(Agence Ecofin) - L’accélération du projet de Grande muraille verte entraînera une forte mobilisation des eaux souterraines, déjà essentielles pour l’agriculture, l’élevage, l’industrie et les besoins des communautés locales, créant ainsi des risques de conflits d’usage. Un rapport de l’AFD analyse ces risques et propose des solutions.
Le succès du projet de la Grande muraille verte (GMV), qui vise à établir une bande végétalisée d’environ 8000 km de long et 15 km de large à travers le Sahel pour restaurer les terres dégradées, dépendra partiellement d’une gestion transfrontalière, durable et intégrée des ressources en eau dans cette zone au climat aride ou semi-aride, a estimé l’Agence française de développement (AFD) dans un rapport publié fin août dernier.

Intitulé « Quels enjeux de la gestion durable de l’eau pour la Grande Muraille Verte ? », le rapport rappelle que cette initiative lancée par l’Union africaine (UA) en 2007 est aujourd’hui un programme axé sur une gestion intégrée des écosystèmes dans 11 pays (Djibouti, Burkina Faso, Tchad, Erythrée, Ethiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Soudan et Sénégal) dont les objectifs consistent à lutter à la fois contre la dégradation des terres, les effets du changement climatique, la perte de biodiversité et, de facto, l’insécurité alimentaire.
Le projet prévoit la plantation de millions d’arbres au long d’un corridor traversant le continent africain d’est en ouest pour restaurer, d’ici 2030, 100 millions d’hectares de terres dégradées, séquestrer 250 millions de tonnes de carbone et de créer 10 millions d’emplois verts.

Les auteurs du rapport rappellent que l’accélérateur de la GMV a été lancé lors du Sommet « One Planet » tenu en janvier 2021 à Paris pour assurer un suivi et un soutien plus coordonné aux États membres et institutions impliquées dans le projet. Il a défini cinq piliers d’actions : restauration des terres ; infrastructures résilientes au climat et accès aux énergies renouvelables ; cadre économique et institutionnel favorable pour une gouvernance efficace ; et renforcement des capacités. Il n’a pas cependant abordé directement la dimension « Eau », malgré la réalité de la zone sahélienne, caractérisée par un déficit hydrique qui se manifeste par une longue saison sèche (8-9 mois) et une courte saison humide (3-4 mois) avec des précipitations annuelles entre 100 à 400 mm.

Pourtant, le succès de la GMV devrait contribuer à l’atteinte des Objectifs de développement durables (ODD), notamment l’ODD 6 axé sur la gestion durable des ressources en eau et l’assainissement, à travers la construction d’infrastructures d’adduction d’eau potable et d’assainissement autour de ce projet, ainsi qu’une recharge plus accrue des nappes phréatiques grâce à la plantation d’arbres.
Pratiques culturales endogènes
L’élaboration d’une stratégie transversale Eau-GMV est d’autant plus nécessaire que la croissance démographique rapide au Sahel constitue un défi majeur pour l’établissement de la grande bande arborée, en raison notamment de l’accroissement des usages concurrentiels et variés de l’eau. Alors que les eaux de surface seules ne peuvent pas répondre aux besoins d’entretien du projet, l’accélération de la GMV entraînera une forte mobilisation des eaux souterraines, déjà essentielles pour l’agriculture, l’élevage, l’industrie et les besoins des communautés locales, créant ainsi des risques de conflits d’usage.
La région du Sahel fait également face à un boom minier, attirant une population croissante et entraînant une surexploitation locale des nappes phréatiques.
Pour garantir une gestion transfrontalière et intégrée des ressources en eau, le rapport recommande aux pays concernés par le projet et à leurs partenaires d’affiner les modèles climatiques, hydrogéologiques régionaux pour évaluer les ressources hydriques disponibles au moyen d’observations satellitaires. Chaque pays doit consentir des efforts pour établir des réseaux piézométriques, pluviométriques et hydrométriques consistants afin de mieux étayer les modèles climato-hydrogéologiques couplés. La collaboration des pays concernés est essentielle pour étudier collectivement les ressources et capitaliser les connaissances nécessaires pour planifier leur utilisation dans le cadre de la GMV.
Selon le rapport UN Water publié en 2022, la zone sahélienne de la GMV dispose de nombreux aquifères ayant une capacité cumulée estimée à 720 milliards de m³, et offrant une solution durable à condition d’être bien utilisées. Il existe cependant des disparités dans le stockage d’eau souterraine entre les pays, avec des stocks plus importants au Soudan, au Tchad et au Niger. D’où l’importance d’une approche basée sur la gestion intégrée et concertée de ces ressources souterraines.
Face à la croissance démographique rapide dans la région du Sahel, il est également nécessaire d’adopter des stratégies d’irrigation innovantes pour économiser l’eau et améliorer l’efficacité de son utilisation telle que l’irrigation goutte à goutte.
L’AFD indique d’autre part que l’intérêt doit aussi se porter sur l’implémentation des techniques culturales endogènes comme les cordons pierreux, le Zaï et la demi-lune. Ces pratiques traditionnelles assurent une réduction du ruissellement pluvieux de plus de 25 % au niveau du sol, limitant ainsi l’érosion en permettant un stockage et une infiltration accrus de l’eau. Dans ce même chapitre, des solutions fondées sur la nature devraient être recherchées. Il s’agit notamment du choix des espèces indigènes (flore et végétation) et de la réalisation, dans les zones appropriées, d’une bande de bassins de collecte et de rétention des eaux de pluie ou d’un réseau de forages hydrauliques pour atténuer le déficit pluviométrique.
Et last but not least, une surveillance accrue doit être effectuée au niveau des mines pour atténuer les impacts de l’activité sur la disponibilité et la qualité de l’eau.
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