Agence Ecofin

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Les relations diplomatiques entre la Belgique et le Rwanda ont été rompues en mars 2025 sur fond de tensions liées au conflit dans l’Est de la RDC. Leur rétablissement ouvre une nouvelle phase de dialogue, sans effacer les divergences entre les deux parties sur le dossier congolais.

La Belgique et le Rwanda renouent officiellement le dialogue. Les deux pays ont annoncé, mardi 22 septembre, leur décision de rétablir leurs relations diplomatiques, après environ 18 mois de rupture. Ils prévoient notamment de rouvrir prochainement leurs ambassades respectives.

Dans un premier temps, les deux missions diplomatiques seront dirigées par des chargés d’affaires par intérim, assistés d’un diplomate ou d’un responsable consulaire et d’une petite équipe technique. La nomination d’ambassadeurs interviendra ultérieurement, après la procédure d’agrément. Le futur ambassadeur du Rwanda en Belgique sera également accrédité auprès de l’Union européenne.

Selon la déclaration conjointe, le rétablissement des relations fait suite à plusieurs rencontres et échanges entre les ministres des Affaires étrangères des deux pays, qui ont permis d’aborder les divergences. Les deux pays s’engagent désormais à maintenir un dialogue « ouvert, franc et transparent », fondé notamment sur le respect mutuel et la non-ingérence.

« Rétablir des relations diplomatiques entre États ne signifie pas renier nos positions, mais disposer de canaux structurés de dialogue », a déclaré Maxime Prévot, vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères.

Une rupture sur fond de tensions autour de la RDC

Ce rétablissement met fin à une crise déclenchée en mars 2025, lorsque Kigali a rompu ses relations diplomatiques avec Bruxelles. Le Rwanda accusait alors la Belgique de partialité en faveur de la RDC dans le conflit régional, lui reprochant également son rôle historique dans les divisions ethniques ayant mené au génocide de 1994, ainsi qu’une hostilité persistante sur la scène internationale.

Kigali avait également annoncé la suspension des programmes d’aide au développement financés par la Belgique. Il accusait alors Bruxelles de mener une « campagne agressive » destinée à limiter son accès aux financements liés au développement en lien avec la situation dans l’Est de la RDC. À cette période, l’Agence belge de développement, Enabel, finançait notamment deux programmes au Rwanda pour un montant cumulé de 112,6 millions d’euros, soit environ 128,6 millions de dollars.

Le rétablissement des relations ne met pas fin aux divergences, notamment sur le conflit dans l’Est de la RDC. Les deux pays ont convenu de poursuivre le dialogue sur ces questions, a indiqué Maxime Prévot, qui a réaffirmé que la Belgique continuerait à défendre « l’intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC ». Bruxelles entend également soutenir les efforts de médiation engagés dans le cadre des processus de Doha et de Washington.

Charlène N’dimon

Edité par M.F. Vahid Codjia

En Afrique de l’Est, les marchés nationaux sont de plus en plus sollicités et la demande des investisseurs pour les titres publics reste soutenue. Dans ce contexte, l’EAC veut accélérer l’intégration des marchés de capitaux afin de faciliter les opérations transfrontalières et de renforcer les bases financières de la future union monétaire régionale.

La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) relance son chantier d’intégration des marchés de capitaux, dans un contexte où les États membres recourent davantage aux marchés financiers pour financer leurs besoins budgétaires. Après plusieurs années d’interruption, le sous-comité chargé de cette question a repris ses travaux du mardi 15 au jeudi 17 septembre.

La reprise des travaux, annoncée dans un communiqué publié le lundi 21 septembre, intervient après une dernière réunion formelle du sous-comité en 2019. Elle a permis d’adopter de nouveaux termes de référence pour le sous-comité, qui doit notamment travailler sur « l'harmonisation réglementaire, le développement des marchés, la diversification des produits et l'interconnexion des infrastructures des marchés financiers régionaux ».

Les États membres prévoient également d’élaborer un cadre régional de connectivité des marchés de capitaux. Celui-ci doit faciliter les opérations financières transfrontalières et renforcer l’accès des investisseurs aux différents marchés de la région.

L’objectif est ainsi de mieux coordonner les marchés nationaux, tout en facilitant la mobilisation de capitaux à long terme et les investissements au sein de l’EAC.

« Une coordination étroite entre les institutions régionales est essentielle à la mise en place de marchés de capitaux intégrés, efficaces et résilients, capables de mobiliser les investissements et de soutenir un développement économique durable dans toute la région », a déclaré Aime Uwase, directeur de la planification de l’EAC.

Des marchés de capitaux de plus en plus sollicités

Cette réunion intervient alors que plusieurs marchés de la région enregistrent une demande soutenue pour les titres publics, offrant aux États des sources de financement domestique pour leurs déficits et leurs investissements.

Au Kenya, une adjudication de titres d’État à long terme organisée le 16 septembre a recueilli des offres de 81,4 milliards KSh (628 millions $), pour un objectif de 60 milliards KSh. Le taux de couverture de l’opération s’est ainsi établi à 135,68 %.

Au Rwanda, l’adjudication de bons du Trésor du 25 juin 2026, portant sur des maturités de 28, 91, 182 et 364 jours, a également suscité une demande supérieure à l’offre. Les investisseurs ont soumis des offres totalisant 50,45 milliards FRW (34,2 millions $), contre 24 milliards de FRW mis en adjudication par le Trésor, soit un taux de couverture de 210,2 %.

La République démocratique du Congo (RDC), qui a intégré l’EAC en 2022, contribue également à cette dynamique. En mai 2026, Kinshasa a réalisé sa première émission d’un emprunt d’État libellé en dollars sur son marché intérieur. Le titre, d’une maturité de deux ans et assorti d’un taux annuel de 8 %, visait à mobiliser 70 millions de dollars. Les offres reçues ont atteint 86,6 millions de dollars, soit un taux de couverture de 123,7 %.

Dans ce contexte, l’organisation régionale entend renforcer la coordination entre les différents marchés de capitaux de ses États membres.

Cette intégration fait également partie des préparatifs de l’Union monétaire est-africaine. Pour l’EAC, la mise en place de marchés de capitaux plus intégrés, efficaces et résilients doit contribuer à renforcer les bases financières nécessaires à « une intégration monétaire régionale plus poussée ».

Charlène N’dimon

Edité par M.F. Vahid Codjia

Depuis 2024, les autorités kényanes discutent avec leurs homologues américains de plusieurs sujets, notamment de l’intelligence artificielle. À New York, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, les deux pays ont de nouveau évoqué cette coopération.

Le Kenya et les États-Unis veulent élargir leur coopération dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). Le président William Ruto et le secrétaire d’État américain Marco Rubio ont abordé le sujet le lundi 21 septembre à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

« Nous élargissons également notre coopération dans des domaines émergents, en particulier l'intelligence artificielle et son application dans la santé, l'éducation et les services financiers », a indiqué William Ruto dans un message publié après la rencontre sur le réseau social X. Et d’ajouter : « nous avons échangé des points de vue sur la gouvernance responsable des technologies d'IA en rapide progression et exploré des opportunités de coopération dans les minéraux critiques et l'énergie nucléaire ».

Nairobi cherche à passer de la stratégie à la mise en œuvre

Ces échanges interviennent alors que le Kenya cherche à accélérer la mise en œuvre de sa politique nationale en matière d’IA. Lancée en mars 2025, la Kenya AI Strategy 2025-2030 repose sur trois axes : les infrastructures numériques pour l’IA, les données et la gouvernance, ainsi que la recherche, l’innovation et la commercialisation.

Le gouvernement kényan envisage de passer de l’élaboration des politiques à leur mise en œuvre afin que les investissements produisent des effets sur la productivité, l’emploi, les entreprises et les services publics. Il identifie notamment les compétences, les infrastructures et les écosystèmes de données comme des conditions nécessaires au développement de l’IA.

La coopération avec Washington est déjà engagée. Les deux pays avaient annoncé en 2024 la mise en place d’un dialogue stratégique consacré à l’IA, ainsi qu’une collaboration sur la sécurité et l’évaluation des systèmes d’IA. Ils avaient également prévu une collaboration entre l’US AI Safety Institute et l’Imagine Tech and Action Lab du Kenya sur la recherche, l’évaluation des risques et les normes de sécurité.

La rencontre de New York n’a toutefois pas débouché sur l’annonce d’un nouveau programme, d’un financement ou d’un accord technique spécifique dans le domaine de l’IA.

Adoni Conrad Quenum

Edité par M.F. Vahid Codjia

Depuis les premières exportations de minerai de fer fin 2025, Simandou bascule progressivement de la construction vers l’exploitation. Cette transition va réduire fortement les effectifs, au moment où la Guinée compte diffuser les retombées du mégaprojet au-delà des seules recettes minières.

En Guinée, la promesse faite cette semaine par l’américain Wabtec de former une main-d’œuvre locale pour entretenir les locomotives du TransGuinéen illustre l’une des priorités du gouvernement à Simandou : faire en sorte qu’une part croissante des emplois durables de la phase d’exploitation soit occupée par des Guinéens. Pour Conakry, le défi est notamment de transformer l’exploitation du minerai de fer en compétences et perspectives professionnelles durables pour sa population.

Le contrat de plus de 700 millions USD conclu avec la Compagnie du TransGuinéen (CTG), chargée de gérer les infrastructures ferroviaires et portuaires communes du projet Simandou, prévoit de la formation, du diagnostic à distance et des partenariats avec des entreprises guinéennes. En plus de la maintenance des locomotives, le groupe américain entend ainsi contribuer au développement de capacités et d’emplois locaux. Cet engagement n’est toutefois pas du seul fait du volontarisme de Wabtec et s’inscrit plutôt dans un cadre réglementaire précis.

La loi sur le contenu local de 2022, applicable aux différents secteurs de l’économie, impose dès le démarrage des activités au moins 50 % de Guinéens parmi les ouvriers qualifiés, 25 % dans l’encadrement et 30 % parmi les cadres de direction. Ces quotas progressent ensuite au fur et à mesure des années d’activité. Les emplois non qualifiés doivent, en revanche, être entièrement occupés par des nationaux dès le début.

Si les compétences disponibles ne permettent pas de respecter ces seuils, la loi impose à l’opérateur de soumettre à l’Autorité de régulation et de contrôle du contenu local (ARCCL) un programme de formation et un calendrier de remplacement progressif des expatriés. Pour les sociétés minières, le Code minier fixe par ailleurs des exigences plus élevées. Durant les cinq premières années d’exploitation, au moins 60 % des cadres de direction et 80 % du personnel d’encadrement et des ouvriers qualifiés doivent être guinéens.

Former pour les métiers post-chantier

À Simandou, les sociétés multiplient donc les programmes destinés à préparer l’après-chantier, près d’un an après le début des premières expéditions de minerai de fer. La CTG s’est fixé pour fin 2026 un objectif de 3 000 emplois, sous-traitants compris, dont au moins 70 % occupés par des Guinéens. Sa stratégie associe recrutement national, attribution de contrats aux entreprises locales et transfert de compétences et de technologies.

Chez SimFer, le consortium mené par Rio Tinto et opérateur de deux des quatre blocs du gisement Simandou, la formation doit notamment préparer les salariés aux métiers permanents de la mine. L’entreprise indique avoir investi 20,8 millions de dollars dans ses centres de formation technique de Siatouro et développé des programmes d’apprentissage avec les institutions guinéennes de l’emploi.

« Les activités menées chez SimFer s’inscrivent pleinement dans les priorités du gouvernement et de l’AGUIPE en matière de promotion de l’emploi, de développement des compétences et d’optimisation de l’employabilité des Guinéens », souligne Antigou Chérif, DG de l’Agence guinéenne pour la promotion de l’emploi.

L’État cherche aussi à ne pas laisser la formation aux seuls besoins immédiats des compagnies. Dans le cadre du plan stratégique de développement de la Guinée, Simandou 2040, la Simandou Academy cible notamment l’ingénierie, les infrastructures et les technologies. Cette montée en compétences devient d’autant plus importante que Simandou conservera beaucoup moins d’emplois qu’il n’en a mobilisés pour sa construction. Les effectifs ont dépassé 60 000 personnes au plus fort des travaux en 2024 et 2025, alors que moins de 15 000 emplois devraient subsister à terme pour exploiter les mines et les infrastructures, selon les données relayées par Reuters.

Mesurer et publier

La question de l’emploi local compte aussi dans la manière dont la croissance de Simandou se transmettra au reste de l’économie. Dans ses simulations, le FMI estime que Simandou pourrait porter le PIB réel guinéen en 2030 à un niveau environ 26 % supérieur à un scénario sans ce projet, tout en avertissant que les effets sur la consommation des ménages et les inégalités pourraient rester limités sans politiques actives. La Banque mondiale a, de son côté, placé la création d’emplois « plus nombreux et de meilleure qualité » au cœur de son partenariat 2027-2033 avec la Guinée, qui vise à transformer la richesse minière en une croissance plus diversifiée et riche en emplois.

L’un des angles morts de ces efforts se trouve cependant dans l’absence de bilan rendu public permettant de connaître, pour l’ensemble de Simandou, le nombre d’emplois permanents attendus, la proportion de Guinéens et leur répartition entre ouvriers qualifiés, cadres et postes de direction. Wabtec ne chiffre pas davantage ses engagements de transfert de compétences.

La loi prévoit que l’ARCCL publie un rapport annuel, réalise des audits et délivre des certificats de conformité aux opérateurs respectant leurs obligations. À mesure que les emplois de chantier disparaissent, la publication de ces données et la montée en puissance d’une politique publique de formation moins dépendante des seuls programmes des entreprises permettront de mesurer plus précisément quelle part de l’emploi durable de Simandou profitera effectivement aux Guinéens.

Emiliano Tossou

Le marché gazier européen se recompose depuis la baisse des approvisionnements russes. L’essor du GNL et la diversification des fournisseurs renforcent toutefois les enjeux liés aux conditions environnementales des importations.

La France veut donner plus de temps aux importateurs européens d’hydrocarbures avant l’entrée en vigueur des nouvelles règles sur le méthane. Dans une lettre datée du 18 septembre, Emmanuel Macron a demandé à la Commission européenne de reporter leur application au 1er janvier 2028, contre le 1er janvier 2027 prévu actuellement. L’objectif visé par le dirigeant est de contenir la hausse des prix de l’énergie.

Une démarche qui intervient dans un contexte de forte tension sur les marchés de l’énergie. Le conflit au Moyen-Orient a ramené les cours du pétrole près de leurs plus hauts niveaux depuis mai, tandis que les prix du gaz ont plus que doublé depuis les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran en février, à l’origine de la fermeture du détroit d’Ormuz.

Cette demande vient après celle formulée en juin par le Nigeria, l’Algérie, les États-Unis et le Qatar. Dans une lettre ouverte aux dirigeants européens, les quatre pays avaient appelé à une suspension du calendrier et à des modifications ciblées du dispositif, en faisant valoir les difficultés de conformité pour les cargaisons destinées à l’Union à partir de 2027.

Le dossier prend une importance particulière pour les producteurs africains. Le Nigeria et l’Algérie figurent parmi les fournisseurs de gaz de l’Union, alors que les nouvelles exigences européennes ajoutent un volet de mesure et de vérification des émissions aux échanges d’hydrocarbures.

Le méthane devient un nouveau paramètre des exportations africaines

Le règlement européen impose la surveillance, la déclaration et la vérification des émissions de méthane liées aux hydrocarbures importés. Il renforce également les obligations de détection et de réparation des fuites. Le dispositif s’appuie notamment sur l’Oil and Gas Methane Partnership 2.0, qui couvre 42 % de la production mondiale de pétrole et de gaz et privilégie des mesures directes contrôlées par des vérificateurs indépendants.

Pour les exportateurs africains, ces exigences apparaissent alors que l’Union a profondément réorganisé ses approvisionnements gaziers. La part de la Russie dans ses importations par gazoduc est passée d’environ 40 % en 2021 à 6 % en 2025. La Norvège fournit désormais près d’un tiers des volumes, tandis que les États-Unis et l’Algérie comptent également parmi les principaux fournisseurs.

Le GNL occupe une place croissante dans cette configuration. L’Union européenne en a importé plus de 140 milliards m³ en 2025, dont près de 58 % en provenance des États-Unis. Dans le même temps, la consommation européenne de gaz a diminué de plus de 19 % entre 2021 et 2024. Le combustible reste néanmoins utilisé pour produire de l’électricité, chauffer les ménages et alimenter l’industrie.

Bruxelles cherche à préserver son ambition climatique

La réglementation européenne vise un gaz qui constitue le deuxième contributeur au réchauffement climatique après le CO₂. Dans le secteur énergétique, le méthane est notamment rejeté lors de l’extraction, du transport et de la distribution des hydrocarbures, avec les fuites, le torchage et le venting parmi les principales sources d’émissions.

La réduction de ces pertes présente également un intérêt pour l’approvisionnement. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que plus de 200 milliards m³ de gaz susceptibles d’être commercialisés sont perdus chaque année dans le monde à travers le torchage, le venting et les fuites. Elle estime aussi qu’environ 70 % des émissions de méthane liées aux combustibles fossiles pourraient être réduites grâce aux technologies existantes.

L’impact commercial du règlement reste toutefois discuté. Une étude de Wood Mackenzie publiée en mars dernier estimait que près de la moitié des importations européennes de gaz pourraient rencontrer des difficultés de conformité. À l’inverse, une analyse de Rystad réalisée pour l’Environmental Defense Fund aboutissait à une conclusion très différente, estimant que les volumes de gaz conformes disponibles pourraient représenter plus de trois fois les importations actuelles de l’Union.

Bruxelles a déjà commencé à assouplir l’application financière du texte. En juillet, la Commission a demandé aux États membres de suspendre pendant trois ans, jusqu’à fin 2029, les pénalités liées au règlement, sans pour autant reporter son entrée en vigueur. Elle examine désormais la proposition française et l’éventuel impact du dispositif sur la sécurité des approvisionnements.

Pour les exportateurs africains, l’enjeu dépasse donc le seul calendrier réglementaire. L’accès au marché européen s’inscrit désormais dans un cadre où la performance environnementale des hydrocarbures doit être documentée, mesurée et vérifiée, alors même que les modalités précises de cette transition restent au centre des discussions.

Olivier de Souza

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle a un coût caché : l’eau. Alors que les géants du numérique multiplient les mégacentres de données sur fond de sécheresses record en Amérique et en Europe, l’Afrique, elle aussi courtisée par les hyperscalers, se trouve face à un choix : répéter les mêmes erreurs ou les anticiper.

Au Cap, en Afrique du Sud, un projet de data center hyperscale porté par Equinix est actuellement suspendu à la suite d’un recours déposé contre son approbation. La Housing Assembly, une organisation sud-africaine spécialisée dans les droits au logement, et le groupe britannique Foxglove contestent la décision du Municipal Planning Tribunal, qui avait autorisé l’utilisation du site de King Air Industria pour le projet. Le recours a été déposé le 6 août dernier, avec l’appui du Legal Resources Centre.

Les organisations requérantes estiment notamment que les autorités municipales ne disposaient pas, au moment de l’approbation, d’informations suffisantes sur les besoins en eau et en électricité du futur site, ainsi que sur ses impacts environnementaux et socio-économiques. Elles reprochent également au processus de ne pas avoir suffisamment pris en compte l’effet cumulé des deux data centers prévus dans le même secteur.

La question de l’eau est particulièrement sensible. Le projet doit être implanté à proximité de plusieurs zones d’habitat, dont les communautés connaissent déjà des difficultés d’accès régulier à l’eau et à l’électricité. Le dossier intervient par ailleurs dans une ville qui avait frôlé la crise du « Day Zero » en 2018, lorsque les réserves d’eau du Cap avaient atteint des niveaux critiques.

Cette controverse s’inscrit dans un débat qui s’intensifie depuis plusieurs années dans les grands marchés mondiaux des data centers, notamment aux États-Unis et en Europe, où la pression exercée sur l’eau et l’électricité alimente désormais des interrogations qui dépassent les seuls enjeux technologiques.

Une préoccupation mondiale

Le 3 juin, l’Université des Nations unies et l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé publiaient un rapport intitulé « Environmental cost of AI's energy use : Carbon, Water and Land Footprints », avertissant que la consommation d’eau et d’énergie, ainsi que la pollution provenant des centres de données, doubleront dans les quatre prochaines années, en raison de la croissance de l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA).

Un data center consomme de l’eau de deux manières. Soit directement, pour le refroidissement des serveurs qui chauffent sous la charge de calcul de l’IA, soit indirectement, à travers la consommation d’eau des centrales électriques nécessaires à leur fonctionnement. Les Nations unies estiment que la consommation mondiale d’électricité des centres de données atteindra 448 térawatt-heures en 2025 (1 térawatt équivaut à 1 000 milliards de watts). La production de cette énergie représente environ 4 500 milliards de litres d’eau, soit l’équivalent de 1,8 million de piscines olympiques.

Le rapport prévoit qu’à l’horizon 2030, la demande mondiale d’électricité des centres de données dépassera 945 térawatt-heures, avec une consommation d’eau associée atteignant 9 300 milliards de litres, soit l’équivalent des besoins annuels essentiels en eau potable de 1,3 milliard de personnes en Afrique subsaharienne.

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Les cinq plus grands hyperscalers Amazon, Microsoft, Google, Meta et Oracle s’apprêtent à consacrer plus de 750 milliards de dollars à leurs investissements en 2026, soit une hausse de 67 % sur un an, dont l’essentiel est destiné aux infrastructures liées à l’IA. Cette ruée transforme des territoires entiers, parfois au détriment de communautés qui voient leurs nappes phréatiques et leurs rivières mises sous pression par des voisins industriels dont elles ignorent souvent l’ampleur réelle de la consommation.

États-Unis : des data centers gourmands

Le cas américain illustre bien la difficulté à réguler un secteur en expansion aussi rapide. En 2025, en Géorgie, et en 2026, en Arizona, des projets de data centers ont été accusés d’avoir effectué des prélèvements d’eau bien supérieurs à ce qu’ils avaient déclaré ou payé.

Les chiffres sont vertigineux. Les data centers américains ont directement consommé environ 17,4 milliards de gallons d’eau en 2023 pour leur refroidissement, un chiffre qui devrait augmenter considérablement d’ici 2028. La consommation d’eau indirecte liée à la production d’électricité était bien plus importante, avec environ 211 milliards de gallons supplémentaires.

Cette pression s’ajoute aux sécheresses qui frappent déjà durement l’agriculture américaine. La récolte de blé d’hiver 2026-2027 s’annonce comme la plus faible depuis 1965, tandis que les lacs Mead et Powell ont atteint cet été des niveaux historiquement bas.

Face à la controverse, certains opérateurs réagissent. Amazon Web Services a mis au point en seulement onze mois un système de refroidissement liquide adaptable aux installations existantes et utilise déjà des eaux usées traitées plutôt que de l’eau potable pour refroidir plusieurs de ses sites. Meta, de son côté, revendique une amélioration de 60 % de l’efficacité hydrique de son site de Mesa, en Arizona, et finance des projets de restauration qui apportent plus de 200 millions de gallons d’eau par an aux bassins du Colorado et de la rivière Salt.

Europe : moratoires et confidentialité contestée

Le Vieux Continent n’échappe pas à cette tension, sous l’effet de la pression conjointe exercée sur l’eau et l’électricité. Depuis début 2024, les Pays-Bas ont interdit la construction de nouveaux centres de données hyperscale, à l’exception de quelques sites. En Irlande, où seize des vingt plus grandes entreprises technologiques mondiales possèdent des installations, un moratoire instauré en 2021 a suspendu l’octroi de permis de raccordement au réseau électrique pour les nouveaux data centers dans la région du Grand Dublin. Il a été remplacé en 2025 par la Large Energy Users (LEU) Connection Policy, plus stricte.

En Irlande, les data centers consommaient déjà 22 % de l’électricité du pays en 2024, ce qui a fait grimper la facture cumulée des ménages de 360 euros entre 2015 et 2023.

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La question de la transparence est également devenue explosive. Une enquête menée en 2026 par un consortium de journalistes a révélé que Microsoft et le lobby de l’industrie technologique avaient obtenu de l’Union européenne le droit de garder confidentielles les données environnementales de leurs data centers, de quoi nourrir la méfiance des citoyens et des régulateurs locaux.

Afrique : le boom commence, les mêmes signaux d’alerte apparaissent déjà

C’est là que la trajectoire africaine devient instructive. Le continent, et particulièrement l’Afrique subsaharienne, fait face à une crise de l’eau structurelle. Plus d’un tiers des pays africains, soit une population de plus d’un demi-milliard de personnes, sont considérés en situation d’insécurité hydrique par les Nations unies. En Afrique subsaharienne, la pénurie est surtout « économique » : manque d’infrastructures d’adduction et de traitement, gestion insuffisante et financements limités, malgré des ressources naturelles parfois abondantes.

C’est dans ce contexte que les investissements visant à faire de l’Afrique un nouveau hub de data centers s’accélèrent. Selon le cabinet de conseil et d’études de marché Arizton Advisory & Intelligence, les investissements dans les data centers en Afrique devraient atteindre 8,76 milliards de dollars d’ici 2031, portés par l’amélioration de la connectivité, l’adoption du cloud et de l’intelligence artificielle (IA) dans divers secteurs, la demande accrue de traitement local des données, ainsi que les investissements croissants dans les énergies renouvelables et les câbles sous-marins.

La menace sur l’eau n’est donc plus un problème lointain. En Afrique du Sud, qui compte à elle seule 55 data centers existants, des voix réclament aujourd’hui un moratoire sur la construction de nouveaux sites, tant que l’utilisation des ressources en eau, en terres et en électricité n’aura pas fait l’objet d’une évaluation sérieuse.

Le scénario sud-africain n’est pas isolé. Au Nigeria, le marché des data centers devrait plus que doubler d’ici 2031, porté par l’adoption du cloud et par des exigences réglementaires poussant à héberger les données localement. Mais les observateurs locaux sont clairs : ce sont l’eau et l’électricité, et non les seuls investissements financiers, qui détermineront quels projets pourront réellement se développer.

Certains signaux sont toutefois encourageants. Au Kenya, le groupe G42 et Microsoft ont annoncé un investissement dans la construction d’un data center misant sur l’énergie géothermique renouvelable et intégrant, dès sa conception, des technologies de conservation de l’eau présentées comme étant à la pointe du secteur. Une approche que l’on retrouve encore trop rarement dans les premières générations de data centers occidentaux, construits avant que la question de l’eau ne s’impose dans le débat public.

Trois leçons pour ne pas répéter l’histoire

De ce parallèle entre deux continents matures dans leur numérisation et un continent qui commence tout juste la sienne, trois enseignements se dégagent nettement.

D’abord, la régulation doit précéder la construction, et non la suivre. Aux États-Unis, les autorités ont dû intervenir après coup face à des permis mal calibrés et à des prélèvements non déclarés. L’Afrique du Sud teste aujourd’hui, à l’inverse, une approche plus précautionneuse avant d’accorder de nouvelles autorisations.

Ensuite, la transparence ne doit pas être négociable. L’épisode de la confidentialité obtenue par Microsoft auprès de l’Union européenne montre qu’en l’absence d’obligation légale de reporting sur la consommation d’eau, les opérateurs ne publient pas spontanément ces données. Un piège que les régulateurs africains ont tout intérêt à éviter dès le départ, en inscrivant directement cette obligation dans les conditions d’octroi des permis.

Enfin, les technologies sobres en eau doivent être exigées dès la conception, et non ajoutées après coup dans l’urgence, comme Amazon a dû le faire en développant en quelques mois un système de refroidissement liquide adaptable. Le choix du Kenya, misant sur la géothermie et une architecture pensée pour économiser l’eau dès le premier jour, esquisse une voie possible : celle d’un continent qui négocierait son entrée dans l’ère de l’IA non pas en accueillant les infrastructures les moins chères, mais en imposant ses propres conditions.

Muriel Edjo

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Dans de nombreux pays, les biocarburants contribuent à réduire l’exposition aux hydrocarbures importés. Leur essor au cours des deux dernières décennies s’est accompagné de préoccupations grandissantes quant à la concurrence qu’ils exercent sur les cultures alimentaires et les terres agricoles.

L’augmentation rapide des obligations d’incorporation de biocarburants dans le monde, notamment au Brésil, aux États-Unis, en Inde et en Indonésie, pourrait faire peser une pression supplémentaire sur les systèmes alimentaires.

L’alerte émane d’un rapport publié le 21 septembre par le groupe de réflexion britannique Chatham House, avec le soutien du Forest Stewardship Council (FSC), organisme international de certification forestière.

L’étude intitulée « The problem with biofuels as a response to the Gulf energy supply shock » s’inscrit dans le contexte de la guerre entre les États-Unis et l’Iran et des restrictions affectant le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz qui concentre environ 30% des échanges mondiaux de pétrole brut et d’engrais.  

A la suite de ces tensions, le prix du Brent est passé de 72 $ le baril à la veille du déclenchement de la guerre à un pic de 138 $ en avril. Sur les 150 jours suivant le début du conflit, il a atteint en moyenne 99 $, contre 66 $ sur les 150 jours précédents.  

Cette situation a pénalisé les importateurs de pétrole brut et de produits raffinés mais a renforcé l’attrait économique des biocarburants.  En effet, lorsque les prix du brut s’envolent, ces carburants produits à partir de matières premières agricoles — telles que le maïs, l’huile de palme ou la canne à sucre — deviennent relativement plus compétitifs face à l’essence et au diesel conventionnels.

36 millions d’hectares en jeu

Ce contexte de prix plus favorable a encouragé les industriels à augmenter leurs volumes et les gouvernements à relever leurs taux obligatoires d’incorporation. Selon le rapport, les changements de politiques annoncés depuis le début de la crise pourraient ainsi plus que doubler l’empreinte foncière mondiale des cultures destinées aux biocarburants. Environ 32 millions d’hectares y étaient consacrés en 2023.

Avant la crise, les projections tablaient déjà sur une extension de 20 millions d’hectares d’ici à 2030, les nouveaux mandats pourraient ajouter 36 millions d’hectares supplémentaires si les objectifs annoncés sont pleinement mis en œuvre.   

D’après Chatham House, la hausse des objectifs d’incorporation se concentre dans les grands pôles mondiaux des biocarburants.

Aux USA, l’Agence de protection de l’environnement a ainsi finalisé en mars dernier une règle qui fixe pour 2026 et 2027 des volumes record, incluant une hausse de 60% de la production de biodiesel et de diesel renouvelable, alors même que près de 40% de la demande nationale de maïs est déjà absorbée par l’éthanol.

En Indonésie, le gouvernement a fait passer le mandat de biodiesel de B40 à B50 — soit 50% de biodiesel à base d’huile de palme — à compter du 1er juillet 2026, après avoir confirmé, en février 2026, des restrictions sur les exportations de certains coproduits de palme et d’huiles usagées afin de sécuriser l’approvisionnement national. L’Inde accélère également son programme E20, en s’appuyant surtout sur le maïs et sur des volumes de riz alloués à la production d’éthanol.  

Un risque alimentaire accru

Si ces politiques répondent à une logique compréhensible de souveraineté énergétique, elles risquent aussi d’alimenter une concurrence accrue pour des cultures déjà utilisées par l’alimentation humaine ou animale.

Dans un contexte où les engrais, les pesticides, le carburant des machines dépendent largement des énergies fossiles, le rapport indique que la perturbation du détroit d’Ormuz affecte les coûts de production agricole au moment même où les gouvernements incitent à détourner davantage de maïs, de riz, de soja, de canne à sucre et d’huiles végétales vers les réservoirs.

Une hausse supplémentaire des mandats pourrait réduire la disponibilité des fertilisants et renchérir leur prix pour les producteurs de denrées alimentaires. Les effets pourraient être amplifiés par un épisode El Niño annoncé comme très fort en 2026/2027.

Les sécheresses, pluies extrêmes, inondations, vagues de chaleur et perturbations des moussons menacent les rendements, en particulier dans les agricultures pluviales d’Afrique australe, d’Asie du Sud et d’Asie du Sud-Est. En Indonésie, la production d’huile de palme pourrait ainsi diminuer de 2 millions de tonnes en 2026 sous l’effet du temps sec et du coût élevé des engrais.

Des alertes déjà anciennes

Les préoccupations sur les effets indirects des biocarburants ne sont pas nouvelles. Depuis les crises alimentaires de 2007/2008, des organisations internationales, des chercheurs et des ONG ont régulièrement mis en garde contre le détournement de cultures alimentaires vers l’énergie, la volatilité des prix et le changement indirect d’affectation des sols.

Le constat de Chatham House rejoint donc une alerte ancienne, mais lui donne une nouvelle dimension : la crise du Golfe pourrait provoquer une accélération trop rapide des politiques de biocarburants, avant que les systèmes de traçabilité, les règles de protection des forêts, les outils de planification foncière et les mécanismes de contrôle ne soient renforcés.

Les auteurs du rapport plaident avant tout pour considérer les biocarburants comme une réponse temporaire à la crise, et non comme une solution structurelle de sécurité énergétique. Ils recommandent également de donner la priorité aux usages alimentaires lorsque les matières premières sont en concurrence directe avec la production de carburants et de favoriser les carburants issus de déchets, résidus et huiles usagées.  

« Les biocarburants comptent beaucoup sur les marchés alimentaires, mais très peu sur les marchés de l’énergie. À l’échelle mondiale, ils représentent une fraction minime de la consommation totale d’énergie (0,5%), et une part très limitée de la consommation de pétrole (1,7%). Cela signifie que, si l’on réduit la production de biocarburants, l’impact sur les marchés de l’énergie resterait faible, alors que l’effet sur les marchés alimentaires serait potentiellement très important. Autrement dit, on agirait fortement sur la sécurité alimentaire, pour un coût relativement faible en termes de transition énergétique, surtout si d’autres solutions (efficacité énergétique, autres renouvelables) sont mobilisées », avait confié à l’Agence Ecofin, Franck Galtier, chercheur en économie politique au Cirad (UMR Moisa).

Espoir Olodo

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31/07/2026 - « Les biocarburants ont le potentiel de déstabiliser les marchés alimentaires mondiaux, mais aussi de les stabiliser » (Franck Galtier, Cirad)

Après avoir vendu son usine de Pretoria au chinois Chery en début d’année, le constructeur japonais cherche à préserver sa place en Afrique du Sud, premier marché automobile du continent, en réorganisant son approvisionnement depuis ses autres sites de production.

En Afrique du Sud, Nissan cherche à relancer ses ventes et à restaurer la confiance des clients et des concessionnaires. Pour ce faire, le constructeur japonais y a lancé, lundi 21 septembre, le Tekton, un SUV entièrement fabriqué en Inde. Ce modèle marque concrètement le passage vers une organisation dans laquelle les véhicules destinés au marché sud-africain sont désormais produits à l’étranger avant d’être acheminés dans le pays.

Des véhicules désormais acheminés depuis l’Inde

Le changement est déjà concret. Dès début septembre, Nissan a annoncé l’expédition d’un premier lot de plus de 1 300 Tekton vers l’Afrique du Sud, le Bhoutan et le Népal en provenance de l’Inde.

Le constructeur prévoit d’élargir cette offre avec le nouveau X-Trail déjà lancé en Afrique du Sud, puis avec une version modernisée du Navara et la huitième génération du Patrol au cours de son exercice actuel. D’autres modèles doivent suivre l’année prochaine, ce qui pourrait progressivement augmenter les volumes de véhicules importés.

Pour Nissan, ce changement s’explique d’abord par l’arrêt de la production locale. Jordi Vila, président de Nissan Afrique, explique que le groupe automobile cherche désormais à maximiser les capacités de ses autres usines. Les modèles destinés à l’Afrique du Sud peuvent ainsi être fabriqués dans ces sites, puis acheminés vers le marché sud-africain.

Cette réorganisation change le parcours des véhicules. Le transport international, le passage par les ports et l’acheminement terrestre deviennent ainsi des maillons essentiels de la distribution de la marque dans le pays.

Un marché sud-africain déjà très dépendant des importations

Le choix du constructeur japonais intervient dans un marché où les véhicules importés prennent déjà une place croissante. D’après le Conseil des entreprises automobiles d’Afrique du Sud (NAAMSA), la nation arc-en-ciel a importé 391 287 véhicules légers en 2025, soit 28,6 % de plus qu’en 2024. Les importations représentaient alors 69,1 % des ventes de véhicules légers, contre 62,7 % un an auparavant.

L’Inde constitue la principale origine de ces véhicules. Les constructeurs indiens ont fourni 219 796 unités à l’Afrique du Sud en 2025, soit 56,2 % des importations de véhicules légers. La Chine arrivait ensuite avec 91 326 véhicules, représentant 23,3 % des importations.

Cette évolution se reflète directement dans les volumes traités par les infrastructures portuaires. Transnet Port Terminals a manutentionné 910 424 véhicules entièrement assemblés durant l’exercice 2025/26, dont 42 % à l’importation.

Pour le constructeur nippon, l’enjeu se déplace désormais vers la maîtrise de ces nouveaux circuits d’approvisionnement. La régularité des acheminements, la fluidité du passage par les infrastructures portuaires et la distribution jusqu’aux concessionnaires seront déterminantes pour maintenir une offre disponible sur le marché sud-africain.

Félicien Houindo Lokossou

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Du groupe américain Newmont Corp à Fortuna Mining et, plus récemment, PDI Gold, l’intérêt pour le potentiel du district d’Odienné s’est accru ces derniers mois. Une visibilité dont son opérateur Awalé Resources entend profiter pour accélérer davantage les travaux d’exploration.

La junior minière canadienne Awalé Resources a annoncé mardi 22 septembre le lancement d’un programme d’exploration de 8,5 millions USD sur son projet aurifère Odienné, en Côte d’Ivoire. Prévue sur 15 mois, la campagne vise à mieux cerner le potentiel de l’actif à l’échelle du district, après une première découverte annoncée il y a seulement quelques mois sur une portion de son périmètre.

La société prévoit environ 71 500 mètres de forage et 15 635 échantillons géochimiques de surface. Les travaux seront répartis sur plusieurs prospects identifiés sur le site, dont Sienso, Seydou et Sama. Awalé prévoit de relancer les forages à Odienné au quatrième trimestre, une fois les conditions météorologiques plus favorables. Le budget du programme est par ailleurs « entièrement financé », d’après le communiqué.

Étendre le spectre à l’ensemble d’Odienné

Pour Awalé, cette campagne constitue une nouvelle étape dans sa stratégie d’exploration à Odienné. Elle doit notamment porter sur une partie du projet où aucune ressource n’a encore été définie. L’ensemble couvre en effet 2 346 km² et regroupe sept permis d’exploration, dont une zone de 797 km² faisant l’objet depuis 2022 d’une coentreprise entre Awalé et le groupe américain Newmont. C’est sur ce périmètre que la société a annoncé en mai dernier une ressource inférée de 1,71 million d’onces équivalentes or, estimation intégrant à la fois l’or et le cuivre.

Le nouvel investissement doit ainsi cibler la partie du projet située en dehors de cette coentreprise et détenue à 100 % par Awalé Resources. La campagne intervient alors que cette zone suscite également l’intérêt de PDI Gold. Le groupe australien a annoncé en juillet un investissement d’environ 10 millions USD pour prendre une participation au capital d’Awalé, tout en ciblant le périmètre entièrement contrôlé par la junior à Odienné.

Ces développements témoignent de l’attention croissante portée au district, sans pour autant garantir que les travaux déboucheront sur de nouvelles découvertes. Awalé entend néanmoins reproduire sur cette partie du projet l’approche d’exploration qui lui a permis d’identifier les ressources aujourd’hui associées au partenariat avec Newmont. Les résultats de la campagne et leur capacité à élargir les zones déjà connues constitueront donc les prochains indicateurs à suivre pour apprécier la trajectoire du projet.

De nouvelles découvertes pourraient à leur tour renforcer la visibilité du projet dans son ensemble. Mais la perspective d’une mine à Odienné resterait toutefois plus lointaine. Avant d’envisager un développement, Awalé devra encore préciser l’étendue du potentiel identifié, améliorer la connaissance et la fiabilité des ressources et mener les études techniques nécessaires pour déterminer la faisabilité d’une éventuelle exploitation.

Aurel Sèdjro Houenou

Édité par Wilfried ASSOGBA

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16/07/2026 - L’or d’Odienné source d’intérêt pour de grands groupes miniers en Côte d’Ivoire

 

Le Nigeria s’impose progressivement comme une destination de choix pour les compagnies pétrolières nationales asiatiques en quête de barils hors de leur zone traditionnelle d’approvisionnement.

Faute de trouver suffisamment de pétrole chez elle, l’Indonésie explore d’autres pistes et s’intéresse particulièrement à des actifs pétroliers au Nigeria. La Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC), a rendu compte, dimanche 20 septembre, de discussions en ce sens avec Toriq Abdat, vice-président développement de l’activité amont de l’entreprise publique indonésienne du pétrole, Pertamina et Arif Havas Oegroseno, vice-ministre indonésien des Affaires étrangères, en présence d’Oritsemeyiwa Eyesan, sa patronne.

Pertamina produit environ 600 000 barils par jour (b/j) en Indonésie pour un objectif national de 2,3 millions b/j d’ici 2030. Un écart que Jakarta reconnaît ne pas pouvoir combler avec ses seuls champs domestiques.

D’après Abdat, la compagnie a reçu mandat d’expansion internationale. Outre ses opérations en Malaisie, l’entreprise est notamment présente en Algérie, où sa filiale Pertamina Algeria EP exploite le champ de Menzel Lejmat Nord avec une participation de 65 %.

Le Nigeria entre dans cette logique comme une destination prioritaire. Abdat a précisé que Pertamina recherche des actifs en production ou proches d’une décision finale d’investissement (FID), et qu’elle envisage aussi bien les appels d’offres compétitifs que les arrangements bilatéraux avec les gouvernements.

Pertamina a signalé son intérêt pour le tour de licences 2026, dont le lancement est prévu début octobre au plus tard, d’après des déclarations d’Eyesan à S&P Global début septembre. Le régulateur a indiqué que les 13 blocs non attribués lors du round 2025 seront remis en vente dans ce nouveau cycle, aux côtés de nouveaux actifs en eaux profondes et peu profondes.

Un Nigeria qui joue l’attractivité

D’après le régulateur, le Nigeria produit aujourd’hui entre 1,6 et 1,7 million b/j de brut, mais vise 3 millions b/j d’ici 2030. Pour combler cet écart, Abuja mise sur les capitaux étrangers via des appels d’offres pétroliers devenus annuels depuis l’adoption, en 2021, de la loi de réforme du secteur, le Petroleum Industry Act (PIA).

Pour attirer les investisseurs, Abuja a revu ses conditions fiscales à la baisse. Comme Agence Ecofin le rapportait, fin janvier, le gouvernement fédéral a rendu plus souples les conditions financières que ces investisseurs doivent remplir pour accéder à ses appels d’offres pétroliers en ramenant les bonus de signature dans une fourchette comprise entre 3 à 7 millions de dollars.

La dynamique avec l’Indonésie rappelle celle observée quelques jours plus tôt avec l’Inde. Le Premier ministre Narendra Modi avait demandé à Lagos, en marge du sommet des BRICS le 13 septembre dernier, une augmentation des exportations nigérianes de brut vers le pays asiatique. L’Inde et l’Indonésie illustrent ainsi l’intérêt croissant de l’Asie pour le Nigeria.

Abdel-Latif Boureima

Édité par Wilfried ASSOGBA

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