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Biocarburant : la Côte d’Ivoire accélère sur la valorisation des graines d’hévéa, mais…

Biocarburant : la Côte d’Ivoire accélère sur la valorisation des graines d’hévéa, mais…
  • Date de création: 24 août 2026 11:07

(Agence Ecofin) - En Côte d’Ivoire, la filière hévéa est l’une des principales contributrices aux recettes d’exportation agricole. Outre le caoutchouc naturel, les acteurs misent depuis quelques années sur la valorisation de sous-produits comme les graines sur le segment des biocarburants.

64 500 tonnes. C’est le volume de graines d’hévéa que la Fédération des organisations professionnelles agricoles de la filière hévéa (FPH‑CI) prévoit de collecter durant la nouvelle campagne de commercialisation, lancée le 17 août dernier en partenariat avec Eni Côte d’Ivoire, filiale locale du groupe pétrogazier italien Eni.

Si cet objectif est atteint, le volume progressera de 2,4 % par rapport aux 63 000 tonnes enregistrées en 2025. Il signerait en outre une évolution significative par rapport au lancement du programme de valorisation des graines d’hévéa en biocarburant en 2023, lorsque l’objectif de la phase pilote était fixé à 2 500 tonnes. Il convient de noter qu’après cette première phase, les volumes sont passés à environ 18 868 tonnes en 2024, avant de poursuivre leur croissance.

Pour atteindre le nouvel objectif fixé pour 2026, la FPH‑CI a mis en place cinq centres de transit destinés à rapprocher les points de collecte des zones de production et à réduire les coûts de transport durant la nouvelle campagne. Selon les informations relayées par l’Agence ivoirienne de presse (AIP), il est également prévu que la commercialisation sera davantage digitalisée, avec une application permettant aux coopératives de suivre leurs livraisons, les paiements et les données de traçabilité en temps réel.

Vers une transformation locale à grande échelle ?

Plus largement, cette progression rapide des volumes de collecte traduit le changement d’échelle d’une activité qui cherche désormais à dépasser la simple commercialisation des graines pour développer leur transformation en huile végétale, une matière première pouvant être valorisée dans la production de biocarburants, mais aussi dans la fabrication de savon.

La FPH‑CI prévoit en effet d’expérimenter en 2026 la production d’huile à partir des graines dans les cinq centres de transit créés. L’ambition est, à terme, de faire des sociétés coopératives de petites unités de production d’huile végétale et de leur permettre de capter une part plus importante de la valeur créée autour de cette ressource.

Jusqu’ici, les graines collectées dans le cadre du partenariat avec Eni Côte d’Ivoire sont pressées localement dans une unité d’extraction située près d’Abidjan et traitées par un opérateur tiers, avant que l’huile ne soit acheminée vers les bioraffineries du groupe Eni en Italie pour la production de biocarburants.

Un prix bord champ en baisse

Cette volonté d’accroître les volumes de graines d’hévéa commercialisés contraste toutefois avec la réduction du prix bord champ d’année en année. Fixé à 87 FCFA/kg en 2023 lors du lancement du partenariat avec ENI Côte d’Ivoire, le prix d’achat de la graine est passé à 80 FCFA/kg en 2025, avant d’être ramené à 72 FCFA/kg pour la campagne 2026, soit une baisse globale de 17,2 % en trois ans, selon l’AIP.

Elle pose donc la question de l’attractivité économique du dispositif pour les producteurs, alors que la graine d’hévéa, longtemps peu valorisée dans les plantations, est progressivement devenue une source de revenus additionnels. En 2025, les 63 000 tonnes commercialisées ont généré 6,87 milliards FCFA (12,2 millions $), dont 4,6 milliards FCFA (8,2 millions $) versés aux producteurs, d’après les données communiquées par la FPH‑CI. Le reste des revenus est partagé entre les sociétés coopératives et les transporteurs.

La question sera donc de savoir si le projet de développement de la transformation locale des graines d’hévéa en huile végétale, qui sera expérimenté en 2026, permettra de compenser la réduction des prix bord champ en créant davantage de valeur au niveau des coopératives et des producteurs.

Stéphanas Assocle

Édité par Wilfried ASSOGBA

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