(Agence Ecofin) - Vu comme l’un des projets appelés à renforcer le poids du secteur minier camerounais, Minim Martap n’a pas tenu sa promesse d’une mise en service en 2026. Derrière ce calendrier une nouvelle fois repoussé plane de récentes interrogations sur le modèle financier du projet.
Plutôt prévisible depuis quelques semaines, c’est désormais confirmé. A2MP Investments, société liée à la famille indienne Gupta, n’a pas concrétisé son offre de rachat de Canyon Resources. Devenue caduque selon une note publiée mercredi 23 septembre, cette issue n’écarte toutefois pas les interrogations autour de Minim Martap, la future mine de bauxite au cœur des intérêts des deux acteurs et dont le développement doit encore se poursuivre avant une éventuelle mise en production au Cameroun.
Tout a commencé fin juillet, lorsque A2MP, déjà détentrice de 55,56 % du capital de Canyon et donc son actionnaire majoritaire, a proposé d’acquérir les titres qu’elle ne détenait pas encore, au prix de 0,05 dollar australien par action. L’offre s’accompagnait de plusieurs critiques remettant en question la viabilité économique du projet au regard des conditions du marché. L’objectif affiché était non seulement de prendre le contrôle total de Canyon et, indirectement, de Minim Martap, mais aussi de permettre aux actionnaires minoritaires de sortir d’une exposition aux risques liés au financement et au marché.
Mais A2MP n’est pas parvenue, dans l’intervalle, à porter sa participation à au moins 75 % du capital avant le 21 septembre, seuil requis pour poursuivre l’opération. Cet échec intervient dans un contexte où le comité indépendant chargé d’évaluer l’offre l’a jugée sous-évaluée au regard de Canyon, sans toutefois conduire A2MP à revoir sa proposition. L’épisode aura néanmoins coïncidé avec une évolution importante du projet, dont la mise en production a désormais été repoussée à 2027, après plusieurs reports intervenus en 2026.
Canyon a également revu son modèle d’exploitation, avec un objectif de production initial désormais fixé à 0,4 million de tonnes, contre 1,2 million de tonnes précédemment prévu. Cette révision intervient parallèlement à la suspension de certaines sources de financement destinées au développement du projet. Il s’agit notamment d’une facilité de crédit accordée par A2MP et d’une autre de 140 millions USD consentie par AFG Bank Cameroon, censée financer une partie des infrastructures nécessaires à l’exportation du minerai. Cette dernière a suspendu de nouveaux décaissements, invoquant notamment la nécessité de réexaminer le modèle financier et d’autres paramètres du projet.
Ces développements ne signifient toutefois pas que les différents acteurs ont définitivement fermé la porte à Minim Martap. A2MP demeure l’actionnaire majoritaire de Canyon Resources et reste donc impliqué dans le développement du projet, tandis qu’AFG Bank doit encore préciser les suites qu’elle entend donner à son soutien financier, après les discussions engagées en ce sens. Dans ce contexte, les perspectives de rentabilité du projet devraient peser sur les prochaines décisions, y compris celles concernant les nouvelles sources de financement que Canyon dit explorer parallèlement.
Dans l’intervalle, les opérations se poursuivent sur le terrain. Dans une note publiée en août, Canyon Resources indiquait l’arrivée imminente des premiers wagons destinés à l’acheminement de la future production, ainsi que la poursuite de la construction de la route reliant la mine au terminal ferroviaire. Reste désormais à voir comment la trajectoire du projet sera façonnée par les prochains arbitrages de ses parties prenantes, notamment sur les volets du financement et des différents paramètres de son modèle économique. En attendant, le Cameroun doit encore patienter avant d’accueillir la toute première mine de bauxite de son histoire, du moins pour quelques mois encore.
Aurel Sèdjro Houenou
Édité par Wilfried ASSOGBA
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