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Expo : « Le panorama du Congo », autopsie d’une fake news coloniale

Expo : « Le panorama du Congo », autopsie d’une fake news coloniale
  • Date de création: 30 juillet 2026 09:56

(Agence Ecofin) - La « mission civilisatrice », discours politique et idéologique prôné par plusieurs auteurs occidentaux, présente la domination européenne comme un projet d’éducation, de modernisation et de progrès, dans une Afrique en proie à la « barbarie ».

Jusqu’au 27 septembre prochain, la fresque « Le panorama du Congo » fait l’objet d’une exposition qui prend des allures de démontage historique à l’AfricaMuseum de Tervuren, en Belgique, où l’histoire se réécrit à travers un regard critique sur des vérités occultées de la colonisation.

Depuis presque un an, l’œuvre picturale monumentale, cosignée par Alfred Bastien et Paul Mathieu de retour d’un voyage d’étude, et destinée à rehausser l’image de la Belgique lors de l’exposition universelle de Gand en 1913, suscite beaucoup d’intérêt et alimente les débats.

Une exposition interactive qui questionne

À l’entrée de l’exposition, les visiteurs découvrent une reproduction réduite du « Panorama du Congo » à l’échelle de 1/9. À côté, une installation sonore interroge : qui est entendu ? Qui reste silencieux ? Qui n’a jamais la parole ? En contrepoint, des enregistrements de chants interprétés par des Congolais, réalisés à la même époque que le panorama, créent une saisissante dissonance avec l’imagerie coloniale.

Dans le cadre de l’exposition, des rencontres ont été organisées à Kinshasa et dans le Kongo-Central, région représentée dans le panorama, pour analyser cette œuvre coloniale jamais destinée au regard congolais. Les réactions rapportées témoignent d’une forte charge émotionnelle.

« La peinture est opaque, c’est comme si on était dans un paradis. C’est du marketing économique », a réagi Jean-Claude Kindula, artiste, dans le dossier de presse officiel de l’AfricaMuseum.

Une installation vidéo, conçue par la poétesse Joëlle Sambi, utilise la force des mots pour mettre en lumière les silences dissimulés derrière les coups de pinceau du panorama : « Vous les avez repérées, les incohérences ? Est-ce que vous avez compris ? Le Panorama du Congo est un trompe-l’œil géant, une machine à fabriquer du mensonge. Une propagande à l’ancienne qui, sous ses airs de fresque pacifique, cache un système de mort ».

panorama

Décryptage d’une œuvre polémique

L’Exposition universelle de Gand de 1913 s’inscrivait dans un contexte où la Belgique cherchait à restaurer son image internationale après les critiques suscitées par la gestion de l’État indépendant du Congo sous Léopold II. Elle visait en outre à illustrer l’essor économique du territoire colonial et à mettre en évidence l’action des congrégations missionnaires dans la transformation de la colonie.

« Le Panorama du Congo » est un immense tableau circulaire, mesurant 115 mètres de long et 14 mètres de haut. Il illustre le paysage des environs du port de Matadi en République démocratique du Congo (RDC) avec des scènes mêlant vie pastorale et indigène.

L’œuvre participe de cette volonté de présenter une image positive de l’entreprise coloniale belge. Elle montre des représentations idéalisées des Congolais accueillant les Européens, cachant les réalités de domination, de corvées imposées et de spoliations.

Cette mise en scène idéalisée du Congo colonial peut être rapprochée, avec les catégories d’aujourd’hui, d’une forme de désinformation visuelle destinée à promouvoir une image positive de l’entreprise coloniale belge. Une « fake news » qui ne passera pas inaperçue.

Ubrick F. Quenum

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