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Nigeria : la filière manioc veut se positionner sur le marché de l’amidon pharmaceutique

Nigeria : la filière manioc veut se positionner sur le marché de l’amidon pharmaceutique
  • Date de création: 25 août 2026 11:54

(Agence Ecofin) - Le Nigeria est le premier producteur mondial de manioc. La filière qui cherche à diversifier les débouchés de cette culture au‑delà des usages alimentaires afin d’accroître la valeur ajoutée créée localement, explore les opportunités offertes par l’industrie pharmaceutique.

L’Association nigériane des acteurs de la filière industrielle du manioc (ICSAN) appelle les transformateurs à se positionner sur le marché de l’amidon de qualité pharmaceutique. Dans un communiqué publié le 20 août dernier, l’organisation estime que l’industrie pharmaceutique nigériane constitue un débouché prometteur pour la filière manioc, alors que la production locale ne répond pas encore suffisamment aux exigences des fabricants de médicaments.

Il convient de noter que l’amidon pharmaceutique est une forme purifiée d’amidon végétal utilisée comme excipient dans les médicaments, principalement pour ses propriétés de liant, de diluant et de désintégrant. Il ne s’agit pas d’un principe actif, mais d’une substance qui aide à donner forme, stabilité et efficacité aux comprimés et gélules.

Une dynamique engagée depuis 2024

Cet intérêt de la filière pour l’amidon pharmaceutique intervient alors que les autorités nigérianes travaillent depuis quelques années à créer des conditions favorables pour l’émergence d’une industrie locale.

En décembre 2024, l’Agence nigériane de développement des médicaments naturels (NNMDA) avait en effet lancé une initiative visant à exploiter les importantes ressources en manioc du pays pour produire localement cet intrant pharmaceutique. L’agence avait alors réuni les acteurs de la chaîne de valeur autour de la production d’amidon de qualité pharmaceutique et mis en avant la nécessité d’une collaboration entre les différents maillons de la filière.

Dans le cadre de ce projet, la NNMDA prévoyait de développer la culture du manioc destinée aux applications pharmaceutiques et de renforcer les capacités des acteurs de la chaîne de valeur. Dans un entretien accordé en janvier 2026 à l’Agence nigériane de presse (NAN), Martins Emeje, directeur général de la NNMDA, indiquait que les travaux de recherche sur la production locale de cet intrant pharmaceutique à partir du manioc étaient achevés à 85 %.

Selon le responsable, l’agence était déjà parvenue à produire son propre amidon pharmaceutique et avait procédé à son évaluation de qualité grâce à un financement obtenu auprès du Sénat. Dans la prochaine phase de développement du projet, la NNMDA prévoit de passer à une phase pilote, avec l’objectif de mettre en place une unité publique de production d’amidon pharmaceutique dans les un à deux ans suivants. « Dans un à deux ans, nous ne présenterons pas seulement l’amidon pharmaceutique au pays, mais également l’installation où il sera fabriqué », a déclaré M. Emeje.

Des importations de 23 millions $ à réduire

L’enjeu de développer ce nouveau maillon de la chaîne de valeur du manioc répond aussi à des considérations économiques. En 2024, la NNMDA estimait à environ 23 millions $ par an la facture des importations nigérianes d’amidon de qualité pharmaceutique.

Pour réduire cette dépendance, l’ICSAN estime toutefois qu’il ne suffit pas de produire davantage d’amidon. Il faut également s’assurer que celui-ci répond aux exigences spécifiques des fabricants de médicaments en matière de pureté, de qualité microbiologique, de fonctionnalité ou encore de traçabilité.

L’association appelle ainsi à renforcer les liens entre les transformateurs de manioc et les fabricants de médicaments, et préconise l’implication de l’Agence nationale nigériane pour l’administration et le contrôle des aliments et des médicaments (NAFDAC), ainsi que celle du Conseil nigérian pour la recherche et le développement des matières premières (RMRDC) pour accompagner les acteurs sur les volets technologique et industriel.

« Les entreprises pharmaceutiques ont besoin d’excipients fiables et conformes aux normes, tandis que les transformateurs de manioc ont besoin de marchés industriels durables capables de justifier les investissements dans la technologie et la qualité. Ces intérêts sont complémentaires », explique l’ICSAN.

Diversifier les débouchés non alimentaires ?

Le développement d’une industrie locale de fabrication d’amidon pharmaceutique à base de manioc peut créer un nouveau débouché pour les transformateurs en dehors de l’industrie alimentaire. Cette stratégie de diversification ne se limite toutefois pas à l’industrie pharmaceutique.

Abuja cherche également à développer des débouchés énergétiques pour le manioc à travers la production de bioéthanol. Depuis 2023, les autorités travaillent ainsi à structurer une filière locale dans ce domaine. En janvier 2026, le gouvernement a d’ailleurs annoncé avoir entamé le processus pour intégrer 14 millions de petits exploitants agricoles à la chaîne de valeur du bioéthanol à base de manioc.

Stéphanas Assocle

Édité par Wilfried ASSOGBA

Lire aussi:

27/01/2026 : Le Nigeria mise sur le bioéthanol pour stimuler l’industrialisation de la filière manioc

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