(Agence Ecofin) - Le Maroc fait partie des pays du monde les plus exposés au stress hydrique. Entre les épisodes récurrents de sécheresse prolongée et l’utilisation intensive d’eau par l’agriculture, les ressources hydriques sont sous tensions depuis quelques décennies.
Au Maroc, les politiques publiques adoptées par le gouvernement pour soutenir l’irrigation, ont activement contribué à la raréfaction progressive des ressources en eau conventionnelles dont dispose le pays. C’est ce qui ressort d’un rapport publié le 28 février dernier par l’Institut royal des études stratégiques (IRES).
Intitulé « L’avenir de l’agriculture au Maroc dans un contexte de la rareté structurelle de l’eau » le rapport indique que la mauvaise gestion de la demande en eau d’irrigation a contribué à l’accélération du tarissement des nappes phréatiques.
« L’insuffisante attention accordée à la maîtrise de la demande en eau de l’agriculture, a fait que le pompage des nappes phréatiques n’a cessé de s’étendre et de s’intensifier. Cette tendance a connu une forte aggravation avec l’avènement, en 2008, du Plan Maroc Vert qui a sans discernement subventionné l’irrigation privée en goutte-à-goutte dans le cadre du Programme national d’économie en eau d’Irrigation (PNEEI) », peut-on lire dans le rapport.
D’après l’IRES, l’irrigation privée qui exploite les nappes phréatiques à travers les forages et puits s’étend sur une superficie équivalente, voire supérieure, à celle des périmètres de grande, petite et moyenne hydraulique qui sont alimentés par des barrages que gèrent des agences étatiques.
« Cette large et rapide expansion de l’irrigation privée est porteuse de risques majeurs pour le Maroc. Elle s’opère en dehors de tout contrôle d’une quelconque instance de régulation et les nappes phréatiques sollicitées se trouvent aujourd’hui dans une situation de surexploitation très avancée », ajoute l’institut.
Alors que la sécheresse prolongée depuis plus de 6 ans affecte la disponibilité en eau de surfaces et pénalise le secteur agricole qui consomme près de 85 % des ressources en eau renouvelables du pays, l’IRES indique quelques pistes de solutions pour une meilleure gestion de l’eau d’irrigation.
Parmi les propositions de l’institut, figurent le renforcement de la surveillance des ressources hydriques par la gendarmerie en vue de lutter contre les pratiques illégales de prélèvement sur les ressources souterraines en milieu rural, la promotion de la production agricole à faible empreinte hydrique, l’accélération du recours à l’irrigation à partir de l’eau de mer dessalée
L’institut préconise également d’établir des contrats de gestion des nappes, définissant des quotas de prélèvement annuels dans le cadre de partenariats public-privé conformes aux principes de gouvernance des biens communs ainsi que la rationalisation de l’exploitation des eaux pluviales afin de mobiliser et d’utiliser ces ressources à petite échelle, pour l’irrigation et l’abreuvement du bétail.
Stéphanas Assocle
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