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Nigeria : la raffinerie Dangote réduit les importations, mais pas la dépendance aux cours du pétrole

Nigeria : la raffinerie Dangote réduit les importations, mais pas la dépendance aux cours du pétrole
  • Date de création: 22 septembre 2026 08:46

(Agence Ecofin) - Depuis la fin des subventions en 2023, le Nigeria cherche à contenir le coût de l’énergie et du transport. Le gouvernement mise notamment sur le gaz naturel comprimé (GNC) pour réduire la dépendance des transports à l’essence.

La raffinerie Dangote augmente la capacité du Nigeria à produire localement ses carburants, sans pour autant mettre le marché intérieur à l’abri des fluctuations pétrolières mondiales. Alors que l’installation fonctionne à pleine capacité, le prix de l’essence a atteint environ 1 400 nairas (1,05 dollars US) le litre à Lagos et Abuja en septembre, contre 1 200 nairas un mois plus tôt. Dans le nord, certaines stations la vendaient jusqu’à 1 500 nairas, tandis que le diesel dépassait 2 000 nairas.

Cette hausse intervient après le relèvement par Dangote de son prix de sortie à 1 350 nairas le litre, notamment sous l’effet de l’augmentation du coût du pétrole brut, sachant que 40% du pétrole traité à la raffinerie est importé. La hausse des cours mondiaux provoquée par les tensions au Moyen-Orient se répercute ainsi encore sur le marché nigérian, malgré l’existence d’une importante capacité de raffinage domestique.

La fin des subventions expose davantage les prix

Cette situation s’inscrit dans un marché profondément transformé depuis la suppression de la subvention sur l’essence en 2023. Selon le ministre des Finances Taiwo Oyedele, les subventions aux carburants, combinées à la « subvention implicite du taux de change », représentaient près de 5 % du PIB avant les réformes.

Le gouvernement ne veut pas revenir à ce système. Bola Tinubu estime que la subvention mobilisait d’importantes ressources publiques et laissait le Nigeria exposé aux variations des cours internationaux. Une partie des économies attendues a toutefois été absorbée par la hausse du coût de la dette : les taux d’emprunt public sont passés d’environ 8 % avant les réformes à 24 %. Dans le même temps, la masse salariale a presque doublé après le relèvement du salaire minimum à 70 000 nairas.

Depuis la suppression de la subvention, les variations du prix du pétrole se transmettent davantage à l’économie réelle. Une hausse du carburant renchérit directement les déplacements des ménages et les coûts des transporteurs. Les analystes s’attendent ainsi à une pression supplémentaire sur l’inflation, qui s’est établie à 15,39 % en août, contre 15,43 % en juillet. L’inflation alimentaire atteignait 19,57 %.

À moins de quatre mois de l’élection générale du 16 janvier 2027, cette pression sur le coût de la vie place les carburants au cœur du débat sur le bilan économique du gouvernement. L’exécutif cherche donc à agir sur les coûts de transport sans rétablir la subvention.

Le GNC comme alternative dans les transports

Le GNC constitue l’un des principaux axes de cette politique. Plus de 120 000 véhicules ont été convertis au cours des trois dernières années. Le pays compte également plus de 400 centres certifiés et plus de 90 stations de ravitaillement. Le gouvernement demande aux États de réduire les coûts du transport à partir du 1er octobre dans le cadre du National Affordable CNG Transit Programme.

Les premiers dispositifs montrent les économies possibles sur certains trajets. À Oyo, le tarif Lagos-Ibadan est ainsi passé de 8 000 à 3 200 nairas lors du déploiement initial des bus GNC. À Borno, certains transports publics fonctionnant au GNC ou à l’électricité sont proposés entre 50 et 100 nairas, contre 300 à 600 nairas pour les opérateurs commerciaux.

En 2024, le gouvernement avait annoncé un prix de référence de 230 nairas par litre pour le GNC destiné aux véhicules, alors que l’essence dépassait 900 nairas le litre. Un programme prévoyait alors la distribution d’un million de kits de conversion aux véhicules commerciaux sur 18 mois. Le manque d’infrastructures de ravitaillement constituait déjà un frein au déploiement.

Le Nigeria cherche ainsi à répondre à deux enjeux distincts. Le développement de la raffinerie Dangote renforce ses capacités locales de production de carburants, mais une partie de son approvisionnement en brut reste liée au marché international. Le GNC offre parallèlement une alternative dans les transports, alors que le gouvernement exclut le retour aux subventions.

La hausse actuelle des prix rappelle ainsi que le développement du raffinage domestique ne suffit pas à neutraliser l’effet des fluctuations du pétrole mondial sur le marché nigérian.

Olivier de Souza, Agence Ecofin

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