(Agence Ecofin) - La production d’or est sur une tendance baissière ces dernières années au Burkina Faso, dans un contexte d’insécurité qui a entrainé la fermeture de certaines mines. La plupart des mines opérationnelles restent contrôlées par des compagnies étrangères, basées au Canada et en Australie notamment.
Le Burkina Faso a la capacité d’exploiter directement ses réserves d’or et le pays a désormais l’intention de le faire, si on en croit le chef de l’État. Répondant aux questions des citoyens lors d’une émission à la radio nationale le week-end dernier, le capitaine Ibrahim Traoré (photo) a dénoncé la domination des multinationales étrangères dans le secteur aurifère local.
« Toutes les mines d’or sont inscrites actuellement dans notre agenda […]. Je ne comprends pas pourquoi on sait exploiter l’or et qu’on doit donc laisser des multinationales venir exploiter notre or. On va le faire nous-mêmes », a déclaré le président burkinabé.
— SIG Burkina Faso (@sigbf) October 5, 2024
Depuis son arrivée à la tête du pays en 2022, à la faveur d’un coup d’État, le capitaine Traoré prône davantage de contenu local dans le secteur minier et souhaite obtenir une plus grande part des revenus générés par l’exploitation de l’or. La dernière sortie du président burkinabé est donc à inscrire dans ce contexte, notamment après un récent accord tripartite avec Endeavour Mining et Lilium Mining, groupe appartenant à l’homme d’affaires d’origine burkinabé Simon Tiemtoré.
Selon cet accord, l’État a acquis les mines d’or Boungou et Wahgnion, vendues à Lilium Mining par Endeavour et au cœur d’un litige judiciaire entre les deux groupes. C’est la Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB) qui en a pris le contrôle et elle devrait bénéficier prochainement de nouvelles mines d’or industrielles. L’autre société au cœur du dispositif en matière d’exploitation de l’or est l’Agence pour la promotion de l’entrepreneuriat communautaire (APEC), qui a déjà commencé à exploiter le métal jaune dans la région du Sud-Ouest.
Quels risques pour les compagnies ?
Actuellement, l’exploitation de l’or au Burkina Faso est portée par des compagnies originaires du Canada et d’Australie. En dehors d’Endeavour Mining sur les mines Mana et Houndé, on retrouve Orezone Gold à la mine Bomboré, Iamgold à Essakane ou encore West African Resources à Sanbrado. Dans un communiqué publié le 7 octobre, West African Resources a indiqué conserver de bonnes relations avec les autorités et confirme la poursuite de ses opérations dans le pays.
« La compagnie n’a pas connaissance d’un quelconque projet du gouvernement du Burkina Faso de retirer ses permis d’exploitation minière […]. Les opérations à Sanbrado et la construction à Kiaka progressent sans interruption. West African Resources est en bonne voie pour atteindre ses objectifs annuels de 190 000 à 210 000 onces d’or », peut-on lire dans le communiqué.
Pour le moment, rien ne permet donc d’affirmer que la quête de nouvelles mines d’or à inscrire au patrimoine de l’APEC et de la SOPAMIB passe par un retrait des permis miniers détenus par les compagnies étrangères. Cependant, il ne faut pas négliger la tentation de la nationalisation des ressources, visible dans plusieurs pays africains depuis quelques années et qui pourrait conduire les autorités locales à évincer les multinationales des mines qu’elles détiennent.
Selon un rapport d’Ecofin Pro publié en octobre 2022, la nationalisation des ressources menace les investissements des compagnies minières, mais présente plusieurs avantages pour les États. Selon l’auteur du rapport, Louis-Nino Kansoun, la nationalisation peut entrainer à court terme la création de nouveaux emplois et de nouveaux services publics, grâce aux revenus tirés de l’exploitation minière. Cependant, cette mesure s’accompagne d’une dégradation de l’attractivité du pays pour les investisseurs étrangers, avec à la clé le risque de se faire distancer par les industries minières d’autres pays et de perdre en efficacité.
Emiliano Tossou

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