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Coton : la remontée des prix ouvre une nouvelle fenêtre d'opportunités pour les exportateurs africains (Afreximbank)

Coton : la remontée des prix ouvre une nouvelle fenêtre d'opportunités pour les exportateurs africains (Afreximbank)
  • Date de création: 28 août 2026 03:28

(Agence Ecofin) - Après une baisse généralisée des prix du coton sur le marché international au cours des trois dernières années, la fibre naturelle a vu un redressement de ses cours ces derniers mois, dans un contexte marqué par le recul de la production mondiale, une demande qui dépasse l’offre et une augmentation des coûts de production du polyester.

Le récent redressement des cours du coton sur le marché international ouvre une nouvelle fenêtre d'opportunités pour les pays africains capables d’augmenter leurs rendements, de développer des industries de transformation locale compétitives et d’améliorer leurs capacités logistiques, selon un rapport publié ce jeudi 27 juillet par la Banque africaine d'import-export (Afreximbank).

Intitulé « Cotton : A global recovery and Africa’s opportunity », le rapport précise que le coton s’est imposé comme l'une des matières premières agricoles les plus performantes durant le premier semestre de l'année 2026. Les contrats à terme de premier mois sur le coton s'échangeaient en juillet dernier à environ 80,5 cents la livre. Ce niveau représente une hausse impressionnante de 35 % par rapport au point le plus bas enregistré au mois de février de l’année en cours. La dynamique des prix marque une véritable rupture avec le cycle baissier prolongé qui avait débuté en 2023, bien que les cours restent plus bas que les sommets historiques qui avaient été atteints lors du super-cycle des matières premières post-pandémie.

Ce rebond des prix est alimenté par une combinaison de plusieurs facteurs. Il s’agit, en premier lieu, de la baisse attendue de la production après les récoltes exceptionnelles observées durant les saisons 2024/2025 et 2025/2026. D’après les prévisions du Département américain de l'Agriculture (USDA), la production mondiale de coton devrait baisser pour atteindre 116 millions de balles lors de la saison 2026/2027 contre 122,7 millions de balles durant la saison précédente, soit un repli de 5,5 %.

À l'inverse, la consommation des usines à travers le monde devrait croître pour atteindre environ 122 millions de balles au cours de la saison 2026/2027. Cela implique que la demande surpassera la production, ce qui réduira mécaniquement les stocks mondiaux de fin de saison à leur niveau le plus bas depuis la saison 2018/2019.

Bien que sa suprématie soit peu à peu défiée par l'expansion fulgurante des industries textiles en Inde, au Bangladesh, au Pakistan et au Vietnam, la Chine demeure le principal moteur de la demande mondiale en fibres. Le géant asiatique pèse, à lui seul, pour plus d'un tiers de la consommation manufacturière mondiale. Selon l'USDA, l'utilisation de coton par les usines chinoises devrait atteindre 41,5 millions de balles pour la saison 2026/2027, soit son plus haut niveau depuis la saison 2010/2011, grâce à l’expansion de la consommation intérieure, à la reconstitution des stocks et à la résilience de la production textile.

Au-delà des fondamentaux classiques liés à l’offre et à la demande, l'année 2026 a mis en évidence une interaction plus forte entre le coton et les marchés internationaux de l'énergie. Bien qu’il soit un produit agricole, la compétitivité du coton reste très influencée par la pétrochimie, puisque son grand substitut, le polyester, est fabriqué à partir de dérivés du pétrole. Ainsi, les variations des prix de l’or noir et du naphta déterminent l'attractivité du coton.

L’augmentation de la valeur ajoutée, vecteur de compétitivité à long terme

Historiquement, l'augmentation de la population, l'urbanisation et la hausse des revenus ont fait grimper la demande mondiale en fibres. Toutefois, cette nouvelle demande a surtout profité aux fibres synthétiques, grâce aux avancées dans la production de polyester, à de nouvelles applications et à des coûts de production structurellement plus bas. En 2025, les fibres chimiques constituaient près de 80% de la consommation mondiale, contre un peu plus de 20 % pour le coton. La hausse des prix de l'énergie en 2026, consécutive aux tensions autour du détroit d'Ormuz, a cependant entraîné une augmentation des coûts de production du polyester, dopant ainsi la compétitivité à court terme du coton.

Le rapport indique d’autre part que la sécheresse qui a frappé la « ceinture du coton » (Cotton Belt) aux États-Unis cette année a réduit les rendements espérés et abaissé les prévisions d'exportation. Malgré quelques pluies salvatrices au début de l'été, l'évaluation des cultures reste en deçà des moyennes historiques, et la production devrait chuter par rapport à la saison passée.

Ailleurs dans le monde, les perspectives ont été également revues à la baisse pour plusieurs exportateurs majeurs, même si l'Inde devrait maintenir une production stable. Le Brésil fait figure de grande exception. Ayant détrôné les États-Unis en tant que premier exportateur mondial de coton, le pays tire profit de son agriculture commerciale à très grande échelle, d'une logistique optimisée et de coûts très compétitifs. Des exportations record sont à nouveau anticipées pour 2026/2027, permettraient au pays d’Amérique latine de consolider son emprise sur le marché mondial.

Dans ce contexte, le redressement des prix devrait permettre aux pays africains exportateurs d’or blanc d’engranger des recettes supplémentaires. La capacité du continent à tirer pleinement parti de l’embellie du marché est cependant limitée par une production stagnante, voire en déclin, dans des pays producteurs majeurs tels que le Tchad, le Cameroun et le Mali. Ces pays subissent les aléas climatiques, la flambée des coûts des intrants et des défis de productivité, ce qui ampute leurs excédents exportables.

La production de ces trois pays pour la saison actuelle est évaluée à 1,3 million de balles, contre 1,9 million durant la saison 2021/2022. Malgré ces contraintes, le coton de certains pays ouest-africains (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Mali) reste extrêmement prisé par les filatures d'Asie pour sa grande qualité, sa traçabilité et son très faible niveau de contamination.

Les producteurs africains subissent également de plein fouet la concurrence écrasante du Brésil, qui domine le marché mondial grâce à ses volumes, ses infrastructures logistiques intégrées et sa capacité à garantir des expéditions massives et fiables.

Le rapport souligne par ailleurs que l'Afrique doit impérativement agir sur trois fronts pour rester compétitive à long terme : améliorer ses rendements, renforcer l'efficacité de sa chaîne d'approvisionnement et investir dans l’augmentation de ses capacités de transformation locale, en développant la filature et l’industrie du textile-habillement.

La Zone industrielle de Glo-Djigbé au Bénin constitue dans ce cadre l’exemple à suivre. Grâce à ce pôle économique spécialisé de 1 640 hectares, le coton qui rapportait naguère au pays environ 40 millions USD en tant que fibre brute a désormais le potentiel de générer jusqu'à 800 millions USD une fois transformé en vêtements finis.

Walid Kéfi

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