(Agence Ecofin) - Dans plusieurs pays africains, aussi bien au cinéma que sur les écrans de télévisions, les régulateurs se montrent plus rigoureux concernant les questions de mœurs et de valeurs. De nombreux films et émissions de télévisions sont suspendus pour ces questions.
En Egypte, en 2023, les fans de la franchise Spiderman n’ont pas pu suivre au cinéma le dernier film d’animation sur les aventures de l’homme araignée. « Spider-Man : Across the Spider-Verse » a été interdit en salles à cause de la présence de contenu favorable à des minorités sexuelles, notamment à cause du personnage de Spider-Gwen qui affiche dans sa chambre un drapeau avec l'inscription « Protégez les enfants transgenres ».
Le film Buzz l’Eclair, dernier épisode de la saga Toy Story avait subi le même sort dans plusieurs pays, notamment au Nigeria. Dans la République fédérale, en 2022, les autorités ont interdit la diffusion en salle du film à cause d’une scène polémique où deux femmes s’embrassent.

Au Cameroun et en Algérie, en 2023, le film Barbie a été interdit en salle après des accusations de promouvoir l’homosexualité.
Mais les interdictions ne concernent pas seulement des contenus concernant les minorités sexuelles ou le cinéma. En 2023, le Cameroun a demandé la suspension de Canal+ Elles sur les bouquets de télévision payante de Canal +. Récemment, les régulateurs de l’audiovisuel du Burkina Faso et de la République démocratique du Congo (RDC) ont demandé la suspension de la version africaine de l’émission The Bachelor. Le régulateur burkinabé juge l’émission, qui met en concurrence 20 prétendantes pour un célibataire, « stigmatisante pour la femme africaine, non protecteur de la jeunesse et contraire aux valeurs et aux mœurs du pays ».
On en est au point où le Nigeria envisage d’interdire les dessins animés occidentaux pour éviter que les plus jeunes acquièrent des valeurs qui ne sont pas conformes à celles du Nigeria. Si la tendance d’une régulation plus stricte des contenus concernant les mœurs est récente en Afrique de l’Ouest, du côté oriental du continent, les régulateurs interdisent depuis plusieurs années les dessins animés étrangers diffusant des scènes qui ne conviennent pas aux valeurs locales. En 2017 par exemple, au Kenya, le comité chargé de la censure des films a interdit 7 dessins animés pour diffusion de scènes faisant la promotion de minorités sexuelles.
Equation compliquée
Ces situations posent une équation compliquée aux chaînes de télévision, notamment celles qui sont diffusées par satellite sur des bouquets dans plusieurs pays. Il faut soit rendre la chaîne indisponible dans le pays concerné, soit retirer le programme interdit dans tous les pays où la chaîne est diffusée en la sortant de la grille des programmes.
Face à cette équation, les chaînes de télévisions pourraient avoir plus de retenue face à l’acquisition de contenu étranger pour éviter des suspensions. Le problème concerne également les studios souhaitant créer des versions africaines d’émissions étrangères.
Des concepts comme The Bachelor susciteront toujours des controverses malgré l’audience obtenue par ce type d’émissions.
Des concepts comme The Bachelor susciteront toujours des controverses malgré l’audience obtenue par ce type d’émissions.
Cette situation offre une opportunité aux créateurs de programmes africains qui connaissent les mœurs et les valeurs locales. Le Nigeria envisage par exemple de remplacer les dessins animés étrangers par des dessins animés créés au Nigeria. Globalement, cette solution correspondrait avec une tendance récente des diffuseurs présents sur le continent à se tourner vers le contenu local.
On pourrait alors être tenté de penser qu’avoir plus de contenu local à la télévision et dans les cinémas africains serait une excellente idée, pourtant ce n’est pas évident. Dans la plupart des pays il y a un problème de financement qui oblige les maisons de productions à se tourner vers des investisseurs étrangers. Au final, même sur de nombreux films et émissions africaines, les revenus générés pourraient être rapatriés hors du continent. La volonté des régulateurs de se montrer plus stricts doit donc être accompagnée par des garanties de financement pour les programmes locaux respectant les valeurs locales. Tant que les programmes seront financés par des entités extérieures, elles auront leurs mots à dire sur leurs contenus.
Par ailleurs, la volonté de censure des régulateurs africains de l’audiovisuel pourrait déjà être caduque sachant qu’avec Internet, notamment les réseaux sociaux et les plateformes de contenu à la demande, tous les types de contenus sont accessibles.
Enfin, les régulateurs lorsqu’ils évoquent la protection des enfants oublient également qu’il faut financer la création de programmes locaux pour eux, d’abord pour s’assurer que ce qu’ils regardent est conforme aux valeurs locales, mais également pour créer un réflexe de consommation d’émissions locales chez eux.
Servan Ahougnon
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