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Au Soudan, l’ONU parie sur l’école pour préparer l’après-guerre

Au Soudan, l’ONU parie sur l’école pour préparer l’après-guerre
  • Date de création: 27 août 2026 09:41

(Agence Ecofin) - Trois ans de guerre ont fait du Soudan le théâtre de la plus grande crise éducative du pays. Des millions d’enfants ont été arrachés à leurs salles de classe, leurs enseignants dispersés et leurs écoles transformées en abris ou en cibles.

Education Cannot Wait (ECW) a annoncé, lundi 24 août, le lancement d’un programme triennal de 22 millions de dollars destiné à soutenir l’éducation au Soudan. L’initiative vise à permettre à 200 000 enfants et adolescents de retrouver un accès à des espaces d’apprentissage sûrs, dont 60 % de filles et 10 % d’enfants en situation de handicap.

Depuis le début du conflit entre les Forces armées et les Forces de soutien rapide en 2023, des millions d’enfants soudanais n’ont plus retrouvé le chemin de l’école. Une situation qui représente la « plus longue période de fermeture d’écoles au monde », d’après l’ONG Save the Children, dépassant même la durée des suspensions pendant la pandémie de COVID-19.

Selon ECW, 8 millions d’enfants restent aujourd’hui hors des établissements scolaires, soit près de la moitié des 17 millions d’élèves en âge de scolarisation. Son initiative ciblera trois États où le conflit et les déplacements massifs ont désorganisé les systèmes éducatifs locaux : le West Darfour, le South Kordofan et le Gedaref.

Des salles de classe transformées en abris

Sur 1 100 instituts évalués au Nord-Darfour, seuls 3 % fonctionnent encore. Un rapport du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) indique par ailleurs que, dans l’ensemble de la région, 81 % des lieux d’enseignement restent fermés et 70 % des enfants n’y vont plus. Plus préoccupant, 5,8 % des établissements servent désormais d’abris de fortune pour les déplacés.

Cet effondrement du système scolaire reflète une crise humanitaire bien plus vaste, avec plus de 14 millions de personnes ayant fui leur domicile depuis le début du conflit et 33,7 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire. Une situation qui fait du Soudan le théâtre de la plus grande crise de déplacement au monde.

Le programme d’ECW agit sur plusieurs fronts à la fois. Il prévoit la création d’espaces d’apprentissage sécurisés et un soutien psychosocial pour les enfants traumatisés. Il renforce aussi les capacités des enseignants et améliore l’accès aux matériels pédagogiques, en traitant en priorité les obstacles spécifiques aux filles et aux enfants handicapés.

L’école comme outil de reconstruction

Pour la directrice d’ECW, Maysa Jalbout, cet investissement dépasse la seule réouverture de salles de classe. Il s’agit d’aider les enfants à retrouver un sentiment de sécurité et de normalité, tout en renforçant des systèmes capables de servir les communautés pendant la crise et au-delà. Son organisation présente l’éducation comme un outil de protection et un levier de reconstruction, capable de briser les cycles de violence et de pauvreté.

Le cas soudanais s’inscrit dans une crise mondiale plus large. ECW rapporte que 258 millions d’enfants en situation de crise subissent des perturbations scolaires, dont 93 millions sont totalement hors de l’école. Près de 80 % d’entre eux se concentrent dans 20 pays. Présente au Soudan depuis 2021, l’organisation y avait déjà mobilisé 28 millions de dollars avant ce nouvel engagement, portant son investissement total dans le pays à 50 millions de dollars.

L’ampleur des besoins reste sans commune mesure avec les moyens engagés. En 2024, le plan régional de réponse pour les réfugiés éducatifs appelait à 109 millions de dollars. Seuls 20 % des fonds ont été mobilisés. Rouvrir les écoles ne suffira pas. Il faudra aussi convaincre les familles que la salle de classe est désormais plus sûre que leurs abris.

Félicien Houindo Lokossou

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