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La Banque Mondiale reste sourde aux appels des pays africains et de l'ONU pour une nouvelle architecture financière mondiale

  • Date de création: 06 avril 2023 14:57

(Agence Ecofin) - La Banque Mondiale, dans ses récentes Perspectives économiques, présente un tableau pas très positif pour l’Afrique et reste muette sur les propositions pressantes de l’Afrique pour une architecture financière mondiale plus juste.

Dans son analyse semestrielle récente (Pulse) d’avril 2023 sur les perspectives économiques africaines, la Banque Mondiale a adopté une attitude distante face à la demande répétée de l'Afrique de travailler sur une nouvelle architecture du système financier international, qui permettrait aux pays en développement de faire face plus efficacement à leurs défis de liquidités en devises.

« La faiblesse de la croissance, combinée aux vulnérabilités de la dette et à une croissance morose des investissements, risque de faire perdre une décennie à la réduction de la pauvreté », a déclaré Andrew Dabalen, économiste en chef de la Banque Mondiale pour l'Afrique. « Les décideurs politiques doivent redoubler d'efforts pour freiner l'inflation, stimuler la mobilisation des ressources intérieures et adopter des réformes favorables à la croissance, tout en continuant à aider les ménages les plus pauvres à faire face à l'augmentation du coût de la vie », a-t-il ajouté.

Cependant, le programme de la Banque Mondiale propose des solutions difficiles à mettre en œuvre pour mobiliser les ressources nécessaires. Depuis 2010 et plus récemment encore avec une grande acuité, les pays africains, soutenus par les Nations Unies, demandent des mesures correctives spécifiques pour permettre à l'Afrique d'accéder plus facilement à un marché international des devises qui est devenu une contrainte pour les économies modernes.

La Banque Africaine de Développement a fait de ce sujet un des thèmes centraux de ses prochaines Assemblées Générales Annuelles, avec pour objectif de mobiliser davantage de ressources du secteur privé international et de les canaliser vers des institutions multilatérales régionales de financement du développement pour une utilisation plus efficace.

Pour la Banque Mondiale, il faudrait par exemple, face une inflation qui est principalement importée, que les banques centrales africaines continuent de resserrer leurs taux directeurs pour inverser la courbe, alors que plusieurs de ces institutions sont à la limite extrême de leur capacité d'intervention. Dans le même temps, la banque centrale américaine peut jouer de la prudence pour continuer de « stabiliser les marchés », avec des risques sur la valeur du Dollar.

L'institution recommande également de s'en tenir à la solution de soutenabilité de la dette proposée par le G20, bien que de nombreux experts africains la considèrent peu viable en raison du risque de remboursement d'un stock de dette plus élevé à l'issue de la période de grâce, avec des taux d'intérêts encore plus importants en raison de la hausse des taux sur les marchés interbancaires européens.

Les défis directs, tels que les conséquences de la volatilité du dollar américain sur les capacités de paiements extérieurs des pays africains, ne sont pas abordés, et les coûts élevés du crédit imposés par les investisseurs internationaux sont légitimés par le fait que « les pays africains ne réalisent pas de réformes structurelles ». Enfin, la demande des pays africains d'avoir plus de poids dans les institutions de Bretton Woods pour mieux défendre leurs préoccupations n'est tout simplement pas abordée.

Dans son rapport, la Banque Mondiale dresse à nouveau un tableau qui sera suivi à la lettre par les investisseurs, car considéré comme une référence incontestable : « une situation de surendettement », alors que la dette extérieure totale de l'Afrique (entreprises + secteur public) ne dépasse pas les 1250 milliards $, contre près de 300 000 milliards $ pour la dette mondiale, dont une part majeure est le fait des économies développées.

La Banque Mondiale demande aux Africains de mobiliser plus de ressources intérieures, alors que les pays n'ont que peu de solutions face à des multinationales qui continuent de développer des stratégies pour éviter de payer des impôts et faire évader des ressources financières d'Afrique. Selon un rapport du FMI daté de 2021, l'Afrique perdait jusqu'à 900 millions $ de ressources à cause de l'évasion fiscale des multinationales minières. L'organisation Tax Justice Network a estimé que la région pouvait perdre jusqu'à 17,1 milliards $ dans une évaluation plus large la même année.


 
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