(Agence Ecofin) - A moins d’un cataclysme majeur, le Nigéria sera la 1ère puissance économique d’Afrique en 2025. Riche en ressources naturelles et pauvre en infrastructures, le pays le plus peuplé du continent attire et inquiète les investisseurs. Pour eux, la Division intelligence économique de Knowdys a identifié sept clés pour jouer le Nigéria en toute connaissance de cause. Résumé.
Le secteur pétrolier représente près de 2/3 des recettes du Nigéria, premier producteur de brut d’Afrique avec près de 2,4 millions de barils par jour. Ses réserves de gaz le placent au 5ème rang des fournisseurs mondiaux. En 2012, la croissance de l’économie nigériane restera soutenue, d’après les analystes du Fonds monétaire international ; et grâce au démarrage de nouveaux trains de liquéfaction de gaz naturel, les exportations d’hydrocarbures (95% du total) devraient s’accroître. La mise en place d’un nouveau fonds souverain destiné à accueillir une partie des recettes pétrolières participe à la solidité de la situation financière du pays. Mais la menace terroriste, les contraintes de production, la corruption, la volatilité des cours du brut et le relâchement de la discipline budgétaire peuvent détériorer ce tableau. Sous la pression politique, le précédent fonds a été épuisé en quelques mois dans un contexte où 60% de la population vivait avec moins d’un dollars par jour, d’après les chiffres publiés le 14 février 2012 par le bureau national de la statistique (NBC). Avec une production de 100000 barils de brut toutes les 60 minutes, le Nigéria, qui se contente de vendre du pétrole et d’importer des produits raffinés, devrait attirer les investisseurs dans l’industrie du raffinage.
En 2012, un Africain sur six est Nigérian. Selon les prévisions des Nations Unies, le Nigeria pourrait devenir, en 2050, le 3ème pays le plus peuplé du monde avec 389 millions d’habitants. Ce paramètre n’est pas seulement un atout économique pour le pays et pour les investisseurs internationaux. Il constitue également une bombe à retardement pour une nation où 50% des jeunes sont sans emploi ou sous-employés. L’autre paramètre parmi les plus importants liés à la démographie est l’agriculture. Porté par la demande intérieure, ce secteur génère à lui seul 40% du PIB, emploie 2/3 de la population active mais ne bénéficie que de 2% du crédit. Et même si le secteur devait se moderniser, le surplus de production serait malgré tout difficile à écouler au regard des carences que connait le pays en matière de transport et de stockage. Pour toutes ces raisons, le Nigéria offre de très grandes opportunités aux investisseurs nationaux et internationaux capables d’anticiper la progression de la demande nationale.
Depuis la guerre du Biafra, le delta du Niger est une poudrière à ciel ouvert. Avec ses 32 millions d’habitants en 2010, la région, qui s’étale sur une superficie de 70000 km², constitue l’un des dix principaux écosystèmes marins de zone côtière humide au monde. Elle représente, à elle seule, 75% des ressources pétrolières du Nigéria. Etranglées par un chômage endémique, affamées par la pollution de la faune et de la flore, les populations aux prises avec l’air contaminé ont appris à vivre avec des malades respiratoires et cutanées. A cela s’ajoute la violence ethnique récurrente dans la région. Des groupes armés et bien renseignés sont impliqués dans des prises d’otages, des extorsions de fonds et des destructions de biens, avec comme cibles les entreprises pétrolières. Devant la responsabilité sociale et sociétale des entreprises, les analystes estiment qu’à quelques exceptions près, c’est pour une juste répartition des richesses locales que les groupes d’auto-défense locaux ont pris en otage les employés de Total, Shell ou Agip, et attaqué les oléoducs au cours des dernières années. Le gouvernement fédéral et les investisseurs doivent inventer une autre histoire à leur vendre.
Depuis la guerre du Biafra, Boko Haram est la plus grave menace qui pèse sur la sécurité du Nigéria et du golfe de Guinée. Apparue officiellement en 2002 dans l’Etat du Borno, cette secte est également très active aux frontières du Cameroun et du Tchad. Brutalement réprimée après ses premiers faits d’arme par les forces de défenses nationales nigérianes, elle a disparu quelques mois pour réapparaitre sous l’appellation « Boko Haram » (dénomination tirée de la langue haoussa qui signifie « l’éducation occidentale est un péché »). Les sources de financements de ce mouvement, son fonctionnement en réseaux, son mode opératoire, sa stratégie de communication, ses modalités de recrutement, les mobiles de ses attaques, et le choix de ses cibles sont tels que les analystes les qualifient de « Taliban nigérians ». D’après les renseignements de Knowdys, Boko Haram ne s’attaque pas aux acteurs économiques nationaux ou étrangers. Leurs attentats visent avant tout les symboles de l’Etat fédéral. Les acteurs économiques susceptibles de subir leurs attaques sont les opérateurs de téléphonie. La secte estime que les cinq opérateurs qui se partagent les 90 millions d’abonnés nigérians aident les services de sécurité à localiser leurs positions sur l’ensemble du territoire national.
Conscientes que le climat des affaires est l’un des principaux points faibles du Nigéria, les autorités d’Abuja ont lancé un nouveau train de mesures, début 2012, visant à accroître les investissements, à encourager la cotation de secteurs essentiels et à améliorer la gouvernance des entreprises. « Nous lançons une vaste campagne de sensibilisation des investisseurs, de renforcement de la réglementation et de sanction des manquements dans le cadre de notre effort pour rassurer les investisseurs locaux et internationaux sur le fait que nos marchés sont transparents et performants », a déclaré Arunma Oteh, la directrice de la Commission des valeurs mobilières du Nigéria fin février 2012. Mais le pari est loin d’être gagné. Sur les 183 économies scrutées par Doing Business 2012 sous le prisme de la facilité à faire des affaires, le Nigéria arrive à la 133ème position, loin derrière le Ghana (63ème), la Tunisie (46ème), le Rwanda (45ème), très loin derrière l’Afrique du Sud (35ème) et Maurice (23ème). Mais « la hauteur des herbes n’empêche pas les pintades de se rencontrer » ironisent les Nigérians, confiants en leurs possibilités d’attirer les investisseurs malgré les contraintes du terrain.
Du fait de ses richesses en hydrocarbures, en terres arables et de sa population importante, le Nigéria suscite un grand intérêt auprès des pays émergents (tels que la Chine et l’Inde) et des grandes puissances, dont les Etats-Unis, son premier client. Malgré la baisse, le pays continue d’être le principal bénéficiaire des investissements directs étrangers (IDE) en Afrique subsaharienne. Le ralentissement de l’économie mondiale, la dégradation du climat sécuritaire, la corruption, l’inefficacité administrative et les carences en infrastructures d’énergie ont porté un sérieux coup aux investissements. Même si les IDE restent importants, ils sont essentiellement absorbés par les secteurs du pétrole et du gaz naturel liquéfié. Or, avec la production et la commercialisation du brut ghanéen, certains investisseurs lorgnent désormais du côté du Ghana réputé attractif, stable et démocratique pour diversifier leurs activités en Afrique de l’Ouest. Conséquence directe : le Nigéria, 6ème exportateur mondial de pétrole brut, n’a accueilli que 5,45 milliards USD en 2011 contre 8,65 milliards en 2009.
Cet homme est incontestablement l’un des meilleurs politiques que le Nigeria ait produit depuis 30 ans. Mais il a un « problème » : Jonathan est chrétien et originaire de la région pétrolifère du Delta alors que ses plus farouches adversaires sont musulmans du nord du pays. Le 16 avril 2011, Goodluck Jonathan a remporté l’élection présidentielle au premier tour avec 57% des voix contre 31% pour Muhammadu Buhari. Malgré les contestations de l’opposition l’accusant de hold up électoral, Goodluck Jonathan s’est lancé corps et âme dans de titanesques réformes économiques et institutionnelles qui, si elles aboutissent, contribueront à l’amélioration du climat des affaires. Son train de mesures visant à améliorer la transparence et l’efficacité de l’appareil gouvernemental commence à porter ses fruits. Sa stratégie de développement des réserves de gaz et d’amélioration du réseau électrique national concourt aujourd’hui au renforcement de la croissance. Malgré de fortes résistances dues à son opération « mains propres » au sein de l’establishment, le président ne temporise pas. Attendu au tournant, il sait qu’il lui faut emporter l’adhésion des responsables régionaux et locaux au plus vite et résoudre deux problèmes urgents : contenir la secte Boko Haram et dissiper les inquiétudes des investisseurs dans la perspective de sa grande réforme du secteur des hydrocarbures portant notamment sur la revalorisation des royalties, l’augmentation de la part de la main d’œuvre locale, ainsi que la valorisation sur place des ressources nationales.
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Guy Gweth
Conseil en intelligence économique chez Knowdys
Réf.: africadiligence.com – www.knowdys.com

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