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Au Burkina Faso, la littérature locale entre à l’université

Au Burkina Faso, la littérature locale entre à l’université
  • Date de création: 29 avril 2026 09:40

(Agence Ecofin) - Alors que les nations africaines cherchent des leviers de souveraineté économique et culturelle, le Burkina Faso mise sur la littérature locale pour former et enraciner une jeunesse diplômée, mais sous-employée.

Au Burkina Faso, l’université est en voie de devenir un vecteur de diffusion de la littérature nationale. C’est l’orientation qui ressort du lancement officiel des activités « Thèmes et Littérature » de la 22e édition de la Semaine nationale de la culture (SNC), le lundi 27 avril. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Adjima Thiombiano, a présidé la cérémonie à l’Université Nazi Boni de Bobo-Dioulasso.

Le choix du lieu n’est pas anodin. Pour la première fois, l’exposition des livres quitte la direction régionale de la Chambre de commerce pour s’installer au cœur d’un établissement universitaire. Un signal fort de l’ambition des autorités.

L’université comme nouveau temple du livre burkinabè

Le dispositif repose sur un partenariat inédit entre la SNC et l’Université Nazi Boni. Le ministre Thiombiano a instruit les présidents d’universités de s’assurer que les ouvrages burkinabè soient disponibles dans chaque bibliothèque. L’objectif affiché est que « chaque étudiant burkinabè apprenne la culture à travers ces œuvres ».

La vision ne s’arrête pas là. Le gouvernement entend élargir l’initiative à toutes les Institutions d’enseignement supérieur et de recherche du pays. Chaque établissement organiserait à son tour des activités littéraires avec la SNC au fil des éditions. Les acteurs du livre soutiennent cet élan. Ils appellent à une meilleure valorisation de la production locale, convaincus que les Burkinabè écrivent et produisent des contenus de qualité.

Jusqu’au 2 mai 2026, panels, cafés littéraires et expositions animeront le site. Une conférence inaugurale a planté le décor intellectuel en interrogeant les leviers pour transmettre, préserver et réinventer les valeurs traditionnelles à l’ère contemporaine.

La culture comme réponse à une jeunesse sans débouchés

L’enjeu dépasse la seule dimension culturelle. Le président de l’Université Nazi Boni, Hassan Bismarck Nacro, l’a dit sans ambages. Pour lui, « la littérature éclaire et construit les consciences, elle nourrit les débats utiles au développement de la nation ». Le président de la commission « Thèmes et Littérature », Salaka Sanou, a rappelé quant à lui la portée symbolique du lieu. « L’évocation du nom de Nazi Boni dans le milieu littéraire est en soi l’évocation d’un mérite, d’un talent, d’une vision et d’une inspiration », souligne-t-il.

Intégrer les œuvres burkinabè dans les bibliothèques instaure une demande institutionnelle directe. C’est aussi un débouché économique concret pour les auteurs locaux. Pour cette édition 2026, 112 œuvres sont déjà en compétition dans le cadre du grand prix national des arts et des lettres, preuve que la production nationale existe et attend un marché organisé.

Cette dynamique s’inscrit pourtant dans un contexte social et économique sous pression. D’après des données citées par la Revue française d’économie et de gestion en 2023, le taux de chômage atteint 34,5 % chez les jeunes burkinabè de niveau supérieur, contre 17,2 % chez ceux de niveau secondaire. Selon l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), au deuxième semestre 2024, 13,8 % des jeunes de 15 à 24 ans n’étaient ni en études, ni en emploi, ni en formation.

Le potentiel économique de la culture est pourtant réel. La contribution des industries culturelles et créatives au PIB est passée de 3,78 % en 2021 à 3,01 % en 2022, malgré un taux de croissance des entreprises culturelles formelles de 13,57 % en 2023. Un secteur en expansion, mais encore insuffisamment structuré.

Face à ce paradoxe, le gouvernement burkinabè a placé la 9e édition des journées de promotion des industries culturelles et créatives, tenue en juillet 2025, sous le thème de l’entrepreneuriat culturel comme catalyseur de développement. Ancrer la littérature dans les universités s’inscrit dans cette même logique. Il reste à transformer cet élan en emplois formels et durables pour la jeunesse burkinabè.

Félicien Houindo Lokossou

Edité par Sèna D. B. de Sodji

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