Vu comme l’un des projets appelés à renforcer le poids du secteur minier camerounais, Minim Martap n’a pas tenu sa promesse d’une mise en service en 2026. Derrière ce calendrier une nouvelle fois repoussé plane de récentes interrogations sur le modèle financier du projet.
Plutôt prévisible depuis quelques semaines, c’est désormais confirmé. A2MP Investments, société liée à la famille indienne Gupta, n’a pas concrétisé son offre de rachat de Canyon Resources. Devenue caduque selon une note publiée mercredi 23 septembre, cette issue n’écarte toutefois pas les interrogations autour de Minim Martap, la future mine de bauxite au cœur des intérêts des deux acteurs et dont le développement doit encore se poursuivre avant une éventuelle mise en production au Cameroun.
Tout a commencé fin juillet, lorsque A2MP, déjà détentrice de 55,56 % du capital de Canyon et donc son actionnaire majoritaire, a proposé d’acquérir les titres qu’elle ne détenait pas encore, au prix de 0,05 dollar australien par action. L’offre s’accompagnait de plusieurs critiques remettant en question la viabilité économique du projet au regard des conditions du marché. L’objectif affiché était non seulement de prendre le contrôle total de Canyon et, indirectement, de Minim Martap, mais aussi de permettre aux actionnaires minoritaires de sortir d’une exposition aux risques liés au financement et au marché.
Mais A2MP n’est pas parvenue, dans l’intervalle, à porter sa participation à au moins 75 % du capital avant le 21 septembre, seuil requis pour poursuivre l’opération. Cet échec intervient dans un contexte où le comité indépendant chargé d’évaluer l’offre l’a jugée sous-évaluée au regard de Canyon, sans toutefois conduire A2MP à revoir sa proposition. L’épisode aura néanmoins coïncidé avec une évolution importante du projet, dont la mise en production a désormais été repoussée à 2027, après plusieurs reports intervenus en 2026.
Canyon a également revu son modèle d’exploitation, avec un objectif de production initial désormais fixé à 0,4 million de tonnes, contre 1,2 million de tonnes précédemment prévu. Cette révision intervient parallèlement à la suspension de certaines sources de financement destinées au développement du projet. Il s’agit notamment d’une facilité de crédit accordée par A2MP et d’une autre de 140 millions USD consentie par AFG Bank Cameroon, censée financer une partie des infrastructures nécessaires à l’exportation du minerai. Cette dernière a suspendu de nouveaux décaissements, invoquant notamment la nécessité de réexaminer le modèle financier et d’autres paramètres du projet.
Ces développements ne signifient toutefois pas que les différents acteurs ont définitivement fermé la porte à Minim Martap. A2MP demeure l’actionnaire majoritaire de Canyon Resources et reste donc impliqué dans le développement du projet, tandis qu’AFG Bank doit encore préciser les suites qu’elle entend donner à son soutien financier, après les discussions engagées en ce sens. Dans ce contexte, les perspectives de rentabilité du projet devraient peser sur les prochaines décisions, y compris celles concernant les nouvelles sources de financement que Canyon dit explorer parallèlement.
Dans l’intervalle, les opérations se poursuivent sur le terrain. Dans une note publiée en août, Canyon Resources indiquait l’arrivée imminente des premiers wagons destinés à l’acheminement de la future production, ainsi que la poursuite de la construction de la route reliant la mine au terminal ferroviaire. Reste désormais à voir comment la trajectoire du projet sera façonnée par les prochains arbitrages de ses parties prenantes, notamment sur les volets du financement et des différents paramètres de son modèle économique. En attendant, le Cameroun doit encore patienter avant d’accueillir la toute première mine de bauxite de son histoire, du moins pour quelques mois encore.
Aurel Sèdjro Houenou
Édité par Wilfried ASSOGBA
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La consommation électrique sénégalaise atteint de nouveaux sommets, au moment où des unités de production clé connaissent des contraintes. Une situation qui expose le système aux délestages lors des périodes de pointe.
Les délestages enregistrés ces dernières semaines au Sénégal surviennent dans un contexte où la demande électrique augmente plus vite que prévu. La Senelec tablait sur une pointe d’environ 1 300 MW en octobre, mais celle-ci avait déjà atteint 1 400 MW en août, a indiqué le lundi 21 septembre son directeur général, Papa Toby Gaye, à la RTS.
Cette hausse coïncide avec l’indisponibilité partielle de deux moyens de production importants. Une pompe surpresseur du FSRU, l’installation qui permet de regazéifier le GNL utilisé par la centrale flottante Karpowership, est en panne. À la centrale West African Energy (WAE) du Cap des Biches, l’une des deux turbines à gaz est en maintenance, une opération compliquée par l’endommagement de l’appareil utilisé pour son diagnostic.
« Toutes les unités aujourd’hui dont nous disposons sont mises à contribution pour satisfaire la pointe », a expliqué Papa Toby Gaye, qui cite également des contraintes logistiques et financières. Il prévoit un rétablissement progressif de l’offre d’ici la fin de la semaine.
Les difficultés techniques surviennent alors que la demande d’électricité ne cesse d’augmenter dernièrement. Elle était de 1 159 MW en 2024, puis de 1 260,72 MW en 2025, avant les 1 400 MW annoncés pour août 2026. Dès 2024, la Senelec relevait d’ailleurs que le maximum annuel s’était déplacé d’octobre vers août.
Les perturbations actuelles rappellent celles de juin, lorsque la maintenance de Karpowership, combinée à une forte consommation liée à la chaleur, avait déjà entraîné des coupures. Début septembre, une contrainte technique sur WAE avait également réduit la capacité disponible de cette centrale.
La remise en service des équipements devrait soulager le réseau à court terme. La progression de la demande maintient toutefois l’enjeu de disposer de capacités effectivement disponibles lorsque plusieurs grandes unités sont simultanément à l’arrêt.
Abdoullah Diop
Edité par : Feriol Bewa
L’Afrique de l’Est cherche à réduire sa dépendance aux importations de carburants, alors que l’essor industriel accroît ses besoins énergétiques. Le développement de nouvelles capacités de raffinage devient ainsi un enjeu stratégique régional majeur.
Le groupe nigérian Dangote a de nouveau choisi la société publique indienne Engineers India Ltd (EIL) pour accompagner un projet majeur de raffinage. EIL a signé un contrat de plus de 450 millions de dollars pour assurer le conseil en gestion de projet (PMC) ainsi que la gestion de l’ingénierie, des approvisionnements et de la construction (EPCM) de la future raffinerie de 700 000 barils par jour (b/j) ainsi que d’une usine pétrochimique à Lamu, au Kenya. L’annonce a été faite le mardi 22 septembre.
Le projet, dont le coût est estimé à 16 milliards de dollars, doit renforcer la production de carburants en Afrique de l’Est, réduire la dépendance de la région aux importations de produits pétroliers et approvisionner les marchés internationaux. Dangote prévoit de lancer les travaux d’ici fin septembre.
EIL, un partenaire de longue date de Dangote
Le nouveau contrat prolonge une collaboration engagée en 2013. À l’époque, EIL avait obtenu un contrat d’ingénierie de 139 millions de dollars pour un projet de raffinerie et une usine de polypropylène de 600 000 tonnes par an. Ce projet correspond à l’infrastructure qui allait devenir le complexe de raffinage et de pétrochimie de Dangote à Lekki, au Nigeria. C’était aussi le plus gros deal de la firme d’ingénierie indienne.
EIL a ensuite participé à la réalisation de l’installation en tant que consultant technique. Mise en service depuis, la raffinerie dispose d’une capacité de 650 000 b/j et produit notamment de l’essence, du diesel, du carburéacteur et du polypropylène.
La société indienne supervise aussi le projet destiné à porter la capacité de raffinage du complexe à 1,4 million de b/j d’ici 2029. Dangote prévoit également de faire passer sa production de polypropylène de 830 000 à 2,4 millions de tonnes par an, en rénovant l’unité existante et en installant de nouveaux équipements.
Un partenariat qui accompagne l’expansion africaine
Avec le projet de Lamu, EIL intervient désormais sur une nouvelle étape de la stratégie de développement du raffinage de Dangote, après avoir accompagné la construction puis l’extension de son principal complexe nigérian.
L’infrastructure kényane doit par ailleurs s’inscrire dans un dispositif régional plus vaste. Dangote prévoit, en effet, une liaison par pipeline entre Lamu et l’Éthiopie, ainsi qu’une autre entre Djibouti et l’Éthiopie, dans le cadre d’un projet de réseau de 4 000 km destiné à connecter des pays enclavés de la région.
La raffinerie de Lamu viendra ainsi compléter le développement du complexe de Lekki. Pour Dangote, le projet kényan constitue une nouvelle implantation dans le raffinage et la pétrochimie en Afrique de l’Est, tandis qu’EIL poursuit l’accompagnement technique du groupe sur plusieurs de ses principaux projets industriels.
Olivier de Souza
Édité par Wilfried ASSOGBA
Le Nigeria élargit les instruments destinés à financer le renouvelable décentralisé, devenu central dans sa stratégie d’accès à l’électricité. Un nouveau fonds de 300 millions $ rejoint plusieurs mécanismes déjà lancés pour attirer davantage de capitaux sur ce marché.
Le lancement commercial du Nigeria Distributed Renewable Energy Fund vient s’ajouter aux nombreux mécanismes de financement déjà déployés au Nigeria pour soutenir les mini-réseaux et le solaire autonome, appelés énergies renouvelables distribuées (ERD). Annoncé la semaine dernière à New York, le fonds est cogéré par la Nigeria Sovereign Investment Authority (NSIA) et Africa50 et doit désormais passer de sa structuration au déploiement de capitaux.
The commercial launch of the Nigeria Distributed Renewable Energy (DRE) Fund marks an important step towards mobilising capital at scale for distributed renewable energy and advancing energy access in Africa.
— International Solar Alliance (@isolaralliance) September 21, 2026
ISA welcomes this milestone as a strong example of how strategic… pic.twitter.com/Tmk0hN6ETX
Le véhicule cherche notamment à mobiliser du financement privé et institutionnel. La Banque mondiale y apporte une contribution initiale de 25 millions USD via l’Association internationale de développement (IDA). « Notre contribution initiale de 25 millions $ de l’IDA reflète notre engagement à rapprocher les sources de financement », a déclaré Anna Bjerde, directrice générale des opérations du Groupe de la Banque mondiale.
Cette approche rejoint plusieurs mécanismes déjà déployés. DARES, programme de 750 millions USD financé par la Banque mondiale, combine notamment subventions et investissements privés et vise 1 225 mini-réseaux. En avril, la Société financière internationale (IFC) et Norfund ont annoncé jusqu’à 83,2 millions USD de dette pour cinq entreprises du secteur, tandis qu’une facilité de financement mixte de 188 millions USD, la Green Finance and Investment Facility (GFIF), a été lancée en mai pour 40 mini-réseaux interconnectés.
Ces financements interviennent dans un pays où plus de 37 % de la population n’avait pas accès à l’électricité en 2024 et où la fiabilité du réseau reste un défi. Ce défit favorise le recours aux générateurs à diesel, coûteux et polluants, que les solutions solaires peuvent notamment remplacer. Selon le National Energy Compact, les ERD constitueraient une solution d’électrification la plus immédiate et à moindre coût pour plus de 60 millions de Nigérians.
L’ampleur du besoin explique aussi la multiplication des mécanismes. Le même document chiffre à 14,8 milliards USD les investissements hors réseau nécessaires d’ici 2030, dont 10,5 milliards USD attendus du privé, et identifie encore le manque de financements de long terme en monnaie locale parmi les freins au secteur. Le nouveau fonds élargit donc ainsi les canaux disponibles, mais avec toujours le défis de convertir cette architecture financière croissante en projets et en nouvelles connexions effectives.
Abdoullah Diop
Kinshasa cherche à faciliter l’accès de ses entreprises aux marchés extérieurs tout en diversifiant ses partenaires commerciaux. Avec le Royaume-Uni, l’enjeu est de mieux exploiter un accès préférentiel déjà acquis. Avec l’Ukraine, il s’agit de mettre en place le cadre permettant d’intensifier les échanges.
La RDC prépare la signature d’un mémorandum d’entente avec le Royaume-Uni pour renforcer le partenariat commercial lancé en novembre 2025, ainsi que la conclusion d’un accord commercial bilatéral avec l’Ukraine. Ces deux démarches ont été annoncées le mardi 22 septembre par le ministère du Commerce extérieur.
Avec Londres, le futur mémorandum devrait notamment porter sur la formation des producteurs et exportateurs congolais aux normes sanitaires et phytosanitaires, avec l’appui du British Standards Institution (BSI), l’organisme britannique de normalisation. Il devrait également inclure un accompagnement des producteurs locaux ainsi que la digitalisation des postes frontaliers à arrêt unique.
Une équipe mixte d’experts dispose d’un délai d’une semaine pour finaliser le document, selon le ministère.

Cette démarche intervient alors que la RDC profite déjà d’un accès préférentiel au marché britannique. Selon les autorités congolaises, 99,8 % des produits congolais sont exemptés de droits de douane au Royaume-Uni dans le cadre du partenariat lancé en novembre 2025.
Malgré ces conditions préférentielles, les échanges restent limités. Selon les dernières données disponibles, les échanges de biens et services entre le Royaume-Uni et la RDC ont atteint 145 millions de livres sterling (192,8 millions $) au cours des quatre trimestres achevés fin mars 2026, en baisse de 21,2 % sur un an. Les exportations britanniques vers la RDC ont reculé de 6,3 %, à 105 millions de livres, tandis que les importations en provenance de la RDC ont chuté de 44,4 %, à 40 millions de livres.
La RDC cherche aussi à ouvrir un nouveau marché avec l’Ukraine
Kinshasa travaille parallèlement à la conclusion d’un accord commercial bilatéral avec l’Ukraine. Des missions commerciales croisées devraient être organisées entre les deux pays avant le forum économique de Londres.
Cette relation commerciale reste moins structurée que celle avec le Royaume-Uni, mais les deux pays ont déjà engagé une coopération dans plusieurs domaines, dont l’agriculture et la sécurité alimentaire.
En novembre 2025, Kiev avait affiché sa volonté de renforcer les relations d’affaires avec la RDC et de soutenir le développement de son secteur agricole, dans le cadre du programme « Food from Ukraine ». En janvier 2026, les autorités ukrainiennes ont de nouveau exprimé cette volonté de coopération.
Carelle Yourann (stagiaire)
Edité par M.F. Vahid Codjia
Pôle économique de premier plan sur le continent et exportateur majeur de pétrole, le Nigeria cherche maintenant à diversifier son économie à travers le développement d’autres filières encore marginales. Parmi celles-ci figure le secteur minier, dont le potentiel est estimé à 700 milliards USD.
Présent à New York dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations Unies, le ministre nigérian des Mines, Dele Alake, a présidé mardi 22 septembre une réunion intergouvernementale consacrée aux perspectives de développement des richesses minérales du continent. Ce rendez-vous semble toutefois s’inscrire dans un agenda plus large pour Abuja engagé depuis quelques mois dans des discussions avec Washington autour d’un partenariat dans le domaine des minerais critiques.
On the sidelines of UNGA 81 in New York, I hosted a meeting of the Africa Minerals Strategy Group with mining investors, development partners and Ministers responsible for Solid Minerals across Africa.
— Dele Alake (@AlakeDele) September 22, 2026
Representing HE President Bola Ahmed Tinubu, Vice President Kashim Shettima… pic.twitter.com/1GGlILJJs1
Cette dynamique s’est particulièrement accélérée cette année, avec plusieurs déplacements du ministre aux États-Unis, notamment dans le cadre de rencontres organisées autour de l’Africa Minerals Strategy Group (AMSG), une plateforme continentale de coopération entre ministres africains chargés des mines. La réunion de cette semaine s’inscrit d’ailleurs dans cette série d’initiatives, après une précédente rencontre tenue le 23 août dernier. Quelques semaines plus tôt, Dele Alake s’était également rendu à la Maison Blanche pour des échanges avec des représentants américains, au cours desquels les deux parties avaient affiché leur volonté de « collaborer sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’exploration et de l’exploitation minière jusqu’à la transformation ».
I led our delegation from the Nigeria Solid Minerals Company to the White House for a series of focused discussions with David Copley at the U.S. National Security Council and Diana London from the DCI Group.
— Dele Alake (@AlakeDele) August 4, 2026
Our focus is building a real, investment-driven partnership between… pic.twitter.com/YjZH8W3FJ3
Cette déclaration avait ouvert la voie à une nouvelle étape annoncée le 13 septembre, avec la perspective de signer un mémorandum d’entente lors de l’Assemblée générale de l’ONU afin d’approfondir la coopération bilatérale dans le secteur. Une succession d’initiatives qui traduit un rapprochement désormais plus marqué entre Abuja et Washington, sans toutefois permettre encore d’en mesurer la portée concrète. Car au-delà des déclarations d’intention, la question est désormais de savoir ce que ce partenariat permettra de mettre en œuvre. Sa signature pourrait apporter les premiers éléments de réponse, mais c’est surtout la feuille de route qui l’accompagnera, ainsi que les projets susceptibles d’en découler, qui permettront d’apprécier la portée de cette nouvelle étape.
Les intérêts des deux parties peuvent en effet se rejoindre. Washington cherche à renforcer son accès aux chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, tandis que le Nigeria veut attirer davantage de capitaux et de technologies pour développer un secteur minier encore largement sous-exploité et diversifier une économie fortement dépendante des hydrocarbures.
Le pays dispose notamment de ressources en lithium, en fer et en terres rares, dont certaines suscitent déjà l’intérêt des États-Unis sur le continent, à travers des partenariats conclus en République démocratique du Congo (RDC) et des mécanismes de financement destinés à soutenir des projets ciblés.
Aurel Sèdjro Houenou
Édité par Wilfried ASSOGBA
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En Angola, le gouvernement manifeste depuis plusieurs années son intérêt pour la relance d’une filière coton en déclin. Dans cette perspective, les autorités cherchent désormais à renforcer les capacités de production et à structurer davantage la chaîne de valeur afin de favoriser son développement.
L’Angola cherche au Brésil des opportunités d’investissement et de coopération pour développer sa filière coton. Selon les informations relayées le 18 septembre dernier par l’Agence angolaise de presse (ANGOP), une délégation du ministère de l’Industrie et du Commerce et de la Banque de développement d’Angola (BDA) s’est rendue à Brasília dans le cadre d’une mission consacrée au secteur cotonnier.
La délégation a notamment échangé avec la direction de l’Association brésilienne des producteurs de coton (ABRAPA) sur l’expérience du pays en matière de production, de structuration de la chaîne de valeur, d’innovation technologique et d’accès aux marchés internationaux. Elle a également visité le Centre brésilien de référence en analyse du coton (CBRA), où elle a pris connaissance des procédés d’analyse et de contrôle de la qualité de la fibre.
Cette mission constitue une nouvelle manifestation de l’intérêt des pouvoirs publics pour la relance de la filière coton. Elle intervient quelques mois après l’assouplissement, par Luanda, de sa réglementation sur les organismes génétiquement modifiés (OGM). Depuis le 15 mai 2026, en effet, l’Angola autorise, sous certaines conditions réglementaires, l’importation et la production de semences génétiquement modifiées de coton et de ricin après plus de 20 ans d’interdiction.
Si les autorités n’ont pas précisé les motivations de cette évolution, celle-ci intervient dans un contexte où Luanda cherche à relancer une filière dont les performances restent éloignées des ambitions affichées. Selon les données de la FAO, l’Angola n’a produit que 3 300 tonnes de coton graine en 2024, sur 5 836 hectares, alors qu’un plan de relance lancé en 2014 visait une production annuelle de 100 000 tonnes. Les variétés de coton génétiquement modifiées peuvent notamment être utilisées pour améliorer la protection des cultures contre certains ravageurs.
Dans ce contexte, le rapprochement avec le Brésil présente un intérêt particulier pour Luanda. Le pays est le troisième producteur mondial de coton après la Chine et l’Inde, et le premier exportateur mondial de la fibre. En 2025/2026, le pays d’Amérique du Sud a enregistré une production de 4 millions de tonnes de coton, tandis que ses exportations ont totalisé près de 3,4 millions de tonnes.
La filière brésilienne se caractérise également par une forte adoption des biotechnologies. Selon un rapport de l’USDA publié en décembre 2025, les variétés de semences génétiquement modifiées représentaient 99 % des superficies de coton cultivées au Brésil durant la campagne 2024/2025. Ces technologies comprennent notamment des caractères de résistance à certains insectes. Leur utilisation s’inscrit toutefois dans un modèle plus large reposant également sur la recherche variétale, la mécanisation, le contrôle de la qualité et l’organisation de la commercialisation.
Un modèle brésilien déjà convoité ailleurs en Afrique
Il convient également de noter que l’expérience brésilienne est déjà mobilisée dans d’autres filières africaines en l’occurrence le Sénégal et le Nigeria. Lors de la campagne 2024/2025 par exemple, le rendement cotonnier sénégalais a progressé de 50 % pour atteindre 1,26 tonne par hectare, soit le niveau le plus élevé de la zone CFA, selon le Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA) durant cette campagne. Le directeur général de la Société de développement et des fibres textiles du Sénégal (Sodefitex), Papa Fata Ndiaye, avait alors attribué ce gain de productivité à l’utilisation de semences améliorées issues d’une collaboration avec le Brésil.
Le Nigeria a, de son côté, engagé une coopération avec Brasília sur un volet davantage axé sur la technologie. En août 2025, les deux pays ont signé un protocole d’accord dans les domaines de la science, de la technologie et de l’innovation, avec un volet consacré au coton. Celui-ci prévoit une coopération dans la biotechnologie, l’optimisation des cycles de culture, la résistance aux ravageurs et les essais de performance des semences.
Pour l’Angola, l’enjeu sera désormais de déterminer si les échanges engagés à Brasília peuvent déboucher sur des investissements, des transferts de technologies ou des partenariats susceptibles d’accompagner la reconstruction de sa chaîne de valeur cotonnière.
Stéphanas Assocle
Édité par Wilfried ASSOGBA
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Le Sénégal cherche à mieux exploiter les données et l’IA pour stimuler l’innovation, améliorer les services publics et renforcer la compétitivité de l’économie. Une feuille de route nationale, élaborée avec l’appui de Smart Africa et de la GIZ, doit désormais guider cette démarche.
Au Sénégal, un atelier national a été organisé les lundi 21 et mardi 22 septembre afin de valider le « Blueprint » (feuille de route) sur la valorisation des données.
Élaboré depuis juin avec l’appui de Smart Africa et de la GIZ dans le cadre du programme « Data Governance in Africa », ce document vise à « faire des données un levier de création de valeur économique, sociale, environnementale et institutionnelle », en favorisant leur exploitation par les administrations, les entreprises et les citoyens.
Selon le ministère sénégalais des Télécommunications et du Numérique, l’atelier de validation vise à affiner cette feuille de route ainsi que les mécanismes de mise en œuvre et de suivi-évaluation, à la suite des travaux préparatoires menés notamment lors des consultations des 1er et 2 juillet 2026. Ces consultations ont permis d’identifier des cas d’usage des données et de l’IA dans plusieurs secteurs.
Ces travaux ont également débouché sur un inventaire et une cartographie de l’écosystème national des données, constituant une première base de travail.
Des investissements pour soutenir la transformation numérique
Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la Vision Sénégal 2050, du New Deal Technologique, de la Stratégie nationale des données et de la Stratégie nationale d’intelligence artificielle. Cette ambition s’accompagne d’un effort financier. Le Sénégal prévoit de mobiliser 1105 milliards FCFA, soit environ 1,9 milliard de dollars, pour devenir un hub technologique à l’horizon 2034.
Le pays peut également compter sur des investissements privés. La société américaine de cybersécurité Cybastion prévoit de mobiliser environ 300 millions de dollars pour des projets liés notamment à la cybersécurité, aux centres de données, au transfert de technologies et au renforcement des compétences.
Le Sénégal dispose toutefois de marges de progression dans la transformation numérique. Dans l’édition 2024 de l’indice des Nations unies sur le développement de l’administration en ligne, il est classé 135e sur 193 pays, avec un score de 0,5162 sur 1.
Pour accompagner ce chantier, le budget 2026 du ministère des Télécommunications et du Numérique atteint 81,06 milliards FCFA, dont près de 60 % sont consacrés à l’investissement.
Charlène N’dimon
Edité par M.F. Vahid Codjia
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Du Ghana au Burkina Faso, en passant par le Mali et la Côte d’Ivoire, le message est le même : limiter la contrebande d’or et orienter davantage de flux artisanaux vers les circuits officiels. Derrière cette formalisation se trouve toutefois une économie qui fait vivre des millions de personnes.
Le mercredi 16 septembre, le GoldBod indiquait avoir échangé, au cours des 12 derniers mois, avec sept pays africains intéressés par son modèle d’organisation de la filière aurifère artisanale au Ghana. Cet intérêt, qui illustre l’essor des politiques de formalisation sur le continent, avec l’orientation croissante des flux vers les réseaux officiels, offre aussi l’occasion d’élargir les enjeux à l’intégration réelle des mineurs artisanaux, pour qui cette activité constitue souvent la principale source de revenus.
Penser l’étape d’après…
Longtemps source de manque à gagner pour les États en raison de la contrebande et de son caractère largement informel, l’exploitation aurifère artisanale et à petite échelle (ASM) semble aujourd’hui amorcer une nouvelle trajectoire sur le continent. Du Ghana au Burkina Faso, les dispositifs mis en place par les autorités permettent de mieux capter les volumes produits par les petits exploitants et de les orienter vers les circuits officiels. Ceux-ci ne permettent toutefois pas encore de mesurer avec la même précision le nombre de producteurs à l’origine de ces volumes, ni les effets de cette formalisation sur leurs activités.
Le cas ghanéen illustre ce décalage. Le modèle du GoldBod repose en effet sur un réseau d’acheteurs agréés auprès desquels les producteurs peuvent vendre leur or, avant que ces volumes ne soient revendus à l’organisme public. GoldBod indique que ce dispositif a contribué à porter les exportations d’or artisanal de 63,6 tonnes en 2024 à 103 tonnes en 2025. En revanche, l’organisme ne fournit pas de données permettant de déterminer combien de producteurs se trouvent derrière ces volumes. On retrouve une situation comparable au Burkina Faso et en Tanzanie, où les comptoirs publics et les marchés dédiés ont également contribué à accroître la place des flux artisanaux dans les statistiques officielles, sans que le nombre de producteurs à leur origine soit documenté.
Cette limite prend une importance particulière au regard du poids économique de l’ASM. L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) estime que l’exploitation minière artisanale et à petite échelle, dont l’or constitue la principale composante, fait vivre directement plus de 40 millions de personnes en Afrique et profite indirectement à plus de 150 millions d’autres. Au Ghana, les estimations vont jusqu’à un million de personnes directement employées dans les mines artisanales d’or.
L’enjeu est donc désormais d’aller au-delà de la seule captation des flux. Il s’agit de pouvoir retracer davantage l’or jusqu’aux sites et aux producteurs qui en sont à l’origine, mais aussi de mieux identifier ces derniers, leur activité et leur contribution à l’économie locale. Car mieux capter l’or ne revient pas à formaliser dans le même temps l’économie qui le produit. Pour que les producteurs aient intérêt à entrer dans les circuits officiels et à y rester, les dispositifs doivent aussi leur apporter des avantages concrets en matière d’accès au marché, de financement, d’équipements ou d’accompagnement.
C’est précisément dans cette perspective que l’Intergovernmental Forum on Mining (IGF) envisage la formalisation de l’or artisanal. Dans une note publiée en 2025, l’organisation la présente comme un processus continu combinant cadre légal, autorisations, soutien technique, accès au financement et aux marchés, ainsi que des incitations suffisamment adaptées pour attirer les producteurs vers l’économie formelle. Cette approche rejoint celle de la Banque mondiale, qui appelle à professionnaliser davantage l’ASM et à placer le bien-être social des mineurs au cœur des politiques, notamment à travers de meilleures conditions de travail, la sécurité et la protection sociale.
De premiers pas déjà observés
Des initiatives sont déjà déployées sur le continent pour donner un contenu plus large à la formalisation des filières aurifères artisanales. Au Ghana, le GoldBod travaille ainsi à la mise en place en 2026 d’un système national de suivi et de traçabilité destiné à retracer l’or depuis son extraction jusqu’à son exportation. Un premier programme pilote, annoncé en janvier, doit concerner environ 600 exploitations artisanales et à petite échelle, avant une extension à l’ensemble des opérations alimentant le marché formel.
Cette volonté de mieux connaître l’origine des flux s’accompagne ailleurs de démarches visant davantage directement l’organisation des producteurs. Au Burkina Faso, la formalisation passe désormais par la constitution de coopératives d’artisans miniers, auxquelles sont associés des objectifs d’encadrement technique et social. Au Sénégal, une campagne lancée en septembre prévoit, pour sa part, la délivrance de 10 000 cartes numériques aux orpailleurs de Kédougou et Tambacounda, avec l’objectif notamment de mieux identifier les producteurs et d’encadrer leur accès aux sites formels.
L’enjeu sera désormais de mesurer la portée de ces démarches et leur capacité à produire des effets durables à mesure qu’elles s’élargissent. Car au-delà du volume d’or qui rejoint les circuits officiels, leur réussite se mesurera aussi à la place que les producteurs parviennent à occuper dans cette économie désormais mieux encadrée. C’est à ce niveau que pourra se vérifier si la formalisation des flux débouche réellement sur une transformation plus profonde de l’activité artisanale.
Aurel Sèdjro Houenou
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En Afrique, les vulnérabilités liées à la dette restent élevées malgré la baisse du ratio moyen dette/PIB, passé de 63,7 % en 2024 à 62,8 % fin 2025. La BAD recensait encore 21 pays en situation de surendettement ou à haut risque de surendettement en 2025.
La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont décidé de réformer leur cadre conjoint d’analyse de la viabilité de la dette (Debt Sustainability Framework, DSF) pour les pays à faible revenu. Le conseil d’administration de la Banque mondiale a approuvé les réformes le mardi 15 septembre, avec une entrée en vigueur prévue au second semestre 2027.
La réforme prévoit d’abord un nouveau module consacré à la dette intérieure, afin de mieux mesurer les risques qu’elle fait peser sur les finances publiques, notamment en raison des liens entre les États et les banques. Le cadre intégrera également un module consacré aux besoins de développement à long terme. Celui-ci doit permettre de mieux évaluer l’espace budgétaire disponible pour financer les infrastructures, le capital humain et l’adaptation climatique, ainsi que l’incidence de ces dépenses sur la croissance et les finances publiques.
Le FMI et la Banque mondiale veulent par ailleurs renforcer l’analyse de la capacité d’endettement et revoir certains seuils utilisés pour mesurer les risques. Le nouveau cadre doit notamment mieux distinguer le risque de tensions sur la dette d’une situation de dette effectivement insoutenable. Enfin, les outils de simulation et les tests de résistance seront renforcés, tandis que les institutions souhaitent améliorer la couverture des données sur la dette et encourager davantage de transparence.
Cette réforme intervient dans un contexte de vulnérabilité persistante des finances publiques en Afrique. En 2025, 21 pays africains étaient en situation de surendettement ou à haut risque de surendettement, un nombre inchangé depuis 2023, selon la Banque africaine de développement (BAD). Dans le même temps, le ratio moyen de dette publique rapportée au PIB en Afrique est passé de 63,7 % en 2024 à 62,8 % fin 2025, selon l’Institut de la finance internationale (IIF).
La situation reste toutefois très contrastée. À fin 2025, le Sénégal affichait le ratio dette publique/PIB le plus élevé parmi les pays suivis par l’IIF, à 122,9 %, devant la Zambie (107,2 %), le Mozambique (97,2 %), la République du Congo (93,1 %), la Tunisie (80,6 %) et l’Afrique du Sud (79,4 %).
Un outil pour évaluer la viabilité de la dette
Il faut souligner que le DSF n’est pas un mécanisme d’aide ou de financement. Il s’agit d’un outil d’analyse utilisé conjointement par le FMI et la Banque mondiale pour évaluer la capacité des pays à honorer leurs engagements de dette. Il permet notamment d’identifier les risques de surendettement et d’éclairer les décisions des autorités et de leurs partenaires financiers en matière d’emprunt et de financement.
Depuis sa dernière révision en 2017, le cadre a ainsi fourni une méthode commune pour analyser les risques liés à la dette et contribuer à détecter suffisamment tôt les situations susceptibles de provoquer des tensions sur les finances publiques.
Mais le paysage de la dette a évolué depuis. La dette intérieure occupe une place plus importante, tandis que les pays doivent également financer des besoins croissants en infrastructures, en capital humain et en adaptation au changement climatique. Pour le FMI et la Banque mondiale, ces évolutions nécessitent donc de revoir les outils utilisés pour apprécier la capacité d’endettement des pays.
Parallèlement, des initiatives régionales cherchent à réduire les contraintes liées au financement de la dette en Afrique. La BAD et l’Union africaine travaillent notamment sur le mécanisme africain de stabilité financière, qui pourrait permettre, une fois opérationnel, d’économiser jusqu’à 20 milliards de dollars sur le service de la dette d’ici 2035, selon la BAD.
Ingrid Haffiny
Edité par M.F. Vahid Codjia
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