(Agence Ecofin) - Le Nigeria est l’un des pays africains les plus touchés cette année par l’inflation. Parmi les produits les plus concernés par la hausse des prix figurent les denrées de base dont l’accessibilité économique est un enjeu majeur pour la sécurité alimentaire.
Au Nigeria, la décision du gouvernement d’appliquer sur 150 jours, une suspension des droits de douane sur les achats de riz décortiqué, de sorgho, de blé, de mil, de maïs et de niébé devrait apporter son lot de soulagement sur les marchés alimentaires, mais ses effets seront limités à long terme sur la production agricole. C’est ce qu’a confié à l’Agence Ecofin, Philipp Heinrigs, économiste principal au Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest à l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE).
La décision appliquée depuis le 15 juillet et effective jusqu’au 31 décembre prochain visait à contenir l’inflation alimentaire qui a notamment atteint les 40,66 % en mai, soit son plus haut depuis 30 ans.
Selon les autorités locales, cette exonération devrait conduire à l’amélioration de l’approvisionnement intérieur dans ces produits de base grâce à l’afflux anticipé des cargaisons depuis le marché international et des pays voisins ainsi qu’à une réduction du prix de vente au détail avec le mécanisme de fixation de tarifs recommandés qui sera déployé.
Si cette mesure commerciale devrait avoir un effet positif sur l’accès des ménages aux denrées de base, l’analyste souligne que les interventions publiques devront cibler de manière plus holistique les chaînes de valeur agricoles et aller au-delà des simples politiques commerciales temporaires.
En effet, dans le pays qui compte plus de 200 millions d’habitants, l’augmentation durable de la production pour satisfaire les besoins actuels et futurs est un défi majeur afin de parvenir à la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
« Il faut baisser les prix à la consommation parce que l’inflation est insoutenable. C'est crucial pour l’économie parce que les ménages dépensent déjà en moyenne 50 % de leurs revenus à l’alimentation. Ceci étant dit, une politique commerciale à elle seule ne peut assurer la souveraineté alimentaire et booster la performance agricole. J’ai l'impression que le débat se focalise surtout sur les importations à autoriser ou non. Mais ce n’est pas toute l’histoire », constate M. Heinrigs.
« Il y a beaucoup d'autres contraintes auxquelles les politiques agricoles doivent faire face. Il y a aussi un besoin d'améliorer les coûts de transaction sur toute la chaîne, aussi bien au niveau de l’approvisionnement en intrants que sur la production, le transport, le stockage et la distribution. Ce sont des domaines qui ne bénéficient pas souvent de budgets importants, mais qui contribuent aux prix alimentaires élevés. Il faudrait des politiques qui rééquilibrent ces différents aspects en plus des mesures protectionnistes », préconise-t-il.
Espoir Olodo
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