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Niger : la CEDEAO est désormais ouverte à une transition « de courte durée » et un allègement des sanctions

  • Date de création: 11 décembre 2023 20:13

(Agence Ecofin) - Après les premières sanctions et les menaces d’une intervention militaire, la CEDEAO semble changer son fusil d’épaule. Désormais l’organisation ouvre la voie à une levée des sanctions contre le Niger, à condition de parvenir à un accord sur une transition et la libération du président Bazoum. 

La CEDEAO serait désormais prête à discuter d’une transition avec les putschistes du Niger. C’est du moins ce qui ressort de la déclaration finale publiée à l’issue du 64e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la région, qui s’est tenue le dimanche 10 décembre à Abuja.

Bien que condamnant le coup de force qui a évincé Mohamed Bazoum du pouvoir, la CEDEAO a annoncé la mise en place d’une mission dont l’objectif sera de discuter avec les militaires au pouvoir pour parvenir à un consensus.

« La Conférence décide, par ailleurs, de mettre en place un Comité des Chefs d'État composé de S.E. Faure Gnassingbé, Président de la République Togolaise, S.E. Julius Maada Bio, Président de la République de Sierra Leone, et de Représentants du Président de la République fédérale du Nigeria et du Président de la République du Bénin pour engager le dialogue avec le CNSP et les autres parties prenantes nigériennes, en vue de convenir d'une feuille de route pour une transition de courte durée, de mettre en place des organes de transition, et de faciliter la création d'un mécanisme de suivi et évaluation de la transition, en vue du rétablissement rapide de l'ordre constitutionnel », soulignent les autorités sous-régionales.

Sur la base des résultats des discussions qui auront lieu, indiquent-ils, la CEDEAO pourrait progressivement assouplir les sanctions imposées au Niger.

Cette annonce marque un tournant majeur dans la gestion de la crise nigérienne. En effet, la décision de discuter d’une transition avec les militaires au pouvoir, semble écarter de manière définitive l’option de l’intervention militaire, qui commençait à avoir du plomb dans l’aile après un départ tonitruant au lendemain du putsch. Bien qu’ils appellent à sa libération, les chefs d’Etat de la CEDEAO semblent désormais avoir pris acte de la chute définitive de Mohamed Bazoum, dans le sillage des Etats-Unis qui avaient toujours rejeté une intervention militaire et avaient fini par établir des relations officielles avec le nouveau gouvernement.

Lire aussi sur Ecofin Pro :La retenue des Etats-Unis vis-à-vis des putschistes au Niger

Les retombées économiques pour le Bénin et le Nigeria

Alors que l’organisation sous-régionale change son fusil d’épaule, les relations entre le « Nouveau » Niger et ses voisins directs que sont le Bénin et le Nigeria seront particulièrement sous les feux des projecteurs. Faut-il le rappeler, Patrice Talon et Bola Tinubu - qui assure la présidence de la CEDEAO - avaient été les premiers à condamner le coup d’Etat et mettre sur la table le recours à tous les moyens - y compris l’option militaire - pour remettre en selle Mohamed Bazoum.

De plus, l’application immédiate des mesures de sanctions par ces deux pays, notamment la fermeture des frontières, l’interruption de l’approvisionnement en marchandises depuis le port de Cotonou et de la fourniture d’électricité depuis le Nigeria, avait eu des effets immédiats dénoncés par le régime du général Tiani.

Désormais, les deux pays qui semblent renouer avec une union sacrée perdue sous l’ancien président Muhammadu Buhari, devront défendre chacun leurs intérêts économiques et commerciaux avec le Niger.

Sur la balance, le Bénin est celui qui semble avoir le plus à perdre. Si on exclut les chiffres importants du commerce informel, difficile à quantifier, les échanges commerciaux entre le Niger et le Bénin étaient de plus de 15 millions $ en 2022 selon l'InternationalTradeCenter, dont plus de 10,5 millions $ d’exportations béninoises. De plus, le port de Cotonou, poumon économique du pays, perçoit une large partie de ses revenus grâce aux exportations vers les pays de l’hinterland, en particulier le Niger. Mais surtout c’est l’oléoduc Bénin-Niger de plus de 4,5 milliards $ et long de plus de 2 000 km qui est au cœur de l’agenda économique entre les deux pays.

Au total, ce sont quelque 490 millions $ de recettes fiscales que le Bénin espère tirer de ce projet sur 20 ans, sans compter les bénéfices qui seront issus d’éventuels projets de raffinage ou encore les retombées techniques en termes de transfert de compétences et de formation des cadres dans le secteur. La rupture de la coopération avec le Niger pourrait donc entraîner la perte d’une manne pétrolière considérable pour des autorités béninoises qui ont toujours fait de cet oléoduc, un projet d’une grande importance économique pour le pays.

Côté nigérian, les enjeux ne sont pas moins importants. Abuja a exporté 197,2 millions $ de produits vers le Niger et en a importé pour 33,4 millions $ en 2022 selon l’International Trade Center. Des échanges commerciaux qui pourraient être affectés par une rupture diplomatique définitive avec Niamey.

Régulièrement cité par de nombreux observateurs pour profiter des éventuelles pertes de marché de ses voisins, le Togo a toujours été mesuré dans la condamnation ouverte des putschistes du Niger ou dans la mise en place d’une opération militaire pour remettre Mohamed Bazoum au pouvoir. Son président Faure Gnassingbé, qui a souvent été cité comme un médiateur discret et efficace dans les crises sous-régionales, pourrait avoir un important rôle à jouer dans les futures discussions avec le nouveau pouvoir à Niamey.

Moutiou Adjibi Nourou


 
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