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Nollywood : Taiwo Hassan, trajectoire d’un mécanicien devenu chantre du cinéma yoruba

Nollywood : Taiwo Hassan, trajectoire d’un mécanicien devenu chantre du cinéma yoruba
  • Date de création: 28 août 2026 08:44

(Agence Ecofin) - Figure transgénérationnelle de Nollywood, Taiwo Hassan laisse derrière lui près de quatre décennies de carrière au service du cinéma yoruba. Devenu « Ogogo » pour des générations de spectateurs, il s’était imposé bien au-delà des écrans comme une véritable icône culturelle.

Il était une fois « Ogogo ». « Je ne pourrais jamais quitter le monde du spectacle », disait-il dans une interview accordée à legit.ng, il y a quelques années. Pourtant, dimanche 23 août, Taiwo Hassan est passé de vie à trépas après un long combat contre le cancer, à l’âge de 66 ans. Il a définitivement quitté la scène pour mieux y rester, car l’immensité de son œuvre continuera à alimenter les générations futures.

Un jumeau incarné, du berceau au 7e art

Ayant vu le jour sous le ciel d’Ilaro, dans l’État d’Ogun, le 31 octobre 1959, Taiwo Hassan a quitté les ateliers de mécanique pour embrasser la scène, avant de s’imposer comme l’un des piliers du cinéma yoruba. Il a passé sa plus tendre jeunesse baignée dans la tradition séculaire yoruba. Il gardera encore pendant longtemps les traces de cette culture qui façonneront son jeu d’acteur.

Selon plusieurs biographies consacrées à l’acteur, sa naissance est liée à une histoire de gémellité sans pareille. Taiwo est le prénom attribué au premier jumeau [NDLR, ìbejì]. Il est né d’une mère qui a donné naissance à quatre paires de jumeaux, dont il serait le seul survivant. Par ailleurs, il affirme que son grand-père était jumeau, de même que son père.

1taiwo hassan ogogo

Représentation des jumeaux ìbejì dans la culture yoruba

Des considérations sociologiques endogènes attribuent souvent à une naissance aussi singulière un avenir particulier, et Taiwo ne semble pas avoir dérogé à la règle. Il symbolise la transition majeure du divertissement nigérian, des récits populaires joués sous les chapiteaux vers la production et la diffusion numérique.

De Taiwo le mécanicien à « Ogogo »

Comme beaucoup d’enfants du Nigeria postcolonial, il a fait des études à Christ Church School, à Ilaro, puis à Lagos, avant de se heurter aux contraintes financières qui l’empêchaient de suivre un cursus académique classique.

Il se tourne alors vers la mécanique automobile au Federal Technical College d’Akoka. Employé plus d’une décennie à la Lagos State Water Corporation, il mène en parallèle une vie de comédien, jusqu’à abandonner définitivement son poste en 1994 pour embrasser le cinéma.

Ses premiers pas sur scène remontent aux années 1970, avant de se formaliser au début des années 1980 sous la tutelle d’Awo Ademola Fabunmi, prêtre Ifa et maître de scène. Cette formation lui confère une maîtrise de la langue et des codes culturels yoruba qui deviendront sa signature.

Avec l’essor de la vidéo domestique, Hassan s’impose comme un pionnier de Nollywood. Le tournant décisif survient en 1996 avec « Owo Blow » de Tade Ogidan. Son rôle lui vaut le prix du meilleur acteur de l’année au THEMA 1997 et propulse sa notoriété au-delà du cercle du cinéma yoruba.

Le surnom « Ogogo », dont il a hérité avec le succès, n’est pas une étiquette pour séduire le public. Taiwo Hassan a toujours rappelé qu’il s’enracine dans l’oríkì familial. Ce panégyrique propre à son lignage est une forme poétique qui exalte les hauts faits et la noblesse clanique.

C’est ainsi que ce nom, porteur de prestige et de mémoire, est devenu l’un des piliers de son identité artistique, transformant une appellation traditionnelle en véritable marque culturelle.

Personnage, rôle et consécration

Taiwo Hassan s’est imposé comme l’un des visages les plus marquants du cinéma yoruba grâce à son interprétation récurrente de figures d’autorité : patriarches, souverains, chefs de communauté ou hommes de pouvoir. Sa présence à l’écran, empreinte de gravité et de charisme, lui a permis de traverser le temps avec une filmographie de plus de 300 œuvres.

Parmi ses titres phares figurent « Omo Ghetto », « Tenant of the House », « Bank Alert », « IGE – The Unlikely Oil Merchant », ainsi que les fresques historiques plus contemporaines « Aníkúlápó » en 2022 et « Aníkúlápó : Rise of the Spectre ».

Au-delà de ses rôles, Hassan a été honoré du City People Movie Lifetime Achievement Award en 2017, consacrant son apport durable à Nollywood. Sa reconnaissance dépasse les frontières : il a reçu une distinction au Parlement du Canada, preuve de son rayonnement international.

Ces accomplissements font de lui un acteur respecté et un symbole de résilience et d’influence culturelle yoruba.

Ubrick F. Quenum

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