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Quand le problème d’un Africain devient-il celui de l’Afrique ?

Quand le problème d’un Africain devient-il celui de l’Afrique ?
  • Date de création: 24 août 2026 10:16

(Agence Ecofin) - L’Afrique veut peser davantage dans les négociations commerciales, défendre ses ressources et parler d’une seule voix face aux grandes puissances. Elle doit d’abord apprendre à faire bloc quand l’un des siens est touché. 

Le 12 août à Salzbourg, Omar Artan était au sifflet de la Supercoupe d’Europe entre le Paris Saint-Germain et Aston Villa, deux mois après avoir été privé de Coupe du monde à la suite de son refoulement des États-Unis. À 34 ans, le Somalien, désigné meilleur arbitre africain en 2025, devenait le premier officiel non européen à diriger cette rencontre. Si son histoire a connu une réparation sportive, la question politique qu’elle soulevait, elle, est restée intacte.

Artan avait été sélectionné par la FIFA pour le Mondial. Il n’a pourtant jamais pu y officier. Refoulé à Miami, il est rentré en Somalie. Son pays a protesté. La FIFA a expliqué qu’elle ne décidait pas de qui pouvait entrer sur le territoire américain. Le silence continental, lui, a été presque total.

L’Union africaine ne s’est pas publiquement saisie de l’affaire. La CAF indique avoir soutenu son arbitre et contribué ensuite à sa désignation pour la Supercoupe d’Europe. Au moment des faits, elle n’a pourtant pas publiquement condamné son refoulement. Quant aux autres États africains, aucune réponse collective n’a émergé.

Personne ne demandait nécessairement aux sélections africaines de quitter le Mondial. Mais entre le boycott et le silence, il existait toute une gamme de réponses possibles : une protestation commune, une démarche diplomatique, une demande d’explications, le simple signal qu’un problème touchant l’un pouvait aussi concerner les autres. Rien de tout cela n’a réellement pris une dimension continentale. 

Faire bloc ne se décrète pas

La question peut sembler éloignée de l’économie. Elle ne l’est pourtant pas. La ZLECAf, les positions communes à l’OMC, les ambitions de transformation locale des matières premières, les politiques continentales sur les chaînes de valeur ou encore la volonté de mieux négocier avec Washington, Pékin et Bruxelles reposent toutes sur la même hypothèse : que 54 intérêts nationaux puissent, lorsque cela compte, devenir un intérêt collectif.

Les États-Unis ont montré à quel point les règles commerciales pouvaient changer rapidement. Les grandes puissances cherchent à sécuriser leur accès aux minerais, à l’énergie, aux marchés et aux chaînes d’approvisionnement. Plusieurs pays africains détiennent individuellement des ressources stratégiques qu’elles convoitent.

Mais posséder ensemble des atouts ne suffit pas. Il faut savoir les convertir en rapport de force. Un continent ne devient pas un bloc le jour où il signe un accord. Il le devient lorsque chacun accepte que l’intérêt collectif puisse parfois compter autant que son intérêt immédiat.

Avant les positions communes dans les grandes négociations viennent des choses beaucoup plus simples : défendre un voisin, refuser que chaque pays soit systématiquement renvoyé à sa solitude, comprendre que la faiblesse de l’un peut un jour devenir celle de tous.

Ce préalable n’est pas sentimental. Il est économique. Une union commerciale suppose de la confiance. Une chaîne de valeur régionale suppose que plusieurs États acceptent de dépendre les uns des autres. Une négociation commune suppose que celui à qui une grande puissance proposera demain un avantage particulier ne rompe pas immédiatement le front collectif.

L’Afrique ne manque pas de plans. Elle ne manque pas d’institutions, d’accords, de sommets ou de déclarations sur l’unité. Le continent commencera à devenir le bloc qu’il ambitionne d’être le jour où le problème de l’un cessera d’être seulement le sien. 

Louis-Nino Kansoun

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