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Au-delà de la victoire de Didier Drogba, les E1 Series peuvent-elles accélérer l'économie bleue africaine ?

Au-delà de la victoire de Didier Drogba, les E1 Series peuvent-elles accélérer l'économie bleue africaine ?
  • Date de création: 24 juillet 2026 18:02

(Agence Ecofin) - En remportant le championnat du monde de bateaux électriques, Didier Drogba met sous les projecteurs une discipline qui ambitionne de faire du sport un levier de protection des océans et d'attractivité des territoires. Un positionnement séduisant pour l'Afrique, où le potentiel des espaces maritimes reste largement sous-exploité.

Samedi dernier, Didier Drogba a ajouté un trophée inédit à un palmarès déjà bien fourni. La Team Drogba Global Africa, l'écurie qu'il codétient avec le fonds Lilium Capital, a remporté à Monaco sa première victoire en championnat du monde de l'UIM E1 Series, la première compétition internationale de bateaux de course 100 % électriques.

Mais au-delà du simple divertissement sportif, les promoteurs des E1 défendent une vision plus large. Ils présentent leur championnat comme un accélérateur de l'innovation dans la navigation électrique, un outil de sensibilisation à la protection des océans et un levier d'attractivité pour les territoires qui accueillent les courses. Reste à savoir dans quelle mesure ce pari peut produire des retombées économiques durables, notamment en Afrique, où les besoins d'investissement dans les secteurs maritimes demeurent considérables.

Une compétition conçue comme laboratoire d’innovation

La première course officielle s'est tenue en 2024 à Djeddah, en Arabie saoudite. Le championnat est porté par Alejandro Agag, déjà cofondateur de la Formule E, avec le dessein de reproduire sur l'eau ce que cette dernière a accompli dans l'automobile : transformer une compétition électrique en laboratoire d'innovation et en vitrine de la mobilité durable.

La discipline mise également sur la notoriété de ses propriétaires d'équipes. Outre Didier Drogba, des personnalités comme LeBron James, Rafael Nadal, Will Smith, le DJ Steve Aoki ou encore le chanteur Marc Anthony figurent parmi les visages les plus connus du championnat.

Sur le plan technologique, les organisateurs mettent en avant plusieurs objectifs : le développement de la propulsion électrique, la stimulation des innovations dans les batteries, la réduction des nuisances sonores liées à la navigation et la promotion de la restauration des écosystèmes marins. Chaque Grand Prix s'accompagne ainsi d'actions environnementales menées dans le cadre de « Blue Impact », le programme de développement durable des E1 consacré à la biodiversité marine et à la qualité des eaux.

« Nous espérons accélérer le changement dans l'industrie maritime et fournir des solutions durables pour les futures embarcations de plaisance », déclarait dès 2021 Alejandro Agag lors de la présentation des RaceBirds, ces navires électriques capables d'atteindre près de 90 km/h.

Une initiative qui résonne avec les enjeux africains

Ces ambitions trouvent un certain écho sur le continent africain, qui dispose d'un important patrimoine de près de 47 000 kilomètres de côtes encore insuffisamment valorisées.

Selon la Banque mondiale, l'économie bleue africaine génère déjà près de 300 milliards de dollars par an. La pêche, l'aquaculture, le transport maritime, le tourisme côtier, les énergies marines renouvelables, les biotechnologies ou encore la logistique portuaire pourraient soutenir jusqu'à 57 millions d'emplois d'ici à 2030.

L'enjeu est d'autant plus stratégique qu'environ 90 % du commerce extérieur de l'Afrique de l'Ouest transite par voie maritime. Les ports, les façades océaniques et les lagunes sont au cœur des échanges commerciaux, mais aussi de la sécurité alimentaire de millions de personnes.

Dans le même temps, ces espaces sont confrontés à de fortes pressions, telles que la pollution plastique, la surexploitation des ressources halieutiques, l'érosion côtière, l'urbanisation rapide ou encore la montée du niveau de la mer liée au changement climatique. Le défi consiste à développer ces espaces sans compromettre leur équilibre écologique.

C'est précisément sur cette articulation entre développement économique et protection des océans que les E1 cherchent à positionner leur image, en utilisant le sport comme vecteur de sensibilisation et de communication autour de l'économie bleue.

L'entrée, en septembre 2024, du Fonds pour le développement des exportations en Afrique (FEDA), bras d'investissement d'Afreximbank, au capital de la Team Drogba Global Africa illustre cette logique. L'institution considère le sport comme un levier susceptible de stimuler les industries créatives, le tourisme, l'attractivité des territoires et les investissements.

Au-delà de la vitrine, un impact encore à démontrer

Des villes africaines, de Lagos, qui a accueilli la première manche africaine des E1 en 2025, à Luanda, prochaine étape continentale en septembre 2026, voient dans la compétition une opportunité de renforcer leur visibilité internationale. Didier Drogba rêve de voir Abidjan suivre le même chemin. « L'organisation de la course nécessite des spécifications techniques, mais je pense que nous avons tout ce qu'il faut ici [Abidjan, NDLR] pour l'accueillir », a déclaré l'ancien attaquant de Chelsea dans des propos rapportés par BBC Afrique.

Pour autant, si les E1 peuvent offrir de la visibilité à une destination, attirer des visiteurs, promouvoir des technologies propres et novatrices ou mettre en lumière les enjeux liés aux océans, leur capacité à transformer durablement les économies maritimes reste à démontrer.

Le développement d'une véritable économie bleue repose avant tout sur des investissements lourds et de long terme dans les infrastructures portuaires, les chaînes logistiques, les énergies marines renouvelables, la pêche durable, la formation des compétences ou encore la protection des littoraux. Sans ces prolongements, les E1 Series risquent surtout de demeurer un outil de communication au service de l'image des villes hôtes et de leur attractivité touristique.

Le championnat pourrait également être confronté aux critiques visant certains de ses partenaires. Son cofondateur, Alejandro Agag, est aussi à l'origine de la Formule E et d'Extreme E, deux compétitions intégrées, avec les E1, au partenariat Electric 360, lancé en 2024 par le Fonds d'investissement public saoudien (PIF). Cette initiative vise à soutenir le développement des sports mécaniques électriques et à promouvoir la mobilité durable. Le PIF fait toutefois régulièrement l'objet d'accusations de sportwashing — l'utilisation du sport pour améliorer l'image internationale de l'Arabie saoudite — ainsi que de greenwashing, ses détracteurs estimant que son discours sur la transition écologique contraste avec le poids des hydrocarbures dans l'économie saoudienne.

Somme toute, c'est moins la présence des RaceBirds sur les plans d'eau africains que les investissements qu'ils pourraient susciter dans les ports, la recherche, les compétences et la protection des écosystèmes qui permettront de mesurer, à terme, la portée réelle de cette nouvelle discipline.

Stéphane Alidjinou

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