Cameroun : ouverture du procès des journalistes accusés de non-dénonciation d’acte terroriste

  • Date de création: 22 janvier 2016 11:41

(Agence Ecofin) - Au Tribunal militaire de Yaoundé ce 22 janvier 2016, s’ouvre le procès des journalistes Rodrigue Tongue, Félix Cyriaque Ebole Bola (photo) et l’enseignant de journalisme Baba Wame. Ils sont poursuivis sur la base de la loi antiterrorisme adoptée en 2014 et sont d’ailleurs accusés de non-dénonciation d’acte terroriste.

Tous les 3 ont leur cause liée à celle du notaire Abdoulaye Harissou et du nommé Aboubakary Siddiki. Ces deux là sont accusés d’avoir aidé la commission d’entreprises criminelles au Cameroun ; notamment dans les localités de la région de l’Est, frontalières à la République Centrafricaine. Il s’agit notamment de l’attaque perpétrée à Gbiti dans la nuit du 16 novembre 2013, avec un bilan de 7 morts. Puis dans la journée du 5 décembre, le camp du Bataillon d’intervention rapide (Bir) à Oundjiki, a été pris d’assaut.

Voilà les conclusions majeures auxquelles a abouti le juge d’instruction militaire, Bernard Tsuite, au terme de l’enquête judiciaire. A l’époque des évènements, Rodrigue Tongue, qui travaille aujourd’hui pour la chaîne de télévision Canal2 International, était employé du quotidien « Le Messager ». Quant à Félix Cyriaque Ebole Bola, il était déjà au quotidien « Mutations ». Le juge d’instruction militaire a retenu que le Dr Baba Wame avait reçu des documents d’Aboubakary Siddiki, lui-même envoyé par Me Abdoulaye Harissou. Les documents en question, contenus dans une carte mémoire, sont des photos d’hommes armés portant aussi des documents.

Le Dr Baba Wame a alors transmis ces fichiers aux journalistes Rodrigue Tongue et Félix Cyriaque Ebole Bola, pour la rédaction d’articles de presse. Ces derniers n’ont jamais rien écrit, après recoupement des faits auprès de plusieurs sources parmi lesquelles la Délégation générale à la Sûreté nationale. Pourtant, le juge d’instruction leur reproche de n’avoir pas saisi les autorités. Après avoir entendu plusieurs fois les journalistes, le magistrat militaire refuse de croire que ceux-ci ignoraient la relation entre ces documents et les attaques dans la région de l’Est. Le juge rejette aussi l’argument selon lequel il ne revient guère aux journalistes de renseigner la police ; tout comme la protection des sources ne tient pas ici selon lui, eu égard au fait que « la vie de la nation est en jeu ».

Voilà autant de raisons pour lesquelles le magistrat instructeur a renvoyé l’affaire devant le tribunal pour jugement. Accusés d’aide à des entreprises criminelles, Me Abdoulaye Harissou et le nommé Aboubakary Siddiki, risquent la prison à vie. Ils sont déjà en détention. Quant aux journalistes Rodrigue Tongue et Félix Cyriaque Ebole Bola et à l’enseignant de journalisme Baba Wame, ils encourent aussi un emprisonnement. Ils comparaissent libre après avoir été mis sous contrôle judiciaire pendant plusieurs mois.

Assongmo Necdem

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