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L'Ouganda veut développer sa chaîne du froid pour réduire sa dépendance logistique au Kenya

L'Ouganda veut développer sa chaîne du froid pour réduire sa dépendance logistique au Kenya
  • Date de création: 21 juillet 2026 15:58

(Agence Ecofin) - Longtemps cantonné à un rôle de fournisseur de matières premières destinées aux circuits d'exportation kenyans, l'Ouganda déploie une stratégie agro-logistique fondée sur la chaîne du froid. A travers la création de hubs et de corridors transfrontaliers dédiés aux produits périssables, le pays veut capter plus de valeur ajoutée des exportations, et réduire sa dépendance aux  infrastructures logistiques kenyanes.

Cette orientation figure parmi les priorités identifiées dans le rapport « Northern Corridor Paper: Agro-Logistics Investments », élaboré avec le concours de plusieurs institutions, dont l'Agence de développement de l'Union africaine (AUDA-NEPAD). Le document rappelle que près de 80 % des échanges maritimes de l'Ouganda transitent encore par le Kenya, une situation qui conforte la domination de ce dernier sur les flux commerciaux du Corridor Nord.

Grâce au port de Mombasa et à un écosystème logistique développé autour de Nairobi, le Kenya concentre l'essentiel des investissements et des innovations dans les services de chaîne du froid. Cette position lui permet de jouer un rôle central dans l'exportation des produits agricoles de la région. 

Pour l'Ouganda, cette configuration se traduit par une dépendance persistante. Malgré une production excédentaire de lait, de poissons, de fruits et de légumes, le pays reste essentiellement un fournisseur de matières premières. Une partie de ces produits transite par les plateformes kenyanes avant d'être exportée, limitant ainsi la valeur ajoutée captée par Kampala.

Des hubs régionaux plus près des zones de production

Pour inverser cette tendance, le gouvernement ougandais, sous l'impulsion du Presidential Advisory Committee on Exports and Industrial Development (PACEID), prévoit de déployer un réseau de hubs agro-logistiques régionaux. Ces centres, qui seront implantés notamment à Gulu, Entebbe et dans l'ouest du pays, intégreront des infrastructures de pré-refroidissement, de stockage et de première transformation à proximité des bassins agricoles.

L'objectif est de préserver la qualité des produits dès le premier kilomètre, de réduire les pertes post-récolte, et de renforcer la compétitivité des exportations vers les marchés régionaux et internationaux. 

Des plateformes frontalières spécialisées pour les produits périssables

Le second pilier de cette stratégie repose sur la création de "Border Export Zones" à Busia, Malaba, Elegu et Katuna. Ces plateformes seront équipées de chambres froides, de laboratoires de contrôle sanitaire et phytosanitaire (SPS), ainsi que d'unités de conditionnement. Elles visent à transformer les postes-frontières à arrêt unique (OSBP) en plateformes logistiques adaptées aux marchandises périssables.

Le rapport préconise également la mise en place de « voies vertes » (green lanes) à Malaba et Busia, afin d'accorder un traitement prioritaire aux camions frigorifiques. L'objectif est de réduire les délais d'attente aux frontières, qui dégradent la qualité des produits et pénalisent leur compétitivité sur les marchés d'exportation.

Un marché en pleine mutation pour les investisseurs

Au-delà de la modernisation des infrastructures, cette stratégie traduit la volonté de Kampala de se repositionner dans les chaînes de valeur régionales. Si le Kenya conserve une avance grâce à la maturité de ses plateformes logistiques, l'Ouganda cherche à développer un écosystème capable d'assurer lui-même le stockage, le conditionnement et l'acheminement de ses produits agricoles.

Cette évolution ouvre des opportunités pour les investisseurs dans les infrastructures frigorifiques, le transport sous température dirigée, les services de certification sanitaire, les équipements de stockage, ainsi que les solutions énergétiques destinées aux plateformes logistiques.

Toutefois, la réussite de cette stratégie dépendra de plusieurs facteurs. Le développement d'une chaîne du froid nécessite des investissements importants dans l'approvisionnement électrique, encore insuffisant dans plusieurs zones rurales, ainsi que dans les infrastructures routières reliant les bassins de production aux frontières.

A cela s'ajoutent la nécessité d'harmoniser les normes sanitaires en Afrique de l'Est, de mobiliser des financements privés et de renforcer les capacités techniques des producteurs. Sans ces prérequis, l'Ouganda pourrait peiner à réduire l'avance acquise par le Kenya sur le Corridor Nord.

Henoc Dossa

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