(Agence Ecofin) - La Namibie possède l’un des potentiels les plus élevés d’Afrique en matière d’énergies renouvelables solaire et éolienne, encore largement sous-exploité. Windhoek peut s’appuyer sur ce gisement pour attirer des investissements, nouer de nouveaux partenariats et consolider ses relations avec des acteurs étrangers.
Les Pays-Bas explorent la possibilité d’ouvrir une ambassade à Windhoek. C’est ce qu’a annoncé Tom Berendsen (photo), ministre néerlandais des Affaires étrangères, le mardi 15 septembre.
Cette annonce intervient alors que La Haye prévoit, dans le même temps, de réduire sa présence diplomatique dans d’autres pays africains. À ce jour, la fermeture prochaine des ambassades de Bujumbura, au Burundi, de Tripoli, en Libye, et de Harare, au Zimbabwe, a déjà été décidée.
Le gouvernement néerlandais justifie ces choix par les évolutions géopolitiques, les intérêts économiques et les priorités nationales. Cette approche s’inscrit dans sa stratégie Afrique 2023-2032, qui vise à renforcer les partenariats dans le commerce, la transition énergétique, la sécurité alimentaire et les matières premières.
Il ne s’agit donc pas d’un retrait général d’Afrique, mais d’une reconfiguration des points d’ancrage diplomatiques néerlandais, avec un redéploiement vers certains pays où La Haye estime que ses intérêts peuvent justifier une présence diplomatique renforcée.
L’hydrogène vert comme point d’ancrage
S’il reste à comprendre ce qui rend la Namibie particulièrement intéressante pour les Pays-Bas, un élément ressort des relations économiques développées ces dernières années entre les deux pays : l’hydrogène vert.
La Namibie ambitionne de développer une industrie de l’hydrogène vert destinée à la production locale et à l’exportation d’ammoniac vert. Cette perspective a déjà attiré des acteurs néerlandais autour du projet Hyphen Hydrogen Energy, développé près de Lüderitz par l’allemand Enertrag et le namibien Nicholas Holdings.
En mai 2023, le gouvernement namibien a en effet approuvé un accord de 10 milliards de dollars pour le projet, dont la première phase doit produire environ 1 million de tonnes d’ammoniac vert par an, avant une montée en puissance à 2 millions de tonnes. Le 21 juin 2023, le Port de Rotterdam, Gasunie, Invest International et Hyphen ont signé un protocole d’accord pour développer une chaîne d’approvisionnement reliant Lüderitz à Rotterdam et, au-delà, aux marchés du nord-ouest de l’Europe.
Le projet reste toutefois en phase de développement, avec une décision finale d’investissement désormais attendue fin 2027 et une mise en service de la première phase envisagée au début des années 2030.
En outre, la filière commence parallèlement à se matérialiser dans le pays d’Afrique australe. En septembre 2025, le groupe belge CMB.TECH et son partenaire namibien Ohlthaver & List ont lancé à Walvis Bay une installation intégrée de production d’hydrogène vert, combinant un parc solaire de 5 MWc, un électrolyseur de 5 MW et un système de stockage par batteries. Le site doit notamment démontrer les applications de l’hydrogène dans le transport, l’industrie et les activités portuaires.
Pour les Pays-Bas, ces développements renforcent l’intérêt pour une filière sur laquelle leurs acteurs cherchent déjà à se positionner, notamment à travers la future chaîne d’approvisionnement entre la Namibie et l’Europe. En novembre 2025, le Port de Rotterdam et l’Union européenne ont également soutenu la conception d’un terminal pour les minerais critiques au sein de l’Angra Point Hydrogen Hub, une plateforme énergétique en développement à Lüderitz. Ces initiatives montrent que l’intérêt néerlandais s’inscrit dans une coopération qui dépasse désormais les seules déclarations d’intention.
Rappelons qu’en décembre 2024, l’agence néerlandaise RVO a publié un projet visant à identifier les opportunités commerciales et d’investissement dans les énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert et ses dérivés, en Namibie.
L’éventuelle ouverture d’une ambassade à Windhoek intervient ainsi après plusieurs années de rapprochement économique, notamment dans l’hydrogène vert. Elle pourrait donner à La Haye une présence diplomatique permanente dans un pays où des acteurs néerlandais sont déjà positionnés sur une future chaîne d’approvisionnement énergétique destinée aux marchés européens.
Pour la Namibie, l’enjeu sera de transformer cet intérêt en investissements et en infrastructures capables de faire de son potentiel renouvelable une véritable filière industrielle et exportatrice.
Stéphanas Assocle
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