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Énergie : l’Afrique se tourne vers l’Asie alors que les livraisons de diesel du Moyen-Orient reculent

Énergie : l’Afrique se tourne vers l’Asie alors que les livraisons de diesel du Moyen-Orient reculent
  • Date de création: 31 août 2026 16:05

(Agence Ecofin) - La perturbation des flux de produits pétroliers au Moyen-Orient recompose les approvisionnements africains en carburants. Face aux risques sur les routes maritimes, les raffineurs asiatiques renforcent leur rôle auprès des marchés du continent.

Les exportations asiatiques de diesel vers l’Afrique devraient atteindre en août leur plus haut niveau depuis au moins quatre ans et demi alors que les expéditions en provenance du Moyen-Orient sont tombées à leur plus bas niveau depuis près de neuf ans, rapporte Reuters lundi 31 août. Le déplacement des cargaisons illustre la réorganisation des approvisionnements en produits pétroliers provoquée par les tensions sur les principales routes maritimes du Moyen-Orient.

Selon les données de Kpler, Vortexa, LSEG, l’Asie, Inde comprise, devrait expédier entre 1,8 et 2 millions de tonnes de diesel vers l’Afrique en août, soit environ 13,4 à 14,9 millions de barils. Dans le même temps, les volumes en provenance du Moyen-Orient devraient se limiter à 600 000 à 800 000 tonnes.

Le contraste est important pour un marché africain qui dépendait encore largement du Moyen-Orient. L’an dernier, cette région représentait environ la moitié des importations africaines de diesel, dont 40 % provenaient d’Arabie saoudite, selon Kpler. La baisse actuelle de ces flux oblige donc les acheteurs africains à solliciter davantage d’autres fournisseurs.

Les routes maritimes redessinent les flux

Le changement s’explique d’abord par les risques qui entourent les deux principaux corridors maritimes de la région. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitaient en 2025 environ 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits pétroliers, est perturbé par le conflit avec l’Iran. Plus à l’ouest, les attaques des Houthis et les risques persistants dans le détroit de Bab-el-Mandeb compliquent également les mouvements de navires saoudiens vers l’Afrique.

La raffinerie saoudienne de Jazan illustre concrètement cette contrainte. Ses expéditions de diesel vers l’Afrique sont tombées à zéro en août, contre 163 000 tonnes en juillet, d’après Kpler. La baisse des opérations de certaines installations de Saudi Aramco a également limité les disponibilités destinées à l’exportation.

Pour les importateurs africains, l’enjeu dépasse toutefois la seule disponibilité des cargaisons moyen-orientales. Le continent reste fortement dépendant des importations de carburants raffinés, ce qui le rend sensible aux perturbations des routes commerciales mondiales. La crise autour d’Ormuz l’avait déjà montré : malgré des flux directs relativement limités vers l’Afrique, la réorganisation du commerce mondial avait contribué à faire monter les prix et à provoquer des difficultés d’approvisionnement dans plusieurs pays.

L’Asie profite d’une fenêtre commerciale

Le déplacement des cargaisons vers l’Asie répond aussi à une logique de marché. L’écart entre les prix des produits pétroliers à l’est et à l’ouest s’est suffisamment creusé pour rendre les expéditions asiatiques vers l’Afrique plus intéressantes.

Le différentiel est-ouest du diesel s’est établi à -135 dollars par tonne en août, contre -100 dollars en juillet. Dans le même temps, les marges des raffineries asiatiques ont progressé, atteignant en moyenne 66 dollars par baril contre 61 dollars un mois plus tôt. Cette amélioration encourage les raffineurs à augmenter leur production.

La reprise des capacités de raffinage en Asie et le retour des exportations chinoises renforcent cette disponibilité. À Singapour, la prime du diesel au comptant est ainsi retombée autour de 4 dollars par baril, son niveau le plus faible depuis un mois, signe d’une offre spot plus abondante.

Cette configuration permet donc aux raffineurs asiatiques de répondre à une partie du déficit laissé par le Moyen-Orient. Elle ne constitue pas pour autant une transformation durable des circuits d’approvisionnement : elle reste liée aux conditions de transport et aux écarts de prix qui rendent actuellement l’arbitrage rentable.

Pour l’Afrique, l’épisode met surtout en évidence la sensibilité du marché du diesel aux perturbations extérieures. Tant que les risques continueront de peser sur Bab-el-Mandeb et Ormuz, les importateurs devront composer avec des flux davantage dépendants des arbitrages entre régions productrices, tandis que l’Asie apparaît comme l’un des principaux relais capables de réorienter rapidement ses cargaisons vers le continent.

Olivier de Souza

Édité par Wilfried ASSOGBA

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