(Agence Ecofin) - Classé pays à risque élevé de surendettement par le FMI, le Cameroun a paradoxalement beaucoup de mal à mettre en œuvre les projets financés par les prêts obtenus auprès des bailleurs. Une situation préjudiciable aux finances publiques, en raison des risques de forclusion des ressources obtenues.
Selon la dernière note de conjoncture de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), organisme en charge de la gestion de la dette publique, l’État du Cameroun (administration centrale uniquement) dispose, à fin juin 2022, auprès de bailleurs de fonds extérieurs, de 3 746,9 milliards FCFA, soit environ 5,8 milliards $, (hors appuis budgétaires) pour financer ses projets. Cet argent a déjà fait l’objet d’accords de prêt, mais n’a pas encore été consommé par le pays. D’où l’appellation technique de Soldes engagés non décaissés (SEND).
Ces SEND sont liés à 57,7% aux conventions de financements signées avec les bailleurs de fonds multilatéraux, dont 1 064,9 milliards FCFA doivent être décaissés par la Banque mondiale (soit 49,3% des SEND multilatéraux) ; 25,1% à la coopération bilatérale, dont 638,8 milliards FCFA à décaisser par la Chine (soit 68,0% des SEND bilatéraux) ; et 18,6% des prêts signés avec les partenaires commerciaux, dont 189,4 milliards FCFA à décaisser par la Banque industrielle et commerciale de Chine (27,2% des SEND commerciaux).
Suivant l’hypothèse d’exécution des projets bénéficiaires, et conformément au plan de décaissement, ces fonds devraient être totalement utilisés d’ici 2025. Une mission impossible si l’on en croit la CAA. « Il est à noter qu’avec un niveau des SEND de plus de 3700 milliards FCFA [à fin juin 2022], pour les absorber en 4 ans, il faudrait décaisser en moyenne plus de 900 milliards FCFA annuellement. Pour une absorption en 5 ans, il faudrait des décaissements minimaux de 700 milliards FCFA par an. Malheureusement, sur les deux précédentes années, les décaissements annuels sur prêts projets n’ont pas excédé 450 milliards FCFA, expliqués entre autres par la crise née du covid-19 et l’environnement international morose », révèle la CAA.
Inquiétudes
« Les lenteurs dans le processus de l’exécution de nombre de projets constituent un frein important pour l’absorption rapide des financements disponibles, nécessaires pour la réalisation des projets du Cameroun, dans les délais, afin d’atteindre la vision souhaitée par le chef de l’État du Cameroun, d’un Cameroun émergent, uni dans sa diversité, à l’horizon 2035 », s’inquiète la CAA. Elle ajoute que si rien n’est fait, il faudrait environ 8,3 années pour absorber les SEND actuels (sans prise en compte des nouveaux SEND issus des projets en cours de négociation).
Pour maintenir l’éveil des pouvoirs publics face à cette situation, la CAA dit avoir lancé l’élaboration d’un document du portefeuille des projets et programmes actifs et de suivi des SEND. Ce document devrait être produit de façon continue et après chaque fin d’année, de préférence avant la fin du mois de juin de l’année suivante.
Ce document, apprend Investir au Cameroun, se veut être un outil d’aide à la communication sur l’implémentation effective des projets de l’État à financement conjoint, suivis par la CAA, ainsi qu’un curseur fiable sur la mobilisation des ressources publiques affectées. Pour atteindre cet objectif central, les contributions des maîtres d’ouvrage, des unités de gestion des projets et différents autres acteurs sont nécessaires afin de diagnostiquer l’ensemble des projets, et surtout de proposer des solutions pour une réelle absorption de ces ressources d’emprunts qui devraient soutenir la croissance visée.
Sylvain Andzongo
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