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Le Sénégal améliore le corridor Dakar - Bamako , mais l’insécurité affecte toujours le fret 

Le Sénégal améliore le corridor Dakar - Bamako , mais l’insécurité affecte toujours le fret 
  • Date de création: 24 août 2026 13:42

(Agence Ecofin) - Le corridor Dakar - Bamako reste l’un des principaux axes commerciaux d’Afrique de l’Ouest, reliant le Mali enclavé au port de Dakar et aux marchés internationaux. Son importance contraste toutefois avec la fragilité de ses infrastructures et son exposition croissante aux risques sécuritaires. 

Le Sénégal vient de renforcer un maillon important de sa principale liaison terrestre avec le Mali. Inaugurée le 22 août à Thiadiaye par le président Bassirou Diomaye Faye, l’autoroute à péage Mbour-Fatick-Kaolack doit améliorer la circulation entre Dakar et les régions centrales et orientales du pays, tout en facilitant l’acheminement des marchandises vers Bamako. 

Mais son impact sur les échanges avec le Mali dépendra aussi des conditions de circulation sur le reste du corridor, où persistent des contraintes logistiques et surtout sécuritaires.

Un levier pour renforcer les échanges avec le Mali 

D’un coût global de 738,7 millions USD, financé à 81,45 % par Exim Bank China et à 18,55 % par l’État sénégalais, l’ouvrage s’étend sur 100 km, auxquels s’ajoutent 15 km de routes de connexion. Il comprend notamment 14 passages supérieurs, 7 passages inférieurs, dont un viaduc de 168 mètres, ainsi que 58 passages agricoles. L’infrastructure doit notamment désengorger la RN1 et réduire les temps de parcours vers les régions de l’intérieur. 

L’enjeu dépasse toutefois les seuls déplacements domestiques. Le Mali constitue le premier marché africain du Sénégal. En 2024, les exportations sénégalaises vers le pays enclavé ont atteint 802,8 milliards FCFA, soit environ 1,428 milliard USD, en hausse de 8,6 % sur un an. Bamako absorbe ainsi plus de la moitié des exportations sénégalaises destinées au continent africain.

Une part importante de ces échanges emprunte le corridor reliant Dakar à Bamako. Selon des données attribuées à la Banque mondiale, environ 60 % du commerce extérieur malien emprunte cet axe, qui voit normalement circuler près de 1 000 poids lourds par jour. 

La nouvelle autoroute améliore donc une partie de la chaîne logistique entre Dakar et l’intérieur du Sénégal. Mais elle ne suffit pas à garantir la fluidité des marchandises jusqu’à Bamako.

Les contraintes se concentrent plus à l’est 

Après les zones desservies par la nouvelle infrastructure, les principales difficultés se situent sur l’axe Tambacounda-Kidira-Diboli-Kayes-Bamako. Côté sénégalais, plusieurs investissements ont déjà permis d’améliorer certaines sections du corridor, notamment autour de Tambacounda. Des contraintes logistiques persistent toutefois à l’approche de la frontière, en particulier autour de Kidira.

La situation est plus difficile encore sur le tronçon malien. Entre Diboli, Kayes et Bamako, l’état de certaines sections routières ralentit les poids lourds et allonge les délais d’acheminement. À ces difficultés s’ajoute désormais l’insécurité, qui constitue l’un des principaux facteurs de perturbation du corridor. 

Les menaces qui pèsent sur certains axes ont conduit les transporteurs à rechercher des itinéraires alternatifs. Une partie du fret se reporte ainsi vers le sud-est du Sénégal, en passant notamment par Tambacounda, Kédougou, Saraya et Moussala, avant de poursuivre vers le Mali. 

Cette réorientation permet de contourner certaines zones devenues plus difficiles d’accès, mais elle ne constitue pas une solution sans contraintes. Le report des flux sur cet itinéraire exerce à son tour une pression sur les infrastructures disponibles et augmente les distances parcourues par les transporteurs.

L’insécurité renchérit la facture logistique 

La dégradation des conditions de circulation ne se traduit pas uniquement par des délais supplémentaires. Elle commence également à peser directement sur le coût du transport. Selon des témoignages rapportés par la presse, le coût de certaines opérations de transport serait passé d’environ 1,4 million à 3,6 millions FCFA , voire 4 millions FCFA. Cette hausse reflète notamment les détours imposés aux transporteurs, l’allongement des délais et les risques associés aux itinéraires empruntés. 

Le renchérissement du transport peut ensuite se diffuser dans l’ensemble de la chaîne logistique. Il réduit les marges des opérateurs, augmente le coût d’acheminement des marchandises et peut, à terme, peser sur les prix supportés par les importateurs et les consommateurs maliens. 

Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse donc la seule circulation routière. La compétitivité du port de Dakar comme porte d’entrée du marché malien dépend en partie de la capacité à maintenir une liaison terrestre suffisamment fiable et prévisible jusqu’à Bamako. Une infrastructure plus performante à l’ouest du corridor ne peut produire pleinement ses effets si les marchandises restent ralenties quelques centaines de kilomètres plus loin. 

Le rail reste une alternative incomplète 

Dans ce contexte, le développement du ferroviaire constitue une autre piste pour réduire la dépendance au transport routier. La réhabilitation et la modernisation de la liaison Dakar-Bamako sont régulièrement présentées comme des moyens de diversifier les modes de transport et de réduire la pression exercée sur la route.

Mais cette alternative reste aujourd’hui incomplète. La liaison ferroviaire internationale entre Dakar et Bamako n’est toujours pas opérationnelle, alors même que la réhabilitation du réseau figure depuis plusieurs années parmi les projets destinés à renforcer les échanges entre les deux pays.

L’autoroute Mbour-Fatick-Kaolack constitue donc un progrès important pour la partie sénégalaise du corridor Dakar-Bamako. Elle renforce l’axe reliant Dakar à l’intérieur du pays, mais son véritable impact sur le commerce avec le Mali dépendra de la capacité à traiter les contraintes qui se trouvent plus à l’est : qualité des infrastructures, conditions de passage à la frontière, sécurité et, à plus long terme, diversification des modes de transport. 

Henoc Dossa

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