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Kadotien Soro : « L’objectif est de contribuer à l’autosuffisance de l’écosystème numérique africain »

Kadotien Soro : « L’objectif est de contribuer à l’autosuffisance de l’écosystème numérique africain »
  • Date de création: 21 septembre 2026 12:06

(Agence Ecofin) - Le renforcement de la présence des entreprises technologiques en Afrique place le développement des compétences locales au cœur des enjeux de l’écosystème numérique. Pour Yango, l’enjeu ne consiste pas seulement à former des profils capables d’utiliser les technologies existantes, mais aussi à faire émerger des talents en mesure de concevoir leurs propres solutions, notamment à travers son programme de Fellowship, lancé en 2024. À Abidjan, le samedi 19 septembre, en marge d’une rencontre réunissant des participants venus de plusieurs pays africains, le directeur régional de Yango pour l’Afrique francophone, Kadotien Soro, a présenté à l’Agence Ecofin les objectifs du programme d’accompagnement destiné aux jeunes talents africains. Il a également évoqué son lien avec le développement des activités de Yango en Afrique et l’ambition du groupe de contribuer à un écosystème technologique davantage porté par les talents du continent.

Agence Ecofin : Comment Yango mesure-t-il la réussite de son programme de Fellowship ?

Kadotien Soro : Notre engagement en faveur de la formation des jeunes et des talents, de leur accompagnement dans l’acquisition de compétences et de la construction de l’écosystème numérique est un engagement de long terme. C’est pour cela que notre programme de Fellowship ne se limite pas à un soutien financier. Il comprend également le mentorat, le développement personnel, le renforcement des compétences, qu’il s’agisse des soft skills ou des hard skills, ainsi que le networking. C’est aussi tout l’intérêt de cette rencontre qui réunit des talents issus de six pays. La rencontre d’Abidjan leur permet non seulement de se confronter à d’autres idées, mais aussi de se connecter, de partager leurs expériences et de confronter leurs approches.

Nous pensons que c’est dans ce type d’environnement que la créativité peut atteindre son maximum et que leur potentiel peut véritablement se réaliser. À long terme, notre objectif est de contribuer à l’autosuffisance de l’écosystème numérique africain en matière de talents. Nous pensons qu’il n’y a personne de mieux placé que nous, en tant qu’Africains vivant nos réalités et connaissant nos besoins, pour créer les solutions dont nous avons besoin afin de résoudre nos propres problèmes.

AE : Les activités de Yango se développent en Afrique, tandis que les initiatives en faveur des STEM, des compétences numériques et de l’entrepreneuriat se multiplient sur le continent. Comment ce programme s’inscrit-il dans l’engagement plus large de Yango en Afrique ?

On ne peut pas tout bâtir seuls. Nous sommes plus forts avec des écosystèmes forts. Or, un écosystème fort repose aussi sur des talents capables d’innover et de créer des solutions qui viennent renforcer les services qui existent déjà.

KS : Il faut le rappeler parce que nous sommes souvent davantage connus pour nos activités dans la mobilité. Yango est avant tout une entreprise technologique qui dispose d’une palette de services. Et pour nous, on ne peut pas tout bâtir seuls. Nous sommes plus forts avec des écosystèmes forts. Or, un écosystème fort repose aussi sur des talents capables d’innover et de créer des solutions qui viennent renforcer les services qui existent déjà. Si vous prenez simplement l’exemple de la Côte d’Ivoire, Yango contribue notamment dans le domaine des paiements. Nous sommes interconnectés avec d’autres acteurs et chacun apporte une partie de la solution. C’est cette complémentarité qui nous rend beaucoup plus forts. C’est ce que nous avons compris et c’est pour cela que nous investissons dans les talents. L’Afrique n’est pas un seul pays, mais un ensemble de pays. Nous ne pouvons donc pas prétendre connaître toutes les réalités du continent sans aller à la rencontre des autres pays. Il est important d’avoir une base locale de développement des talents. Ces talents sont ensuite libres de contribuer à l’écosystème partout où ils le souhaitent, notamment à travers leurs propres startups. En réalité, tant que l’écosystème sera fort et que nous aurons des talents ici et là, nous continuerons à former certaines personnes chez nous, qui pourront aller ailleurs et éventuellement revenir. De la même manière, nous pourrons attirer des talents venant d’autres pays. Notre contribution est donc avant tout destinée à la communauté. Au final, c’est l’Afrique qui gagne.

L’Afrique dispose déjà des talents dont elle a besoin. Il faut maintenant leur donner les opportunités et les outils nécessaires pour innover. Avec l’intelligence artificielle, il faut les accompagner pour qu’ils passent du statut d’utilisateurs à celui de créateurs.

AE : Quel rôle les entreprises technologiques peuvent-elles jouer pour permettre aux talents africains de participer à la création des technologies émergentes plutôt que de rester de simples utilisateurs ?

KS : Cela commence déjà par la formation. L’Afrique dispose déjà des talents dont elle a besoin. Il faut maintenant leur donner les opportunités et les outils nécessaires pour innover. Avec l’intelligence artificielle, il faut les accompagner pour qu’ils passent du statut d’utilisateurs à celui de créateurs. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle est en train de rebattre les cartes en matière d’accès aux technologies. Jusqu’à présent, créer une solution technologique nécessitait souvent un certain niveau de compétences et constituait une barrière à l’entrée. L’intelligence artificielle va contribuer à réduire cette barrière. À travers ce programme, nous leur donnons les outils, l’information et l’opportunité de communiquer et de créer quelque chose. Ils passent ainsi du statut d’utilisateurs à celui de créateurs, de créatifs et même de fondateurs, en utilisant l’intelligence artificielle. Nous pensons que c’est également l’un des éléments les plus importants : faire en sorte que la jeunesse et les talents rencontrent les opportunités, mais aussi qu’ils se rencontrent entre eux pour pouvoir créer ensemble.

AE : Le programme accorde cette année une place importante à l’intelligence artificielle appliquée. Quels projets les fellows ivoiriens ont-ils développés dans ce domaine et à quels problèmes cherchent-ils concrètement à répondre ?

KS : Les problèmes sont multiples. Cela peut aller des problématiques liées aux paiements à celles liées à l’éducation, en passant par les difficultés de communication entre différentes langues. En Côte d’Ivoire, par exemple, on compte de nombreuses langues, avec également plusieurs sous-groupes linguistiques. Ce sont précisément des problématiques qui peuvent être abordées grâce à l’intelligence artificielle. Il ne s’agit donc pas uniquement de problèmes liés aux transactions. Ce sont aussi des problèmes de société que l’intelligence artificielle peut contribuer à résoudre.

Le financement est important, mais il ne constitue qu’une partie de l’accompagnement.

AE : Quel accompagnement le programme propose-t-il aux jeunes talents au-delà du financement pour transformer leur formation académique en compétences opérationnelles, en projets concrets et, à terme, en opportunités professionnelles ?

KS : Le financement est important, mais il ne constitue qu’une partie de l’accompagnement. Au-delà du soutien financier, nous mettons également à leur disposition des outils, notamment des ordinateurs. Il y a aussi un accompagnement à travers des rencontres avec des experts qui viennent leur parler de sujets dans lesquels ils sont spécialisés et qu’ils n’ont pas forcément l’occasion d’aborder en classe. Il y a également la pratique, avec des visites d’entreprises qui leur permettent de comprendre concrètement comment les organisations fonctionnent et de mieux se projeter dans le monde professionnel. Et puis, il y a cette rencontre entre les talents. Ils vont se former, confronter leurs idées, mais aussi se connecter et apprendre les uns des autres. Il peut, par exemple, y avoir des jeunes d’Éthiopie qui rencontrent des jeunes Ivoiriens, puis travaillent éventuellement ensemble ou permettent à l’un d’entre eux de s’installer chez un partenaire au Sénégal. Cela peut ensuite avoir un impact à l’échelle de l’Afrique, notamment de l’Afrique francophone. C’est vraiment cela que nous voulons construire.

Propos recueillis par Carelle Yourann

Edité par M.F. Vahid Codjia

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