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Projection de « Cotton Queen » aux Émirats arabes unis, la renaissance du cinéma soudanais

Projection de « Cotton Queen » aux Émirats arabes unis, la renaissance du cinéma soudanais
  • Date de création: 23 juin 2026 16:57

(Agence Ecofin) - Longtemps censuré pendant les années de répression sous Omar El Béchir, le cinéma soudanais émerge depuis la révolution de 2019, porté par une nouvelle génération de cinéastes talentueux.

Le drame soudanais « Cotton Queen » a largement franchi les frontières africaines et s’invite désormais sur les écrans des pays du Golfe. À l’affiche depuis le 11 juin dans plusieurs salles de Dubaï et d’Abu Dhabi, le long-métrage est de nouveau projeté les lundi 22 et mardi 23 juin, d’après un communiqué de MAD Solutions, un studio indépendant égyptien.

La programmation couvre environ une demi-douzaine de salles, dont Reel Cinemas (Dubai Mall), Vox Cinemas (Mall of the Emirates et Yas Mall à Abu Dhabi), Roxy Cinemas (City Walk et Al Khawaneej) ainsi que Cinema Akil (Alserkal Avenue).

Un reflet des enjeux d’une Afrique sous pression

« Cotton Queen », d’une durée de 94 minutes, est une œuvre dramatique réalisée par Suzannah Mirghani, une cinéaste indépendante soudano-russe basée au Qatar. Sortie en 2025, ce drame raconte l’histoire de Nafisa, une adolescente vivant dans un village cotonnier du Soudan, confrontée aux bouleversements provoqués par l’arrivée d’un homme d’affaires.

La trame s’articule autour de Nafisa, la protagoniste, qui cueille le coton aux côtés de sa grand-mère et apprend auprès d’elle les savoirs traditionnels. L’équilibre de son village est bouleversé par l’arrivée d’un entrepreneur soudanais qui propose des semences génétiquement modifiées, introduisant une modernité intrusive et menaçante.

À travers ce récit, le film explore des thèmes profonds tels que l’héritage colonial, la place et la force des femmes dans la société, la confrontation entre traditions et modernité, ainsi que les enjeux de souveraineté économique face aux pressions extérieures.

Le film est salué comme le premier long-métrage de fiction réalisé par une femme soudanaise et a été présenté à la Semaine internationale de la critique à Venise. Il a en outre remporté le prix Alexandre d’or du long-métrage aux journées cinématographiques de Thessalonique en Grèce.

Le cinéma soudanais, un cinéma résilient

« Le Soudan est un pays qui a toujours été intellectuellement fermé. Il a été toujours présent dans les bulletins d’informations avec des images d’atrocités et de destruction. Depuis notre indépendance, on passe d’une guerre à l’autre », affirme Mohamed Kordofani, cinéaste soudanais, cité par RFI.

Ce contexte explique les difficultés d’émergence du 7e art dans un environnement hostile marqué par la dictature d’Omar El-Béchir, qui a pris fin en 2019.

Le cinéma soudanais connaît ensuite une véritable renaissance. Suhaib Gasmelbari ouvre la voie avec « Parler des arbres », documentaire couronné à la Berlinale. La même année, Amjad Abou Alla séduit la Mostra de Venise avec « Tu mourras à 20 ans », œuvre poétique saluée par la critique. Depuis, plusieurs productions marquantes s’imposent à l’international, notamment « Goodbye Julia » de Kordofani, présenté à Cannes en 2023 et plusieurs fois couronné, qui illustre la fracture du pays à travers deux destins féminins.

Parallèlement, une nouvelle génération de réalisatrices s’affirme, avec l’émergence de Suzannah Mirghani ou encore Sara Suliman, qui aborde des sujets longtemps interdits, comme la féminité dans « Corps héroïques » (2022). Mais la guerre de 2023 pousse nombre de cinéastes à l’exil : Suliman vit à Londres, Kordofani écrit à Bahreïn, Abou Alla développe de nouveaux projets au Caire.

Malgré ces obstacles, ce cinéma reste animé par une énergie commune, l’espoir d’un lendemain meilleur pour un pays perçu par plusieurs observateurs comme l’ombilic du continent africain.

Ubrick F. Quenum

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