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Or artisanal : après les tonnes captées, le défi de l’intégration des mineurs en Afrique

Or artisanal : après les tonnes captées, le défi de l’intégration des mineurs en Afrique
  • Date de création: 23 septembre 2026 09:52

(Agence Ecofin) - Du Ghana au Burkina Faso, en passant par le Mali et la Côte d’Ivoire, le message est le même : limiter la contrebande d’or et orienter davantage de flux artisanaux vers les circuits officiels. Derrière cette formalisation se trouve toutefois une économie qui fait vivre des millions de personnes.

Le mercredi 16 septembre, le GoldBod indiquait avoir échangé, au cours des 12 derniers mois, avec sept pays africains intéressés par son modèle d’organisation de la filière aurifère artisanale au Ghana. Cet intérêt, qui illustre l’essor des politiques de formalisation sur le continent, avec l’orientation croissante des flux vers les réseaux officiels, offre aussi l’occasion d’élargir les enjeux à l’intégration réelle des mineurs artisanaux, pour qui cette activité constitue souvent la principale source de revenus.

Penser l’étape d’après…

Longtemps source de manque à gagner pour les États en raison de la contrebande et de son caractère largement informel, l’exploitation aurifère artisanale et à petite échelle (ASM) semble aujourd’hui amorcer une nouvelle trajectoire sur le continent. Du Ghana au Burkina Faso, les dispositifs mis en place par les autorités permettent de mieux capter les volumes produits par les petits exploitants et de les orienter vers les circuits officiels. Ceux-ci ne permettent toutefois pas encore de mesurer avec la même précision le nombre de producteurs à l’origine de ces volumes, ni les effets de cette formalisation sur leurs activités.

Le cas ghanéen illustre ce décalage. Le modèle du GoldBod repose en effet sur un réseau d’acheteurs agréés auprès desquels les producteurs peuvent vendre leur or, avant que ces volumes ne soient revendus à l’organisme public. GoldBod indique que ce dispositif a contribué à porter les exportations d’or artisanal de 63,6 tonnes en 2024 à 103 tonnes en 2025. En revanche, l’organisme ne fournit pas de données permettant de déterminer combien de producteurs se trouvent derrière ces volumes. On retrouve une situation comparable au Burkina Faso et en Tanzanie, où les comptoirs publics et les marchés dédiés ont également contribué à accroître la place des flux artisanaux dans les statistiques officielles, sans que le nombre de producteurs à leur origine soit documenté.

Cette limite prend une importance particulière au regard du poids économique de l’ASM. L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) estime que l’exploitation minière artisanale et à petite échelle, dont l’or constitue la principale composante, fait vivre directement plus de 40 millions de personnes en Afrique et profite indirectement à plus de 150 millions d’autres. Au Ghana, les estimations vont jusqu’à un million de personnes directement employées dans les mines artisanales d’or.

L’enjeu est donc désormais d’aller au-delà de la seule captation des flux. Il s’agit de pouvoir retracer davantage l’or jusqu’aux sites et aux producteurs qui en sont à l’origine, mais aussi de mieux identifier ces derniers, leur activité et leur contribution à l’économie locale. Car mieux capter l’or ne revient pas à formaliser dans le même temps l’économie qui le produit. Pour que les producteurs aient intérêt à entrer dans les circuits officiels et à y rester, les dispositifs doivent aussi leur apporter des avantages concrets en matière d’accès au marché, de financement, d’équipements ou d’accompagnement.

C’est précisément dans cette perspective que l’Intergovernmental Forum on Mining (IGF) envisage la formalisation de l’or artisanal. Dans une note publiée en 2025, l’organisation la présente comme un processus continu combinant cadre légal, autorisations, soutien technique, accès au financement et aux marchés, ainsi que des incitations suffisamment adaptées pour attirer les producteurs vers l’économie formelle. Cette approche rejoint celle de la Banque mondiale, qui appelle à professionnaliser davantage l’ASM et à placer le bien-être social des mineurs au cœur des politiques, notamment à travers de meilleures conditions de travail, la sécurité et la protection sociale.

De premiers pas déjà observés

Des initiatives sont déjà déployées sur le continent pour donner un contenu plus large à la formalisation des filières aurifères artisanales. Au Ghana, le GoldBod travaille ainsi à la mise en place en 2026 d’un système national de suivi et de traçabilité destiné à retracer l’or depuis son extraction jusqu’à son exportation. Un premier programme pilote, annoncé en janvier, doit concerner environ 600 exploitations artisanales et à petite échelle, avant une extension à l’ensemble des opérations alimentant le marché formel.

Cette volonté de mieux connaître l’origine des flux s’accompagne ailleurs de démarches visant davantage directement l’organisation des producteurs. Au Burkina Faso, la formalisation passe désormais par la constitution de coopératives d’artisans miniers, auxquelles sont associés des objectifs d’encadrement technique et social. Au Sénégal, une campagne lancée en septembre prévoit, pour sa part, la délivrance de 10 000 cartes numériques aux orpailleurs de Kédougou et Tambacounda, avec l’objectif notamment de mieux identifier les producteurs et d’encadrer leur accès aux sites formels.

L’enjeu sera désormais de mesurer la portée de ces démarches et leur capacité à produire des effets durables à mesure qu’elles s’élargissent. Car au-delà du volume d’or qui rejoint les circuits officiels, leur réussite se mesurera aussi à la place que les producteurs parviennent à occuper dans cette économie désormais mieux encadrée. C’est à ce niveau que pourra se vérifier si la formalisation des flux débouche réellement sur une transformation plus profonde de l’activité artisanale.

Aurel Sèdjro Houenou

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