(Agence Ecofin) - Malgré les nombreuses menaces qui pèsent sur son environnement, la radio conserve un avantage unique : la confiance des communautés locales. Elle reste le média le plus accessible et crédible pour l’information, les urgences et la culture.
La fin annoncée de la radio en Afrique n’est pas pour demain. Bien au contraire, le secteur de la radiodiffusion s’est adapté progressivement à l’écosystème numérique et à ses nouveaux usages. Même si la transition reste douloureuse et piétine par endroits, les voyants sont au vert. Du moins, c’est ce que révèle l’étude sectorielle « Radio et radiodiffusion en Afrique 2026 », publiée en juillet 2026 par Broadcast Media Africa Intelligence (BMA).
« Ces résultats démontrent clairement que le secteur de la radio en Afrique demeure solide, digne de confiance et très pertinent pour les auditeurs. Le défi n’est plus d’attirer des auditeurs, mais de développer les compétences commerciales permettant aux diffuseurs de convertir l’engagement numérique croissant en revenus durables », a commenté Benjamin Pius, PDG de BMA.
La croissance des audiences des radios africaines
Plus de la moitié des diffuseurs africains rapportent une croissance tangible, ce qui traduit une consolidation du secteur malgré la concurrence digitale. L’enquête montre qu’environ 60 % des diffuseurs ont connu une croissance d’audience modérée à significative ces trois dernières années, ce qui représente des millions de nouveaux auditeurs et une influence renforcée dans l’espace médiatique africain.
Cette progression confirme l’influence persistante de la radio, qui demeure l’un des médias les plus accessibles et crédibles, notamment en zones rurales où Internet est limité.
Cette croissance est aussi portée par la révolution numérique, car beaucoup d’auditeurs délaissent la radio traditionnelle pour s’informer à travers les services de streaming, les applications mobiles, les réseaux sociaux ou encore les solutions de messageries comme WhatsApp. On note désormais que les chaînes numériques concentrent près de 46 % de l’attention du public.
Si l’augmentation de l’audience renforce l’attractivité des stations auprès des annonceurs, le manque de données fiables limite la valorisation commerciale.
Des difficultés persistantes de rentabilité
Bien que la tendance reste nettement positive en termes d’audience, cette hausse ne se traduit pas par un gain économique. La principale raison à la base de ce défaut de monétisation est le manque de données fiables, selon le rapport.
Environ un cinquième des diffuseurs ne procèdent à aucune évaluation de leur audience, et beaucoup d’organisations disposent de données démographiques trop lacunaires sur leurs auditeurs. Cette absence de mesures fragilise l’ensemble de la chaîne en réduisant l’efficacité des ventes publicitaires ainsi que la mise en place de stratégies pouvant concourir à une meilleure rentabilité.
Par ailleurs, si près de la moitié des auditeurs utilisent des canaux numériques pour suivre la radio, ces derniers ne génèrent que 10 % des revenus totaux, ce qui soulève un problème de monétisation. La capacité à valoriser commercialement l’audience dépend largement de la maturité numérique.
Audience numérique (bleu) et monétisation (jaune)

Transition numérique incomplète
L’étude fait également l’état des lieux de l’adoption du numérique par les diffuseurs africains. En effet, plus de 80 % des diffuseurs fonctionnent encore principalement en analogique. Au stade précoce du numérique, la plupart des radios ont une présence en ligne rudimentaire, seules 17 % étant véritablement numérisées.
Cette situation exprime clairement l’idée d’un secteur encore largement traditionnel, avec une minorité seulement engagée dans une transition numérique avancée. La fracture s’accompagne d’un cadre réglementaire encore inégalement adapté aux défis du numérique. Selon le rapport « Réguler la radiodiffusion et les médias en Afrique : dans l’écosystème numérique », publié en avril 2026 par Broadcast Media Africa (BMA), seuls 13 % des répondants estiment que leur pays dispose d’un cadre réglementaire pleinement mature, tandis que plus de 60 % jugent les dispositifs existants encore sous-développés ou seulement partiellement adaptés aux réalités de l’écosystème numérique.
La confiance et les perspectives
La confiance reste le principal atout de la radio africaine, garantissant sa pertinence et sa durabilité. En effet, la majorité des acteurs soumis à l’enquête prévoit d’investir dans de nouvelles technologies numériques d’ici deux ans. Ils donnent la priorité aux investissements dans les infrastructures numériques à l’instar des plateformes de radio et de podcast.
Les recommandations formulées dans le rapport préconisent que la radio africaine renforce la mesure d’audience afin de mieux cibler ses programmes, accroître l’efficacité des ventes publicitaires et préparer l’intégration de l’intelligence artificielle. Elle doit aussi convertir l’engagement digital croissant en revenus durables, en adoptant des stratégies de monétisation innovantes adaptées aux usages en ligne. Enfin, il est essentiel de poursuivre les investissements dans les podcasts, les plateformes mobiles et les services numériques, tout en modernisant progressivement les infrastructures de diffusion pour rester compétitive dans l’écosystème digital.
Numérisation de la radio, le défi africain

Les zones d’ombre de la radio africaine
Le rapport « Radio et radiodiffusion en Afrique 2026 » n’aborde pas avec acuité certains enjeux cruciaux de la radio sur le continent. Il s’agit notamment de la durabilité des radios communautaires, dont le financement et la survie dans un environnement numérique compétitif sont peu étudiés. À cela s’ajoute l’impact réel de l’intelligence artificielle, évoqué comme une adoption future, mais sans analyse des risques liés aux contenus automatisés tels que la désinformation ou les deepfakes.
L’économie locale est absente des réflexions sur la manière dont la radio pourrait soutenir les PME africaines à travers une publicité ciblée. Enfin, les inégalités d’accès, avec peu de données sur la fracture numérique entre zones urbaines et rurales, pourtant déterminante pour l’avenir du média.
Pour rappel, la grande majorité des radiodiffuseurs ayant fait l’objet de cette étude se répartit en Afrique occidentale et australe.
Ubrick F. Quenum
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