
L’intérêt doit d’abord se porter sur la simplification de l’accès aux capitaux publics pour réduire la contrainte financière des fonds d’impact. Les procédures d’accès aux nombreuses facilités de financement mixte mises en place par les principaux bailleurs comme la Banque mondiale (Private Sector Window) ou l’Union européenne (Africa Investment Facility) demeurent, en effet, lourdes et coûteuses. Les gouvernements africains pourraient aussi faire plus et mieux pour financer le secteur de l’investissement d’impact en s’appuyant sur les institutions financières publiques et leurs fonds souverains.
Le développement de la contribution des fondations africaines et internationales à l’investissement d’impact est également une voie à poursuivre. La fondation Mastercard a commencé à apporter un changement qui pourrait être systémique, notamment au travers de son fonds de fonds MFAGF. Cette voie pourrait être suivie par d’autres.
La difficulté pour cibler les fonds d’impact africains tient cependant au fait que les grandes fondations, family offices ou investisseurs institutionnels ont tendance à intervenir avec des montants unitaires élevés qui ne sont pas absorbables pour la plupart des fonds opérant en Afrique. Une solution pour contourner ce problème est de s’appuyer sur des fonds de fonds. Ces structures collectent des contributions de divers propriétaires de capitaux afin de financer les fonds d’investissement.
D’autre part, une attention particulière doit être accordée à l’amélioration des conditions de sortie par la génération de marchés secondaires. Les investisseurs institutionnels pourraient aussi s’éloigner des montages traditionnels des fonds d’investissement en acceptant des investissements plus longs et une sortie à une date plus flexible.
Et last but not least, la mesure de l’impact pourrait être améliorée à travers l’assistance technique, les partages d’expérience et le lancement de formations spécifiques pour augmenter l’offre de la main d’œuvre qualifiée.
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