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Elon Musk, le Sud-Africain

  • Date de création: 28 janvier 2025 08:54

(Agence Ecofin) - Après ce qu’il décrit comme un salut de l’Empire romain, et que plusieurs personnes ont plutôt vu comme un salut nazi, plusieurs médias se sont interrogés sur les opinions d’Elon Musk concernant les minorités raciales. C’était l’occasion de replonger dans le passé du milliardaire qui, jusqu’à ses 17 ans, a vécu dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, où il est né.

Depuis quelques jours, Elon Musk critique sur X, son réseau social, Wikipédia et son fondateur, Jimmy Wales. Le fondateur de SpaceX reproche à Wikipédia d’évoquer un geste perçu comme un salut nazi lors de l’investiture de Donald Trump en janvier 2025. Pour saluer la foule, Elon Musk a levé la main d’une manière semblable, selon des historiens, au salut nazi.

Selon d’autres, dont l’entrepreneur américain, il s’agissait d’un salut de l’Empire romain. Cela a suffi pour qu’un véritable débat naisse aux États-Unis sur les positions d’Elon Musk concernant les minorités, lui qui est né et a grandi dans l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Le garçon de Pretoria, pas comme les autres

Quand on voit l’excentrique milliardaire propriétaire de SpaceX, Tesla et du réseau social X, la dernière chose qui vient à l’esprit est son origine. Pourtant, si peu de choses semblent le relier au continent africain, Elon Musk y est né le 28 juin 1971, d’un père sud-africain et d’une mère canadienne. Il y a notamment grandi durant la période de l’apartheid, un système de discrimination qui séparait les Sud-Africains blancs des noirs dans l’espace public, sur le plan réglementaire et dans l’accès aux institutions.

Sous le régime de l’apartheid, les Sud-Africains étaient séparés : d’un côté la population blanche, mais aussi les métis, et de l’autre, la population noire. À travers une série de lois, les noirs étaient cantonnés à certaines parties du pays et n’avaient pas accès aux mêmes guichets de gare, aux mêmes écoles, ni même aux mêmes toilettes que les Sud-Africains blancs. Même dans les médias, de l’aveu de Sud-Africains, les populations noires recevaient certains quotidiens avec des pages manquantes.

C’est dans cette ambiance que grandit Elon Musk, dont les parents divorcent alors qu’il a 10 ans. Il décide de rester avec son père, Errol, en Afrique du Sud. Une décision étonnante quand on sait que le jeune homme ne semble pas porter son père dans son cœur. « Il me traitait d’idiot tout le temps. […] Vous n’avez pas idée à quel point mon père est une mauvaise personne », confie le milliardaire, qui n’a pas la meilleure des relations avec son père.

Les deux ne semblent jamais avoir pu se comprendre, et ce, depuis la plus tendre enfance du garçon. Très jeune, il ne répondait pas quand ses parents lui parlaient. Après plusieurs tests, on découvre qu’il ne souffre pas de surdité, mais plutôt du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. Son père semble avoir des difficultés à nouer une relation avec le jeune Elon. Selon les médecins, certains enfants Asperger sont dotés de capacités intellectuelles incroyables.

En journée, Elon Musk passe son temps à regarder par la fenêtre de sa salle de classe, visiblement ennuyé par le programme scolaire. Un jour, le jeune garçon se rend à un séminaire universitaire pour l’enseignement de l’informatique.

« Il devait avoir 11 ans. […] Quand je suis venu le chercher, je l’ai trouvé en train de faire un discours à tous ces adultes en costumes et grosses lunettes autour de lui. Et l’un d’eux m’a dit, ce garçon, il faut lui acheter un ordinateur. J’ai dit : Ok, ça coûte combien ? - 8000 $. Ouh... Mais je lui en ai acheté un et c’est sans doute le meilleur investissement de ma vie », confie Errol Musk. 8000 $ ; un investissement que tous les Sud-Africains ne peuvent pas se permettre. Mais Errol, ingénieur électromécanique sud-africain blanc, n’a pas trop à se plaindre de ses revenus.

Mais, il l’assure, ses enfants ont été élevés avec une conscience des inégalités de l’époque. Pourtant, dans sa biographie rédigée par Walter Isaacson, Errol Musk déclare : « Sans les Blancs, les Noirs seraient retournés dans les arbres ».

Privilégié, mais pas inconscient des inégalités

Élu au conseil municipal de Pretoria en 1972, Errol Musk appartenait au parti progressiste anti-apartheid. Il inscrit ses enfants, y compris le jeune Elon, à Pretoria Boys, une école blanche progressiste dont le directeur aurait participé à la lutte contre l’apartheid. Stanley Netshituka, le premier étudiant noir de l'école, se montre plus nuancé sur les élèves de Pretoria Boys. « Je dirais que la majorité des étudiants étaient béatement ignorants et très heureux d'être béatement ignorants », confie-t-il.

Elon Musk se lie d'amitié avec un cousin de Stanley Netshituka, Asher Mashudu. À l’enterrement de ce dernier, décédé dans un accident de voiture en 1987, Elon Musk est l’un des rares blancs présents. Il quitte finalement l’Afrique du Sud à 17 ans pour éviter de faire son service militaire et part vivre avec sa mère, Maye Haldeman. Entre-temps, avec les 8000 $ dépensés par son père, il obtient son premier ordinateur : un Commodore VIC-20. Il apprend le langage de programmation Basic et développe son premier jeu vidéo, Blastar, à seulement 12 ans.

Le jeu est racheté pour 500 $ par le magazine spécialisé en informatique PC And Office Technology. Il part ensuite pour les États-Unis, où il rejoint l’université Queen’s de Kingston. Il y étudie l’économie d’entreprise, puis s’inscrit, en 1992, à l’Université de Pennsylvanie grâce à une bourse. Après deux stages au sein de la Silicon Valley, il lance avec son frère, à 24 ans, Zip2, sa première entreprise qui a pour objectif d’aider les journaux à se développer sur le web, et s’installe dans la Silicon Valley. En 1999, il vend Zip2 pour 310 millions $. Le reste de l’histoire est connu et permet à Elon Musk de devenir aujourd’hui l’homme le plus riche du monde.

Un narratif sur l’Afrique du Sud remis en cause

Les premières critiques sur la connaissance de l’Afrique du Sud d’Elon Musk datent de 2023 et d’une dispute du milliardaire avec Julius Malema, qui dirige les Economic Freedom Fighters, troisième force politique du pays. Elon Musk lui reproche de vouloir déclencher un génocide des blancs parce qu’il a entonné en public la chanson « Kill The Boers » (les Boers sont des colons blancs d’Afrique du Sud).

Julius Malema a rétorqué qu’Elon Musk ne connaissait visiblement pas grand-chose à l’Afrique du Sud, sachant qu’il s’agissait d’une chanson historique de la période de lutte contre l’apartheid. Depuis, Elon Musk reçoit de nombreuses critiques sur sa situation à l’époque où il vivait en Afrique du Sud. En réalité, il est également pris pour cible à cause des propos de deux autres hommes, ayant, comme lui, soutenu la candidature de Donald Trump aux élections de 2024.

Il s’agit de David Sacks, investisseur et soutien actif de Donald Trump, qui a quitté l’Afrique du Sud à 5 ans pour vivre aux États-Unis, et de Peter Thiel, cofondateur de PayPal, qui a passé une partie de son enfance en Namibie et en Afrique du Sud, où son père travaillait dans une mine d’uranium. Des médias rapportent que Peter Thiel a évoqué lors de ses années universitaires à Stanford l’apartheid comme un système « qui fonctionnait bien sur le plan économique ».

En 1995, Peter Thiel et David Sacks ont publié un livre intitulé The Diversity Myth, qui critique le multiculturalisme et défend la civilisation occidentale. Du côté d’Elon Musk, en dehors de quelques histoires difficiles à sourcer, il n’y a pas énormément de propos sur l’Afrique du Sud. Quoi qu’il en soit, son soutien à des personnalités aux propos polémiques comme Donald Trump, qui a traité les pays africains de "pays de merde" (Shithole Countries ; NDLR), interpelle quand on sait qu’il a grandi en Afrique du Sud.

Cela dit, le matraquage médiatique sur Elon Musk aux États-Unis n’est pas forcément neutre, sachant que de nombreux médias quittent X, nouveau nom de Twitter racheté par Elon Musk, qu’ils accusent de favoriser la désinformation sur la plateforme. Pour Elon Musk, son réseau social est devenu plus fiable que les médias traditionnels.

Servan Ahougnon

Edité par : Feriol Bewa

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