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FIFA Forward Enterprise : le dilemme à 2 milliards USD du football africain

FIFA Forward Enterprise : le dilemme à 2 milliards USD du football africain
  • Date de création: 31 juillet 2026 10:23

(Agence Ecofin) - Depuis 2016, la FIFA a investi plus d’un milliard USD dans le football africain. Alors que Gianni Infantino vise une réélection en 2027, le président de l’organisation a dévoilé un plan d’augmentation des revenus des associations membres.

Moins de deux semaines après la finale de la Coupe du monde 2026, une autre bataille s’ouvre au sommet du football mondial, loin des terrains cette fois-ci. La création de FIFA Forward Enterprise oppose désormais la FIFA à plusieurs confédérations et place l’Afrique comme l’une des principales arbitres. En échange de leur soutien à l’initiative, chacune des 54 fédérations du continent pourrait recevoir jusqu’à 40 millions USD dans les années à venir. Une promesse difficile à écarter pour des organisations aux ressources limitées, mais qui les conduirait à approuver un projet susceptible de provoquer une fracture durable de ce sport.

La FIFA veut transférer à FIFA Forward Enterprise ses activités commerciales et opérationnelles liées à la Coupe du monde et à ses autres compétitions. Valorisé à 20 milliards USD, le nouvel ensemble ouvrirait jusqu’à 20 % de son capital à des investisseurs extérieurs afin de lever jusqu’à 4,2 milliards USD. L’instance mondiale conserverait une participation majoritaire et affirme que les nouveaux actionnaires ne disposeraient d’aucun pouvoir sur les décisions sportives.

« Nous entendons investir massivement jusque dans les régions les plus petites ou les plus isolées de la planète football […] Chaque association membre de la FIFA, quelles que soient sa taille, ses ressources ou sa situation géographique, aura son mot à dire et la possibilité de tracer sa propre voie », assure Gianni Infantino, le président de la FIFA.

Une offre difficile à refuser pour l’Afrique

Ces revenus supplémentaires reposent sur deux mécanismes. Le premier porterait à 20 millions USD le financement accordé à chaque association membre par le biais de FIFA Forward pour la période 2027-2030. Le second prévoit, sur une base facultative, jusqu’à 20 millions USD supplémentaires pour des projets d’infrastructures ou de développement via FIFA Fast-Forward. L’Afrique peut peser sur son destin, car FIFA Forward Enterprise doit être approuvée par une majorité des associations nationales. Or, le continent dispose de 54 voix, soit plus du quart des 211 membres.

Pour les fédérations africaines, le dispositif représente un plafond théorique de 2,16 milliards USD : 1,08 milliard au titre de FIFA Forward et autant via Fast-Forward. Tout cet argent ne serait pas entièrement nouveau, puisque 8 millions USD par association étaient déjà prévus. Les précédentes enveloppes donnent une idée du changement d’échelle. Depuis 2016, FIFA Forward a mobilisé plus de 1,06 milliard USD en Afrique, en faveur d’infrastructures sportives et de compétitions nationales.

Pour les fédérations les moins dotées, l’enjeu dépasse la trésorerie. Ces fonds peuvent financer des terrains, des compétitions de jeunes, la formation des entraîneurs ou le football féminin sans attendre les arbitrages d’États très sollicités. Les seuls 20 millions USD du programme représentent plus de quatre fois les recettes de 2,6 milliards FCFA enregistrées par la Fédération sénégalaise de football en 2024. En Côte d’Ivoire, la même somme approcherait la moitié du budget 2025 de la fédération, fixé à 24,7 milliards FCFA, un record incluant le nouveau siège de la Fédération.

Le prix d’une manne immédiate

C’est précisément l’importance de cette promesse qui alimente les critiques. Le 30 juillet, la confédération européenne (UEFA) et ses 55 associations ont rejeté unanimement le projet. Elles estiment que l’entrée d’investisseurs transformerait la rentabilité en obligation permanente et ferait peser leurs attentes sur les calendriers, les formats des compétitions et les décisions commerciales. Les pays européens menacent même de ne participer à aucune compétition de la FIFA tant que la proposition ne sera pas entièrement abandonnée.

La Concacaf, dont 35 membres sur les 41 sont affiliés à la FIFA, a aussi rejeté FIFA Forward Enterprise. La confédération nord-américaine, centraméricaine et caribéenne dénonce un délai de décision trop court, l’absence d’examen par les organes compétents de la FIFA et le manque de transparence. La Confédération asiatique affirme, elle aussi, ne pas avoir été consultée. L’Océanie examinera la proposition en août, tandis que la Confédération sud-américaine ne s’était pas encore publiquement prononcée au moment de la publication.

La Confédération africaine de football (CAF) reste, pour l’instant, en retrait de cette opposition. Elle a annoncé une réunion de son Comité exécutif pour évaluer la proposition et demandé à ses associations membres de participer aux consultations. Elle rappelle toutefois son objectif d’augmenter les ressources disponibles pour le développement du football africain, sans prendre position sur l’ouverture du capital aux investisseurs.

Cette prudence accroît le poids du continent. Le projet doit obtenir le soutien d’une majorité des 211 associations de la FIFA, soit au moins 106 voix. Si les 55 membres européens et les 35 membres de la Concacaf affiliés à la FIFA traduisent leur rejet en votes négatifs, cette dernière devra réunir au moins 106 soutiens parmi les 121 associations restantes. Les 54 voix africaines représenteraient alors plus de la moitié des appuis encore nécessaires.

Alors que la FIFA a donné jusqu’au 19 septembre aux associations membres pour donner leur accord (ou leur désaccord) à l’initiative, les fédérations africaines n’ont cependant que quelques semaines pour prendre une décision. Elles devront arbitrer entre l’augmentation immédiate des financements qui leur sont promis et le partage, à long terme, d’une partie de la valeur commerciale du football mondial.

Emiliano Tossou

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